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Annonces Glanés sur la toile quelques ponts de signes |
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« Il est possible que le livre soit le dernier refuge de l’homme libre. Si l’homme tourne décidément à l’automate, s’il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran, ce dernier finira par ne plus lire. Toutes sortes de machines suppléeront : il se laissera manier l’esprit par un système de visions parlantes : la couleur, le rythme, le relief, mille moyens de remplacer l’effort et l’attention morte, de combler le vide ou la paresse de la recherche et de l’imagination particulière : tout y sera, moins l’esprit. Cette loi est celle du troupeau. » André Suarès (sur le site des éditions du Petit véhicule dirigées par Luc Vidal : https://lepetitvehicule.com/)
ANNONCES DE PARUTION :
Signalés par Éric Chassefière /
Dana Shishmanian
Ida
Jaroschek, Les pas lents du poème, Éditions
Rafael de Surtis, 1e trimestre 2026 (159 pages, 19 €)
« J’attends
les pas lents du poème
les pas de qui arrive après la neige (…) »
J’attends, nos poings, nos cœurs engoncés dans la brume, que des lèvres peut-être se délient au vent. J’attends que le silence bouge mes lignes. J’attends sur la peau une greffe de la lumière.
Le poème avance lentement. Il glane des mots au paysage, perce l’azur d’un geste. A la croisée des formes, il plie, déplie le ciel, la mer. Il est la force qui va et se déploie. A l’attendre, on se perd un peu. On se peuple d’inconnu. On cherche sa scansion jusqu’à la limite de la stratosphère. On boit, à la résurgence du désir, sa chanson muette.
Vous qui arrivez après la neige, vous qui regardez la mer au loin, je vous attends. Passionnément. Obstinément. Comme j’attends le poème. Je vous attends pour garder le ciel, la beauté, boire la nuit à longs traits. Je vous attends pour que vous déposiez la nuit mordillée à mes pieds. Je vous attends pour que nous regardions, ensemble, dans la douceur des soirs, les beaux nuages blancs, leur cohorte lente, leur charroi de songes, de silence et dire : la beauté aura toujours besoin de nous.
Stephen Blanchard, Gris-Moire, France Libris, mars 2026 (48 pages, 12 €)
Stephen
BLANCHARD est le président-fondateur depuis 1974 de l'Association « les
poètes de l 'amitié - poètes sans frontières » (marque déposée) qui publie la
revue de création littéraire et artistique FLORILÈGE. Fondateur des Rencontres
Poétiques de Bourgogne en 1990, il crée en 2001 le Prix de l'Édition de la
Ville de Dijon. Membre de plusieurs jurys littéraires dont le Prix Marie-Noël à
Santenay et le Prix Yolaine et Stephen Blanchard à Dijon, il participe
activement à la vie culturelle de sa région, notamment dans le cadre du
« Printemps des poètes » et du Festival « à livres ou vers ».
Ce 28éme ouvrage préfacé par Eric CHASSEFIÈRE témoigne d'une véritable passion
pour l 'écriture. En 2020, l'Académie Claudine de Tencin attribua à Yolaine et
Stephen Blanchard, le Prix International des Mécènes de la Poésie. L'auteur a
reçu le 12 mai 2021 par le Ministère de la Culture, la médaille de Chevalier
dans l'Ordre des Arts et des Lettres et le 13 novembre 2025, la médaille
d'honneur du bénévolat associatif pour 52 années au service de la poésie.
Paul Sanda, Ailleurs, sur Andromède : Gérard Manset, La Rumeur Libre Éditions, mars 2026 (165 pages, 17 €)
Tous les vrais
poètes voyagent en solitaire. Le profane croit leur baluchon lourd d'effets de
voyage alors qu'il révèle des névés au goût pistache, des extraits lyophilisés
du langage des pâquerettes, une outre de baisers épiques, l'eau enflammée d'un
lac. Et des chansons inouïes-bliables de Gérard Manset narrées à façon par Paul
Sanda, cavalier à la monture thaumaturgique nous emmenant au galop d'un facteur
cheval devenu pur-sang dans l'ailleurs Andromédique d'un aède retiré depuis
belle lurette du charivari ambiant.
Qu'on se le dise,
qu'on se le lise, qu'on se le chante, Manset et Sanda cultivent avec quelques
autres une fraternité non arrangée par ces catéchismes officiels dont l'athanor
dévoyé ne distille plus qu'une parole frelatée pour tracer la vie en ligne jaune
à ne pas dépasser.
Jean Azarel
Jean Azarel, Spiritualité, pop, rock et autres résonances, La Rumeur Libre Éditions, mars 2026 (350 pages, 19 €)
Après avoir lu
ce livre, vous n'entendrez plus jamais de la même façon Riders on the storm
ou Sympathy for the Devil. Ni chacune des chansons de Janis Joplin,
Leonard Cohen, Édith Piaf, les Beatles, Daniel Darc.. choisies avec bien
d'autres par l'auteur pour leurs résonances spirituelles. Ni chacun des
morceaux de Pharoah Sanders, Olafur Arnalds, Carlos Santana, Nusrat Fateh Ali
Khan, parmi un florilège de musiciens célèbres ou méconnus. Œuvre de partage,
d'écoute, sorte de bible des merveilles sonores inclassable où fragments
intimes et historiques composent un voyage inédit en quarante-huit escales, Spirituallté,
pop, rock et autres résonances serpente entre poésie, journalisme,
souvenirs et méditation. Cet ouvrage unique nous rappelle que la musique est un
deuxième souffle du cœur.
Catherine Bruneau, Illuminations de printemps, Éditions Sémaphore, Collection Cahier nomade, Décembre 2025 (117 pages, 16 €).
Dans ce recueil composé comme un journal de bord, écrit en poésie, l’auteure alterne l’expression de ses sentiments, pensées, ressentis au gré des jours, avec les rencontres et paysages qui l’ont marquée. Elle est inspirée par l’inscription de sa vie dans une totalité qu’elle veut exprimer sans contrainte, aussi précisément que possible. L’écriture est classique, mais secondaire dans la recherche d’une expression authentique et profonde qui laisse la place à des réflexions philosophiques.
Chaque poème peut être lu comme une histoire autonome, écrite à partir d’un événement ou d’un ressenti particulier, qui s’élargit dans le dernier vers en proposant une échappée à caractère plus universel. On peut ressentir comme ces échappées sont nécessaires à l’auteure pour défier le temps qui lui est donné de vivre, dans son individualité et son caractère éphémère. Pierres, plantes, animaux, humains sont conviés dans l’exaltation recherchée sans relâche et qui précipite en poèmes dans une écriture que l’on sent libre et spontanée, passant de l’angoisse à l’exaltation ou inversement.
oh ce silence qui ne
se donne
qu’avec la solitude
ce silence sans fond
caressant,
terriblement hypnotique
les arbres dansent
au fond de la
fenêtre
joliment balancés
par le vent
mais sans le moindre
murmure
aucune voix, aucun
cri
lancé depuis le ciel
le jardin semble
muet
feuilles et branches
prises dans le même
silence
que leurs ombres
mouvantes
pas le moindre son
mais tout qui est
singulièrement vivant
éclatant dans la
lumière du soir
ce vert si intense
cette magnificence
Claire Légat, Promenoir des déracinés, peintures de Jo François, Autoédition (Empain Solutions Graphiques – Belgium), 2025.
Claire
Légat nous offre à nouveau un recueil de textes éblouissants où la Poésie se
hausse au niveau de la Philosophie pour s'interroger sur le sens du monde et le
rôle, le rêve, que peut y jouer le Poète.
De
là, ce promenoir à arpenter en solitaire et dans fa filiation des silences,
pour échapper aux haies de cris et tenter de résoudre tant l'écheveau des
énigmes que l'équation du temps.
La
Poésie, par la grâce de l'intuition, délaisse alors la raison pour se faire
Voyance. Elle nous tend des images fulgurantes, des bribes de vérités
impérieuses, évidentes, qui cognent au cœur et que l'on voudrait saisir,
retenir pour délester la Vie de l'angoisse.
Elle
nous donne à regarder l'harmonie qui perce les paradoxes, qui défie le hasard.
Car
si tout s'écoule, bouge, se transforme sans discontinuer, permanence de
l'impermanence, à charge du Poète, à travers les secrets de la Nature, à
travers l'éclosion du Verbe, de procéder aux incessants recommencements, de
frémir, vibrer quand la beauté taraude, et transmettre ces richesses que sont
les réponses sans questions engendrant ferveur, voire extase.
Ainsi,
pour qui sait voir et écouter, les blessures et les larmes deviennent le socle
des métamorphoses, peuvent triompher de l'absurde ... émergence de l'absolu.
Œuvre
de Nature et d'Art, la conque nous apparait, paupière d'île où palpite le
désir, comme une invitation au voyage. Nous sommes tous des déracinés appelés à
survivre, à surmourir, à ne jamais noyer l'espoir.
Chacun
est offrande, chacune a sa neige, nous affirme Claire Légat.
J'ai
été particulièrement sensible à la musique de ses mots épousant le flamboiement
des images et l'acuité de la pensée. Je me sens moi aussi gitane au pied
musical, me disant que, si la symphonie des étoiles est sans voix dans notre
ciel (en dépit de leur signature sonore), c'est qu'elles sont
peut-être
sidérées par le génie de la vie et le rythme réconciliateur de l'univers.
Laurence
Amaury
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Les éditions Encres Vives ont publié au 1er trimestre 2026 :
Catherine Andrieu, Le Vivant recommence (n° 559)
Dans
ces pages, la parole n’est pas seulement écrite : elle respire avec le Vivant.
Les
arbres y dressent leurs racines vers le ciel, les chats veillent au seuil des
songes, les oiseaux tombent et renaissent dans la lumière, la mer recommence
toujours — vaste battement qui relie l’ombre à l’aube.
Chaque
poème est un éclat, mais tous forment un seul souffle, une seule pulsation. La
douleur et la perte y deviennent passage, la poussière et la cendre se changent
en clarté, et le silence lui-même s’ouvre comme une porte vers l’infini.
Lire
ce recueil, c’est entrer dans un chant continu où la lumière circule par
fractures et recommencements. Un chant qui ne promet pas de refuge, mais une
traversée — jusqu’à ce lieu qui ne finit pas, où l’éphémère rejoint
l’éternité.
Catherine Andrieu vit depuis 2021 à
Royan où elle poursuit son œuvre singulière tout en s'adonnant au piano. Ses
chats ont une place privilégiée dans son cœur et dans son œuvre. Elle a reçu Le
Prix International Poésie de l'Académie Claudine de Tencin 2024 pour son livre
« Amour, & jeux d’ombre », Éditions Rafael de Surtis, 2022, ainsi que
le troisième prix du concours Euro-poésie UNICEF 2025, dans la catégorie poème
libre, thème libre.
Georges Cathalo, La Petite Toscane (n° 560)
l’autre pays notre pays
celui des mille collines
se situe entre deux montagnes
il montre l’exemple à suivre
ses frontières sont poreuses
et sa géographie lente et paresseuse
convient à ceux qui passent
toujours entre deux départs
deux arrivées deux ouvertures
deux descentes et deux ascensions
Georges
Cathalo est né en 1947 à Albi et vit dans la campagne lauragaise, non loin de
Toulouse. Il a publié une trentaine de livres et de plaquettes de poésie.
Depuis plus de 30 ans, il fait paraître des notes de lecture et des articles
dans de nombreuses revues, écran ou papier.
Christian Sapin, Resistere (n° 561)
Il nous faut regarder demain avec « des
oiseaux de plomb » au-dessus de nos têtes ? Comment retrouver la
patience du poète et Résister
contre soi-même ?
La
mémoire fraiche des quotidiens
n’a
pas le temps de rouiller
Une
page de Wikipédia est déjà prête
en haut du panier
Ne
pas accepter
cette
nouvelle demeure des images
où
les anges sont absents
Resistere Risistir résister
Jusqu’à quand
Philippe Minot, Écrans et écrins du rien (n° 562)
Chassant ce trop ancien Gütenberg, si lent, si exigeant, dans son encombrant meuble vernissé, le profond tube cathodique a orné le salon petit bourgeois, déversant de son entonnoir d’abondance la vérité.
Trônant moniteur, il a ordonné le monde, diffusant l’ordre.
Désormais plat, et d’une platitude aguicheuse, l’écran, dans son ubiquité, accapare l’œil, le détourne, le retourne.
Bientôt, dématérialisé, dans sa transparence, sa neuve divinité se projettera sur un sensible « augmenté »… ou invisibilisé.
Pour l’heure, les lucarnes des grands immeubles noirs dans la nuit scintillent et vacillent dans ses bleutés éclairs, où valsent nos frayeurs, tandis qu’à nos marches aveuglées, notre regard s’éblouit de ces brillances qui fascinent. Les paillettes captivent et masquent la rue, le présent et l’autre.
Que devient le monde ? Et que sommes-nous, quand le strass efface l’essence, quand l’écran fait écran ?
trous de
nuit encrée
quelques
bleus écrans clignant
à tant de
creux yeux
Onze poètes du Cantal, Poètes sous le volcan (n° 563)
Vous allez lire dans ce recueil des poèmes de
11 poètes du Cantal : Thérèse Canet, Félix Daval, Odile Fix, Nicolas Gey,
Bastien Haakman, Christine Laflorencie da Fonseca, Eric Laflorencie da Fonseca,
Fabienne Macé-Malaurie, Luc Macé-Malaurie (décédé dans l’été 2025), François
Mary, Emmanuel Savy.
Je les ai choisis et rassemblés en raison de
la pluralité de leurs voix, de la diversité de leurs motivations, de la
tonalité de leurs écritures. Certains écrivent aussi bien en occitan qu’en
français, la plupart en français.
Jean-Louis Clarac
Dominique Bouscasse, Mali, l’écorce du monde (collection Lieu, n° 427)
Dominique Bouscasse est partie à la découverte d’un pays de l’Afrique subsaharienne en 2010, le Mali, la dernière année où l’on pouvait apprécier le calme et la sérénité du Pays dogon et du fleuve Niger. Elle a essayé de saisir ce qu’avait d’étrange et de fascinant pour une Européenne une civilisation tellement différente de la sienne.
Dominique
Bouscasse est née à La Rochelle où elle vit.
Elle a
publié Aphasie
(éditions Clapas), Un temps pour recoudre (éditions Océanes), Amers
Lumineux et L’éternité comme une empreinte (éditions Encres Vives).
Patrick Picornot, Patria Tolosana (collection Lieu, n° 428)
Lors d’un séjour printanier chez ma fille, j’ai eu tout le loisir de flâner par les rues et ruelles du Toulouse médiéval. J’ai vécu l’émotion de la découverte de ses prestigieux monuments historiques, à commencer par la célèbre basilique Saint-Sernin et son impressionnant Christ en majesté du déambulatoire. Ces promenades et visites m’ont inspiré cette suite de poèmes, où se chevauchent temps présents et temps passés. Les vieux murs de la Ville Rose m’ont murmuré sa fracassante Histoire et, par bribes répétées, les traces ineffaçables des Cathares, ce dramatique épisode qui tant éveilla l’intérêt du poète, conteur et éditeur occitan Michel Cosem.
Diplômé
de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD), avec les
félicitations du Jury, Patrick Picornot pratiqua divers métiers :
professeur d’arts plastiques, graphiste, décorateur, sculpteur-concepteur chez
Cristal Lalique, puis bibliothécaire. Avec la poète Aumane Placide, il cofonda
en 2009 l’association Parole & Poésie puis, l’année suivante, la revue
littéraire Rose des temps, ainsi que trois collections éditoriales. Il publia
bon nombre d’articles, recueils, essais, monographies, anthologies. Signalons
trois livres d’importance formant une trilogie : À Paris dans les pas des
poètes. Quatorze promenades (Flammes Vives, 2016) ; Poètes du peuple à
Paris au fil du vingtième siècle (L’Harmattan-Aga, 2023) ; Paris poésie
Rive-gauche entre les douzième et vingt-et-unième siècles (L’Harmattan-Aga,
2024).
Joseph Ramonéda, Hellénades II (collection Lieu, n° 429)
À travers mots et images, plonger sans arrière-pensée ni préjugé dans la magie qui nous lie au Passé et faire fi des lieux et des tourments qui agitent nos existences, tel est l’ambition de ce recueil.
Les différents textes proposés sont une ode à la vie, à la fraternité et à l’altérité.
Après avoir écrit « Hellénade » (Encres Vives) à la suite d’un voyage en Grèce en 2022, Joseph Ramonéda nous livre « Hellénade II », né d’un voyage dans le Péloponnèse au printemps 2024.
Jacques Guigou, Vauvert, vent des vents (collection Lieu, n° 430)
Né en 1941, dans une famille de Vauvert, Jacques Guigou
est l'auteur de plusieurs ouvrages critiques sur les bouleversements
sociopolitiques de la société contemporaine. Créateur des éditions de
l'impliqué, il est aussi cofondateur de revue, Temps critiques. Depuis
sa prime jeunesse, il compose de la poésie, publiée à partir des
années 1970. En 2020, sous le titre Poésie complète 1980-2020,
sont rassemblés vingt de ses recueils. Certains sont traduits en occitan, en
chinois, en anglais. Avec Sans mal littoral (2022), puis Là, inaltérant (2024), il
poursuit son cheminement en Petite Camargue pour y guetter la possible venue
d'une parole primordiale. Les nombreux récitals et lectures auxquels il
participe sont pour lui moments de partage du chant du monde.
Auteurs Lieu 2025, Anthologie Lieu 2025 (collection Lieu, n° 431)
Patrick DEVAUX, Le silence des oyats (Lieu n° 410)
Joseph RAMONÉDA, Cités du Monde (Lieu n°411)
Luc MONNIN, Ma citadelle (Lieu n° 412)
Augustin MALLER, Carnet de voyage (Lieu n° 413)
Dominique CAUX, Chemin d’écume (Lieu n°414)
Chantal COULIOU, La dernière photo (Lieu n° 415)
Jean-Claude CRESPY, En Corse (Lieu n° 416)
Marion LAFAGE, Incise à Venise (Lieu n° 417)
Sabine ALICIC, À rebours, l’été (Lieu n° 418)
Patrick PICORNOT, Beau juin sur les rives de Touques (Lieu n° 419)
Joseph RAMONÉDA, Tropiques magiques (Lieu n°420)
Bernadette GUERRE, Archipels de verre (Lieu n° 421)
Patrick AVELINE, TER pour Vilnius (Lieu n° 422)
Daniel MALBRANQUE, Poèmes à la cire fondue (Lieu n° 423)
Joël MANSA, À contre-ciel (Lieu n° 424)
Vincent MOTARD-AVARGUES, Airs solides (Lieu n° 425)
Danielle HELME, Maguelone (Lieu n° 426)
Jean-Claude Boyard, Carré d’arbres (collection Encres Blanches, n° 860)
Jean-Claude BOYARD, retraité des assurances, ne compose vraiment de la poésie que depuis deux ans. Des nouvelles constituaient auparavant l’essentiel de son écriture.
Sa poésie, simple mais imagée se lie à la nature, au paysage, à la musicalité que ceux-ci produisent par le biais de l’émotion.
« Carré d’arbre » est le premier recueil qui bénéficie de la participation d’un éditeur.
Illustrateur, il accompagne ses poèmes de ses dessins.
Il est membre de la Maison de la Poésie de Montpellier, des Voix de l’Extrême Poésie et Culture et participe régulièrement aux lectures de la Société des Poètes Français.
Claude Haza, Devant le mur (collection Encres Blanches, n° 861)
Le mur fictif que tu élèves devant tes yeux
change l’horizon. Comme si la ligne était réelle
et non imaginaire, comme si le ciel et la terre
étaient séparés par un rempart devant lequel tu
es en méditation continuellement. Tout est
toujours à double sens rien ne morcelle quoi
que ce soit même le mur qui contraint, qui sépare
et parfois qui rassemble. Relève la tête, tu verras
qu’il n’y a plus de frontière si tu n’en veux pas.
Claude
Haza est l’auteur d’une quinzaine de recueils de poésie. Les deux derniers aux
éditions Encres Vives, et chez Propos2éditions, Souffles communicants, avec le
soutien de CNL.
Bérangère Blasquez, Le paysage débordera (collection Encres Blanches, n° 862)
ce
que tu as emprisonné est comme l'évanescence du trop plein
quand
tu sens l'immensité du monde
venir
avaler
ta
fragilité
Le paysage débordera
sous la main du peintre qui ajoute et efface, recouvre, cherche indéfiniment.
Sa matière est la carte, cachée, parfois dépassant des pigments et des pâtes
visant à la redessiner. Un monde se cherche sous « l'errance de la main »
quand les mots sont ténus.
Le débordement du
paysage est ainsi un spectacle en devenir pour celle qui écrit et habite le
monde en tâtonnant, à la recherche d'une lumière qui apaise. Le poème, petit
territoire de l'expérience intérieure, fait alors se rejoindre les matières,
celles du visible et du non-dit.
Une approche de l'autre,
peut-être, dans le dialogue entamé par la création.
Charles Akopian, Rhizomes (collection Encres Blanches, n° 863)
Terre,
terre !... Et si le cri lancé de la vigie avait pour écho ceux qui,
remontant du plus profond de l'être, enrobent nos racines d'un nouvel
horizon... Pour le poème, le vertical est toujours ce qui bout, ce qui sourd,
ce qui ensemence pour rejoindre le terrestre d'une vie. Humains sont ces
rhizomes pour le cœur, pour le corps et dans la tête. Rhizomes, sont nos
ancêtres, nos parents, nos amours et notre envie de vivre.
Après
une vie consacrée à l'action humanitaire en France et au-delà des frontières au
sein d'une association de solidarité à Nîmes, Charles Akopian, né à Marseille
en 1948 de parents rescapés du génocide arménien de 1915, savoure aujourd'hui,
depuis 2013, une retraite active à Brest auprès de celle qui
« l'ensoleille ». Sa passion de la poésie, révélée à son adolescence,
nourrie par une rencontre avec les poètes de la célèbre revue « Les
Cahiers du Sud » à Marseille, et encouragée par Aragon en 1970, trouve
alors un temps et un espace apaisés et gourmands pour enfin laisser libre cours
à l'écriture.
Auteurs Encres Blanches 2025, Anthologie Encres Blanches 2025, vol. 1 (collection Encres Blanches, n° 864)
Jacquy GIL, Au plus près du jour (EB n° 833)
Philippe MINOT, Terreaux (EB n° 834)
Gérard LE GOFF, Aires de Vent (EB n°835)
Catherine ANDRIEU, Un bain d’étoiles (EB n° 836)
Gérard LEYZIEUX, Évasive valise
(EB n° 837)
Hervé LAPILLONNE, L’attente en filigrane (EB n° 838)
Fabrice FARRE, Carte de Séjour (EB n° 839)
Dominique MARBEAU, E URGENTE (EB n° 840)
Pierre ECH-ARDOUR, Bourgeonna l’aube en le miroir du
temps (EB n° 841)
Jean-Louis KERANGUÉVEN, Deux ou trois cercles
concentriques (EB n° 842)
Svante SVAHNSTRÖM, En cet instant je marche encore
(EB n° 843)
Pierre YERLÈS, Zestes d’espérance (EB n° 844)
Claude HAZA, Le temps comme il vient (EB n° 845)
Estelle CANTALA, Aux Vents d’Hiver suivi
de Au Tour d’un Thé (EB n° 846)
Auteurs Encres Blanches 2025, Anthologie Encres Blanches 2025, vol. 2 (collection Encres Blanches, n° 865)
Camille FOUQUET, Les temps Suspendus, Haïkus du quotidien (EB n° 847)
Gérard LE GOFF, Précis de déconvenue (EB n° 848)
Luc
MONNIN, … et la Cerdagne vint (EB n° 849)
Marie-Noëlle AGNIAU, Faire souche (EB n° 850)
Jamila CORNALI, Lumières (EB n° 851)
Michèle CAPOLUNGO, Il n’est de chemin que sillage
(EB n° 852)
Alain
CASAURANG, Brodant les jours des nuits ( EB n° 853)
Luc MARSAL, La Nuit s’ouvre d’un trait (EB n° 854)
Dominique MARBEAU, Frisbee ou le retour des petits malheurs (EB n° 855)
Sandrine DAVIN, Le silence des oubliées (EB n° 856)
Michèle GOËMON, L’être en ciel (EB n° 857)
Denis LEMAÎTRE, Enfant devant la fée (EB n° 858)
Sébastien ROBERT-DEREY, L’envers du jour (EB n° 859)
(Éric Chassefière)
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Murielle Compère-Demarcy, Antonin Artaud, Moi le Mômo le Mu. Éditions Douro, mars 2026 (92 p., 17 €)
Antonin Artaud, Moi le Mômo le Mu de Murielle Compère-Demarcy fait suite à Alchimiste du soleil pulvérisé, Poème pour Antonin Artaud paru dans la même collection chez Z4 Éditions en janvier 2019. Le temps a passé, et l'écriture de Murielle Compère-Demarcy s'est de même transformée. Toujours aussi fusionnelle avec son mentor l'auteure nous lance un poème syncopé dans la peau d'Antonin. On y retrouvera tous les ingrédients de l'écriture-cri d'Artaud. Symbiose singulière : Artaud ressuscité par les mots de Murielle devenue Antonin, ou plus exactement devenue Murielle-Antonin Artaud. Croisant Van Gogh le suicidé et portant son regard critique actuel sur l'autour de l'œuvre.
Martine Rouhart, Conversation d’un jour de pluie. Éditions du Cygne, mars 2026 (60 p., 12 €)
Toute conversation est rencontre…
Garde la fenêtre ouverte
pour entendre
chaque goutte
marteler l’instant
suspendre le temps
Le ciel et moi
il arrive souvent
que nos âmes
se répondent
Emmanuel Berland, 7ème pièce du château. Éditions Unicité, mars 2026 (64 p., 13 €)
Entrer dans cette poésie, c’est franchir le seuil d’un Royaume ancien, où chaque poème ouvre la porte d’une demeure secrète. Dans l’immense château du langage, nous sommes conviés à visiter la septième pièce, non la dernière, mais celle qui précède un basculement. Une pièce obscure et silencieuse, d’où montent les voix disparues, les souffles oubliés, les mots venus de l’autre rive. Ici, la mort n’est pas mur ou fin, mais source et seuil. Elle est le lieu matriciel d’où surgit la parole, foyer souterrain où brûle encore le feu originel.
Les mots y circulent comme des esprits veilleurs. Ils ne dictent rien, ils veillent. Ils ne possèdent rien, ils traversent. Ils ne promettent pas de clarté, mais engagent à une fidélité, à la voix enfouie, au chant non dit, à la flamme ténue qui continue de brûler dans les ruines. Chaque poème est une stèle mouvante, un fragment d’éternité égaré dans le temps, un éclat arraché à l’oubli. Les figures qui l’habitent, âmes, anges, veilleurs, cueilleurs de sources, n’annoncent pas le salut : elles accompagnent l’invisible, la lenteur, l’attente.
Cette septième pièce est celle où la parole s’est retirée pour mieux rayonner. Elle ne conquiert pas, elle veille ; elle ne crie pas, elle brûle. Le poète ne s’y dresse pas en prophète, mais en pèlerin d’une mémoire plus vaste que la sienne, en dépositaire d’un souffle ancien qui traverse les époques. La poésie ici est survivance, non style : elle est ce qui reste quand tout a été consumé.
Jean-Louis Massot, A peine al dente. Cactus inébranlable éditions, mars 2026.
Aphorismes, aves des illustrations de l'artiste Jean-François Octave et un quatrième de couverture du poète Karel Logist :
À chaque page de ce livre facétieux, Massot célèbre une journée mondiale qu’il décide et baptise : Journée mondiale des fonds de tiroir, Journée mondiale de la tomate pelée, Journée mondiale des pieds dans le plat, Journée mondiale des points de suspension etc. Et d’illustrer son livre d’heures par des réflexions drôles à faire se fendre d’un sourire le calendrier le plus orthodoxe.
Quelques bribes de cet almanach de tous les dangers ?
« Un jour les zèbres seront rayés
de la carte. »
« Qui oserait poser un lapin à Lewis Carroll ? »
« Si on te suit sur Instagram, surtout ne te retourne pas. »
Saghi Farahmandpour, Débris du destin (Iran). Éditions du Cygne, février 2026 (170 p., 18 €)
Quelque part dans l’apesanteur
entre la vie et la mort
En cherchant le vieux mirage des regrets entrelacés
Je porte sur mes épaules
Jusqu’à la fin du matin
Le pesant fardeau de l’illusion d’un temps de paix.
Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (note de lecture de Dana Shishmanian).
Dominique Aguessy, Passerelles de mémoire en oubli. Éditions du Cygne, février 2026 (60 p., 12 €)
Dans un contexte d’affrontements où nul ne voudrait céder sa place à l’autre, la poésie suggère d’autres modes de communication. L’apprentissage de la douceur, la force des gestes du quotidien, le courage de décisions prises à temps, construisent et restaurent inlassablement des liens menacés de disparition. Tant d’autres démarches fragiles abritent lucidité et ouverture à d’autres univers. La poésie les nomme nécessaires Passerelles entre mémoire et oubli.
Luminitza C.
Tigirlas, Nible : l’oubli en deuil de son écorce. Éditions du Cygne, février 2026
(100 p., 15 €)
L’oubli et son impossible plongent tour à tour dans le temps pour
ressortir avec les mots du souffle qui décante les corps subtils de lumière et
des ténèbres, reperdus et retrouvés, au plus près de l’instant, de l’intime, de
la sensualité, des mystères et de leur exil. Le dire s’enroule avec une mémoire
spoliée de ses lieux, mémoire trouée, censurée, mémoire s’éveillant en
sursauts. Le jour où la poète fut saisie par la proximité d’un lieu libre avec
le ciel, les corolles d’amandiers se défaisaient de leurs songes. À La
Roche-sur-le-Buis, les Drômois appellent La Nible une roche et son lien dans
l’infini, ce titre émane d’elle comme un don de liberté.
Composition en trois mouvements : Sur l’autre versant de
la soif ; Densifiant les sillons de paroles ; La présence d’un pain invisible.
Cathy Carcia Canales, Le monde émoi. À tire d’ailes, février 2026 (56 p., 12 €).
« Monde qui me désespère, m'exaspère, me révolte, me sidère, qui provoque en moi toutes sortes d'émotions qui me vrillent la tête et le ventre et monde qui pourtant n'arrive pas à éteindre le souffle, l'étincelle d'espoir que je cultive tout au fond, là où le cœur marque le tempo d'une humanité commune que je le veuille ou non. Un espoir comme une graine, minuscule. Un espoir comme un rire, fou, car ce monde réveille le clown en moi, celui qui ânonne "tout est foutu, tout est à faire, tout est foutu, tout est à faire" et qui pirouette pour échapper au mode écrasement. Monde absurde, monde risible, monde terrible, monde ridicule. Monde qui malmène, bouscule, renverse, se déverse en flots continus, ballotte, étouffe, asphyxie, ramène sur la rive et recommence encore. Monde qui peut aussi être un creuset fascinant. L'écriture de cet ensemble s'inscrivant dans le temps tandis que le tempo du monde nous force de plus en plus à l'Immédiateté, où un événement, une dite info, une image, une mode, une opinion, une technologie en remplace une autre à une vitesse exponentielle suffocante, ce temps long me permet de prendre la mesure de ce qui change, ce qui ne change pas, ce qui semble nouveau mais ne l'est pas, de déceler les mécanismes en deçà du vortex. » (commander auprès de l’autrice : mc.gc@sfr.fr)
Mehdi Akhavan Salès, Cri. L’Harmattan, février 2026 (92 p., 11 €)
Mehdi Akhavan Salès est une des figures marquantes de la poésie contemporaine iranienne. Engagé dans un dialogue critique avec le passé, il déploie dans ses poèmes un allégorisme, un symbolisme, un mélange minutieux des styles classiques et une familiarité avec la nouvelle poésie (vers libre).
Marqué par les ténèbres qui règnent dans les années 50, et surtout le coup d’État de 1953, il dépeint dans ses premiers recueils Orgue puis Hiver la mélancolie morose de toute une génération intellectuelle qui se sent trahie, à travers une vision hivernale de la société iranienne. Bien que la question socio-politique domine, la sincérité de ses vers se ressent grâce au pouvoir implicite de l’image, quand les poètes de son époque privilégiaient les plaidoyers en faveur d’une idéologie politique.
Dix-neuf de ses poèmes ont été choisis pour être traduits ici, dont quelques-uns (comme Cri, Hiver, Ghassedak, qui furent chantés par une figure emblématique de la musique classique iranienne, Mohammad Reza Shadjarian) évoquent une nouvelle poésie épique et légendaire.
Pierre
Taminiaux, Résister
au présent.
L’Harmattan, février 2026 (154 p., 16 €)
Cet ouvrage souligne et dénonce d’abord les multiples formes de domination et de contrôle, mais aussi les pièges et les illusions du monde contemporain. Il propose ensuite un ensemble de résistances politiques, culturelles et existentielles à ceux-ci, selon une perspective radicale du langage poétique, à la fois lyrique, critique et ludique, dont l’origine se trouve dans le mouvement surréaliste.
Il s’agit, dans cette optique, d’établir des rapports étroits entre la poésie et la vie de la cité, au nom d’un devoir d’engagement et d’une lutte nécessaire et urgente contre les nombreux autoritarismes de notre époque, qui s’attaquent à nos libertés les plus profondes et les plus durement acquises.
Pierre Taminiaux est professeur de Littérature française et francophone du XXe siècle. Spécialiste des rapports littérature/art, en particulier dans les avant-gardes. Auteur de nombreux ouvrages et articles critiques. Également écrivain et artiste plasticien.
COSSIC. Vénère féroce. L’Harmattan, février 2026 (108 p., 13 €)
Piteux !
Miséreux esclaves de l’Épée et du Capital
Serfs acéphales des flasques accumulations,
Tartuffes obscènes de la frime et du crime,
Assez !
L’écriture de COSSIC, comme il aime se nommer, est substantielle. Elle advient par le miracle de la source qui trouve les mots de pierre, d’eau et de foudre pour poser le monde. Elle s’entrechoque avec les contrées qu’il a sillonnées et l’intégrité de son être. C’est à la fois celle du passant émerveillé et du témoin des racines. Mais que l’on ne s’y trompe pas, la révolte du poète contre ce qui altère la célébration du voyage est acerbe. Le cheminement réciproque de soi au souffle est aussi un pari pour préserver la flamme. COSSIC, au cœur de son poème indivisible, initiatique. (Michel Cossir)
Polyphonie pour la Palestine. 102 poètes. Anthologie dirigée par : Michel Cassir, Metin Cengiz, Emmanuelle Malhappe. L’Harmattan, janvier 2026 (212 p., 20 €)
Quand tu bombardes ma maison
Épargne juste un doigt à ma mère
Un seul doigt
Est tout ce dont elle a besoin pour
Ranger mes jouets dispersés
Avec les morceaux de mes jambes et chercher
Frénétiquement les poumons de son mari…
Voir la présentation et des extraits de cette anthologie à notre rubrique Lectures-chroniques (par François Minod).
Michelle Accaoui Hourani, Rassembler ses visages. L’harmattan, janvier 2026 (108 p., 13 €)
Ce recueil explore l’écriture comme une expérience totale. Les poèmes en font surgir les multiples figures — danse, fièvre, silence, voyage, prière… — et s’y déploient en calligrammes et en éclats visuels, donnant au mot une chair, une respiration.
Michelle Accaoui Hourani est une écrivaine libanaise qui cultive une passion pour la langue française et en particulier pour la poésie. Elle a obtenu sa maîtrise en littérature française et un doctorat portant sur l’œuvre de Vénus Khoury Ghata.
Pascal Holtzer, Le silence est dehors. L’Harmattan, janvier 2026 (76 p., 11 €)
Le silence est dehors est un recueil de poèmes d’inspiration libre. Qu’il s’agisse des vertus du silence ou de l’art de la maïeutique de l’huître, de n’être pas que soi ou d’un acouphène en si bémol, du crayonné des rides ou du moment ou dehors est dedans, d’un son clandestin ou de la magie décolorée des mots, ces textes cherchent peut-être à transporter le quotidien dans un rythme — dans un swing — grisant.
François Riffard, Rares papiers de poésie. L’Harmattan, janvier 2026 (160 p., 29 €)
« En ce temps de dématérialisation généralisée, il est rare et le deviendra de plus en plus de lire des manuscrits depuis leur support d’origine. C’est ici la proposition du poète et peintre dont la consultation des archives-papiers, révèle tant la richesse des vis-à-vis textes poétiques/résonances plastiques, que la sobriété originale des surfaces à travers lesquelles les deux expressions se manifestent. L’ensemble témoigne ainsi de toute une poïétique de l’œuvre dont le lectorat peut s’emparer pour mieux entrer en communion avec la démarche du poète-artiste et l’état d’âme qui habite chaque instant de la création esthétique. » — Philippe Tancelin
Philippe Legrand, Au bout des mots. L’Harmattan, janvier 2026 (114 p., 13 €)
Il y a, au bout des mots, quelque chose – comme une lueur persistante, pour dire qu’ils ne sont pas vains. D’un ombilic qui se dérobe, naissent des paroles, fragiles, hésitantes, qui interrogent la langue. Rien n’est sûr de leur signification. Mais s’ils parviennent, ne fût-ce qu’un instant, à faire surgir une présence – à relier celui qui écrit à celui qui lit – alors peut-être le poème a-t-il trouvé sa vérité.
Antoine Choplin, Androsace. Éditions La fosse aux ours, janvier 2026 (77 p., 15 €)
Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (note de lecture de Dominique Zinenberg).
Alain Vuillemin, Contre les dictatures à travers la littérature européenne. Éditions Rafael de Surtis, janvier 2026 (227 p., 25 €)
Notre soutien à Boualem Sansal, et de nombreux autres articles publiés entre 2018 et 2022.
Jacques Merceron, Chants de l’éternel éphémère enté de Frères des Vents. Éditions Rafael de Surtis, janvier 2026 (70 p., 19 €)
Ce livre de beaux poèmes évoque des voyages à travers le monde mais aussi à travers des cultures voire du temps, et l’esprit du poète reste parfois accroché ou suspendu comme en apesanteur auprès de monuments du passé ou à l’intérieur de quelque espace d’émerveillement… qu’il soit exotique ou familier. Ainsi ce petit instantané qu’on aimerait citer ici :
L’air vif
Oui si vif
Le roc à nu
Les ruines du schiste
La langue des éboulis
Le torrent chevrotant ses eaux
Au perchoir des cascades
Les arbres au coude à coude
La grande nappe verte
Où le couvert du monde
Est mis
Parmi les gaves dégavant
Dans le tremblé du monde
Alors s’oublier dans le simple chant
Du regard
Hautes-Pyrénées, en Pays Toy
Paul Sanda, La note sanglante de Peter Warlock. Éditions Rafael de Surtis, janvier 2026 (91 p., 19 €). Préface et illustration Catherine Andrieu
« Paul
Sanda ne raconte pas l’amour : il le traverse. Il en explore la part
vulnérable, la part ardente, la part nue. Son écriture ne commente rien :
elle agit. Elle déplace la respiration. Elle engage le lecteur dans un
mouvement intérieur qui ne lui permettra plus de revenir à son point de
départ. »
Voir aussi la note de lecture dans ce même numéro (par Dana Shishmanian).
Catherine Andrieu, Ils ont dressé des anges sur des tessons. Éditions Douro, janvier 2026 (71 p., 15 €).
Ce que le corps traverse. Trois livres pour rester vivante. Éditions Rafael de Surtis - poésie, 1er trimestre 2026 (160 p., 19 €)
Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (notes de lecture de Dana Shishmanian).
Joakim Afoutni, Crises ivoiriennes. Avec des illustrations de Jacques Cauda. Préface de Murielle Compère-Demarcy. Éditions Tarmac, janvier 2026 (76 p., 15 €)
Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (notes de lecture de Dana Shishmanian).
François Cheng, Le pourquoi de la rose. Éditions Petite pierre, janvier 2026 (64 p., 15 €)
« "La rose est sans pourquoi ", c'est la fameuse affirmation du poète mystique Silesius devant laquelle tout le monde s'incline. J'ai la témérité de regimber, tout en sachant que pour me justifier, la tâche ne serait pas aisée. En voici une tentative. (l’auteur)
Une merveilleuse évocation poétique qui invite à circonvenir les sensations délicates et parfumées, le toucher soyeux de la fleur parfaite, son mythe et son mystère. Le texte poétique, inédit, est illustré par Nicolas Alquin, sculpteur et dessinateur. Une belle surprise que ce merveilleux petit livre cartonné à spirale de couleur rouge, comme l'amour ! "Mais la reine, somptueuse et souveraine, c'est la rose." » (Marie-Joseph, libraire à La Procure de Paris)
Francis Gonnet, Une beauté tremblante. Éditions du Cygne, janvier 2026 (54 p., 12 €)
Ce recueil, composé de courts poèmes en quintils, propose au lecteur quelques haltes, loin des bruits et des ombres, pour l’amener dans ces espaces où la lumière révèle la beauté de l’instant, et l’élan de la vie. À nous d’en créer le chemin.
Voir dans ce même numéro, à la rubrique Lectures-chronique (la note de lecture de Rémi Madar).
Colette Nys-Mazure, avec des aquarelles de Marie Pierre Delorme Bourg : Souffle fragile. L’Atelier des Noyers, janvier 2026 (12 €)
Ce livret des dimensions d’une paume est une merveille. Stylo livrant son écriture manuscrite et pinceau se répondent pour nous faire partager ce « souffle fragile » qu’est l’âme : D'une image à l'autre/ D'un collage au suivant/ Court le souffle fragile. C’est la source vivante de la poésie et des arts, qu’il nous faut défendre et cultiver avant tout : « le presque rien qui en dit tout », « L’attrait de l’invisible / sous le visible palpitant » où réside notre humanité véritable. S’en sourcer, c’est vaincre l’enfer de ce monde :
En ce monde
Nous marchons sur le toit de l’enfer
Et nous regardons les fleurs.
Stephen Blanchard, Gris-moire. Préface d'Eric Chassefière. Éditions France Libris, janvier 2026 (45 p.)
Voir pour ce recueil la belle et pertinente chronique de Catherine Andrieu dans la revue en ligne RAL,M (15 février 2026), dont nous citons :
« La nature, dans Gris-Moire, n’est jamais idéalisée. Elle est le premier lieu où se lit la dégradation du lien humain. Les forêts palpitent, les rivières s’assèchent, les feuillages inquiètent. « Je m’inquiète des feuillages / dont la mélodie / me rappelle / le frissonnement / des âmes » (p. 39). Cette phrase est capitale : elle dit que la crise n’est pas écologique ou spirituelle, mais indissolublement les deux.
Le poète ne se pose pas en sauveur. Il se tient « attenti(f) au chant du rêve » (p. 6), dans une posture presque monacale, sachant que ce chant est fragile, menacé par « la foule absurde et sourde » (p. 6). Et pourtant, quelque chose subsiste : « Dans les célestes sillons / de la vie / le verbe garde encore / ses trésors » (p. 6). »
Florent Ploquin, Pour que la poésie demeure. Les Éditions du Menhir, décembre 2025 (92 p., 11,90 €)
Nous lisons sur le site de l’éditeur : « (…) Ce recueil aborde successivement le Poitou, la Normandie et la Bretagne, trois régions aux ambiances très changeantes. C'est ce trésor de lumière et de contrastes qui est abordé ici : le lecteur est convié à une floraison d'atmosphères, qui varient au jour le jour et qui font partie de notre patrimoine national et de notre identité culturelle. »
L’auteur se définit « comme étant un poète des atmosphères. Je propose donc des textes impressionnistes : je suis un peintre des mots. Mon père était d’ailleurs artiste peintre ; et il me disait que la lumière locale varie beaucoup d’une région à l’autre. Ce recueil est donc une forme de poésie régionaliste. » (lettre de l’auteur).
En effet
le poète évoque ses rêveries et ses réflexions au milieu de paysages divers et
conclue par une pensée humaniste qui ravive la mission sauveuse de la Poésie au
milieu d’un monde de plus en plus dévasté :
Mais
qu’en reste-t-il aujourd’hui
Et
comment bonifier ces trésors
Dont
nos âmes se souviennent ?
En
sollicitant la paix et la bienveillance,
Pour
que la poésie demeure. (p.
87)
Maggy De Coster, Cuba. Au nom de ma mère. Éditions du Cygne (collection Traces), novembre 2025 (60 p., 12 €). Préface de Jean-François BLAVIN. Postface de Pedro VIANNA
La poétesse, écrivaine, traductrice, parolière et journaliste Maggy De Coster (sociétaire de la SDGL) nous livre ici un récit poignant et lucide, celui d’une difficile remontée aux sources. Histoire familiale et histoire d’une région du monde s’intriquent et (peut-être) s’expliquent l’une par l’autre ou l’une dans l’autre, tout en conservant des pans d’ombre que supplée finalement notre écriture. Car nous sommes aussi, sinon surtout, ce que nous écrivons.
« En se faisant porte-parole de sa maman, l’autrice nous avertit ainsi de la gravité de son propos et nous invite à un "pèlerinage" en quête de ses origines. Dès l’entame de sa confession elle avoue "écrire sur Cuba, c’est suturer un manque qui a commencé à germer en moi depuis ma petite enfance". C’est ce chant secret qui affleure sous une forêt de développements rigoureusement étayés d’ordre historique, économique, politique qui suscitent notre vif intérêt ; des violences aussi et tant de conflits qui affectèrent les Caraïbes. (…)
C’est donc un objet curieux qu’offre ce récit, un cadre général et documenté sur l’île au sein duquel alternent des moments de plénitude ou de douleur, comme si la partie documentaire, intéressante en soi, était une forme de pudeur dans cet ouvrage qu’on lira sous le charme de l’écriture fluide de Maggy de Coster. »
(Jean-François Blavin)
« Avec Cuba : au nom de ma mère, Maggy De Coster comble la lacune et nous offre un récit de voyage très personnel à la fois géographique, politique, sociologique et généalogique, reconstituant une chaîne matrilinéaire au long de quatre générations, reliant Haïti, Cuba et la France, grâce aux portraits de Louise, de Christine, de Caridad et de Maggy elle-même. (…)
Les parcours de vie que retrace ici Maggy de Coster dans son ouvrage se déploient dans un cadre géographique et politique précis que l’auteure rappelle dans ses grandes lignes, en décrivant brièvement villes et lieux reliés à l’histoire familiale qu’elle visite à Cuba, de même que ceux qu’elle a parcourus en Haïti pendant sa jeunesse, tout en rappelant les principaux événements politiques qui ont marqué les deux îles de la Caraïbe où se déroule la saga familiale. »
(Pedro Vianna)
Eva-Maria Berg, À l’orée du noir, avec des dessins de Yannick Bonvin Rey. L’Atelier des Noyers, octobre 2025 (15 €)
Cet élégant livre de poèmes en version bilingue français-allemand (traduction par Eva-Maria Berg et Olivier Delbard) représente la deuxième collaboration de la poétesse allemande francophone avec la plasticienne suisse Yannick Bonvin Rey. Faire monde commun et explorer les correspondances entre poésie et art graphique est une façon de rendre notre chemin ici-bas plus humain.
quand le jour ne
cesse de tenir
la nuit à distance
les humains apprennent
à dormir
les yeux ouverts et
obscurcissent les espaces
pour être capables de voir
Jacques Marcel Favre, L’hirondelle sans bagages. Jets d’encre, avril 2025 (88 p., 16,95 €)
Dans L’Hirondelle sans bagage, Jacques Marcel Favre offre du rêve comme de la réflexion profonde entre photographies et vers poétiques. Le poète aime réveiller, mieux révéler la beauté des choses que l’on dit simples. À travers des clichés devenus complices de sa poésie, il n’entend point mais ressent ces choses qu’il transmet à travers ses émotions. Persuadé que la poésie se doit aujourd’hui d’être évolutive, il explore les courants actuels, en abordant avec ses mots de douloureux sujets comme le sida infantile, lâche et méconnu. (présentation sur le site de l’éditeur).
Le recueil, illustré des belles photographies prises par l’auteur lui-même, est aussi une célébration de l’amour et de l’espérance pour une humanité renouvelée.
(Dana Shishmanian)
***
La Vie (19 mars) dédie un dossier à la Poésie à l’occasion du Printemps des poètes
Réalisé
par Stéphanie Combe, un dossier consistant sur 20 pages grand format (pp. 28-49)
est dédié à la Poésie dans le quotidien chrétien La Vie, au n° 4203 du 19 mars, tâchant
de rendre compte d’un état de fait et de répondre aux questions fondamentales
qu’il pose : « Par la puissance de son langage, la poésie exprime
l’émotion, l’imperceptible, jusqu’à se faire miroir de l’âme en quête d’absolu.
Comment cet art dont s’emparent croyants ou farouches athées parvient-il à
évoquer une part d’indicible ? » Sont tour à tour convoqués les témoignages
de poètes, écrivains, critiques ou historiens littéraires, journalistes, philosophes,
des plus célèbres au moins connus, tels que : Paul Valadier, Claire
Hendrickx, Jean-Pierre Denis, Christian Bobin, Emmanuel Godo, François
Cassingena-Trévedy, Colette Nys-Mazure, Gilles Baudry, Patrice de La Tour du
Pin, Claude Vigée, Saint-John Perse, Paul Celan, Robert-Lucien Geeraert, Rainer
Maria Rilke, Guillevic, Jean-Pierre Denis, Philippe Le Guillou (sur
Rimbaud vu comme « un piéton mystique (…) épris d’absolu »),
ou enfin Paul Claudel. Quelques textes emblématiques sont inclus dans de
petites fenêtres typographiques, notamment d’Alfred de Vigny, Francis Jammes, Max
Iacob, et Marie Noël. Un extrait des témoignages cités dans l’article
(p. 47) : « La foi dans l’éternité n’empêche pas la peur de la
mort. Le poète, même chrétien, connaît des angoisses face à lui-même, face à
son obscurité intérieure. La poésie dit aussi le mal de vivre. Elle ne doit pas
planer au-dessus des nuages, mais s’ancrer dans l’humus de la vie, en accepter
la complexité, la densité. Saint-John Perse, agnostique, panthéiste, a su
exprimer à la fois l’honneur et l’horreur de vivre. Toute poésie réclame cette
dualité. » (Colette Nys-Mazure, que je remercie pour m’avoir
communiqué cette belle parution).
Poésie/première n° 94 (mars 2026)
Ce numéro
sorti en mars 2026, sous le signe du Kaléidoscope, nous propose dans le
sens de son sous-titre un rassemblement de « poèmes :
fragments de lumière, éclats de miroirs, mélanges indéfinis de couleurs et de
nuances, instrument pour voir l’image toujours nouvelle de la beauté qui en
résulte », tout en alignant d’autre part, toujours dans une logique
catoptrique (sinon anamorphique…), des réflexions critiques, des dialogues avec
les auteurs, des « professions de foi » (voir l’édito signé par
Gérard Mottet).
Alors justement à ce titre, il faut citer
avant tout, Notre profession de foi :
« Si nous devions exprimer nos choix
essentiels dans ce vaste domaine qu'est la poésie d'aujourd'hui et de toujours,
nous dirions :
1- que nous aimons par-dessus tout la poésie liée à la
condition humaine, à ses incertitudes, ses fatalités, ses interrogations, ses
rêves, ses joies, ses déchirures.
2- que la poésie, pour nous, est inséparable d'une
réflexion continue sur la poésie. Que chanter ne nous dispense pas de méditer
en silence ou à voix haute. Tous les grands poètes, comme tous les grands
artistes, n'ont cessé de méditer sur leur art, sur la beauté, sur la vie.
3- que la poésie que nous recherchons est celle qui
demeure sous tension, qui rapproche les contraires jusqu'en ce point de fusion
d'où jaillissent des étincelles. Paroles poétiques en lesquelles résonnent
aussi bien le monde que le moi, aussi bien l'image que la pensée, aussi bien la
fureur que le silence.
4- qu'enfin, nous tenant à distance de tout parti-pris,
nous aimons la poésie dans toute son inventive diversité, poésie plurielle qui
tantôt penche d'un côté, tantôt de l'autre, qui oscille :
* entre l'émotion et l'intuition ;
* entre la forme et le sens ;
* entre le vécu et
l'imaginaire. » (p. 5).
En mode essai et thème avec variations,
toujours comme en préambule au « kaléidoscope » poétique, il faut
citer trois beaux textes sur « l’éphémère et l’inachevé »,
« l’inachevé, l’éphémère et le temps », et « écrire avec la
lumière qui passe », par Alain Duault, Jean-Louis Bernard, et Hugo
Bouras-Vignal respectivement. La voix critique se fait entendre avec Martine
Morillon-Carreau et Gérard Mottet, à propos de On ne dort pas même quand on
dort d’Alain Duault (Gallimard 2025), avec Alain Duault, en commentant le
dernier livre de Monique W. Labidoire (L’Horloge du monde), et enfin
avec Hugo Bouras-Vignal, pour un Hommage à Marc Alyn. Bien entendu, il y
a comme d’accoutumé de nombreuses notes de lecture à la fin du numéro.
Parmi les voix diverses – en référence à
la rubrique « Poésie plurielle » – qui honorent ce numéro de
référence, sinon carrément « esquisse d’une anthologie » comme le
veut la rédaction, je cite quelques-unes dont les poèmes m’ont le plus
touchée : Marie Alloy, Jacques Ancet, Marc-Henri Arfeux, Marilyne Bertoncini,
Claudine Bohi, Brigitte Broc, Susanne Derève, Martine Morillon-Carreau,
Jacqueline Persini, Dominique Zinenberg.
Florilège n° 2020 (mars 2026)
La
demi-centenaire revue de poésie Florilège, créée en
1974 par le poète et écrivain dijonnais Stephen Blanchard dans le cadre de
l’Association Les Poètes de l’Amitié – Poètes sans Frontières
qu’il a fondée et qu’il préside, nous offre sans ce numéro printanier un énorme
bouquet de 97 poètes (et autant de poèmes voire un peu plus en fait…), dont je
cite quelques coups de cœur : Philippe Baudry, Sylvain Braud, Dominique
Bauer, Anne Dealbert, Marc Descamps, Clair Ether, Marie-Christine Guidon,
Kathleen Hyden-David, Denis Lefrançois, Mohamed Mleiel, Lionel
Morello, Marie-José Pascal, Ara Alexandre Shishmanian, Éric Simon, Stella
Vinitchi-Radulescu.
Parmi les présentations et chroniques qui
occupent pour la plupart la seconde moitié du numéro j’aimerais citer :
sur l’Anthologie Encres vives (par Stephen Blanchard, p. 20), sur John
Forbes Nash. Le chant des équations blessées de Catherine Andrieu (par
Yolaine Blanchard, p. 31), sur Effleuressences de Stephen Blanchard (par
Catherine Andrieu, p. 32), sur Peindre de son corps et Dans la nuit
du jour d’Éric Chassefière (par Lucile Blanchard, p. 41, et Paule Milamant,
p. 46, respectivement), sur les revues Les Amis de Thalie et Poésie
sur Seine (par Julius Nicoladec et Kathleen Hyden-David respectivement, p.
43), sur Oniriques d’Ara Alexandre Shishmanian (par Anne-Marie Bence, p.
48)
Dans les textes de réflexion sur la
poésie et le poète, de tenue plus générale, se remarquent Le poète doit-il
vendre son âme à tout prix ? par Stephen Blanchard (p. 38), l’essai Le
poète et le bonheur, de Kathleen Hyden-David (p. 40), et Poésie et
philosophie, par Gérard Mottet (p. 45). Enfin, quelques auteurs à
découvrir : le poète toulousain Auguste Abadie (1831-1914), auquel
Frédéric-Gaël Theuriau dédie un dossier Hommage (pp. 35-37), et, au-delà
des frontières, la poétesse coréenne Kim Hyesoon. Une poésie expérimentale
et engagée, par Marie-Christine Guidon (p. 49).
Le numéro est magnifiquement illustré par
des reproductions d’œuvres de Marie Jean-Jacques, artiste peintre.
Diérèse n° 95 (Hiver 2026)
La consistante revue de Daniel Martinez nous propose cette fois, pour la poésie du monde, quatre « domaines » : portugais (avec José Manuel de Vasconcelos, en la traduction de Jean-Paul Bota), danois (avec Pia Tafdrup, présentée et traduite par Jean-Yves Cadoret), allemand (Peter Härtling, présenté et traduit par Joël Vincent, édition bilingue) et espagnol (avec des poèmes de Teresa Soto en édition bilingue, traduits par Max Alhau et Teresa Soto).
Les deux cahiers de poésie nous régalent avec entre autres Richard Rognet, Pierre Dhainaut, Béatrice Pailler, Évelyne Morin, Daniel Martinez, Yves Bergeret, Danièle Corre, Gérard Le Gouic. La rubrique Récits nous rappelle que la prose n’est pas délaissée : on y retrouve par exemple Mathias Lair, Patrick Aveline, Jacques Merckx, Éric Barbier. Sous les rubriques Focus et Bonnes feuilles on lit avec intérêt des textes critiques et des notes de lecture. Un appuyé Hommage est dédié par Marie-Claude San Juan au poète Jean-Claude Xuereb, disparu en 2025 : « S’il fallait définir cet univers d’écriture et de pensée en quelques mots il faudrait retenir ceci : dissidence, lucidité, ineffable, ardeur, mémoire, transmission. » (p. 267)
Enfin, sous Rubrica, quelques essais nous nourrissent de réflexions de fond : ainsi Marie-Noëlle Agniau avec quatre textes remarquables qui nous relient aux racines grecques tout en faisant ressortir une continuité de crise (notamment dans La difficile acceptation de ce que nous sommes ou la domestication du monde), de mélancolie (Un bain de peluches ou… « la cinquième saison ») ou de poétique plus ou moins métaphysique (Pierre Bergounioux ou le pays grec). D’autre part, Béatrice Marchal refait la Route de la Chaume, pour accompagner de ses lectures péripatétiques les poèmes de Richard Rognet. Enfin, Daniel Martinez nous partage ses réflexions Miscellanées où les notations, impressions, découvertes et souvenirs font vivre tout un univers personnel fait de livres, d’art, de musique, et d’histoire.
Nouveaux
délits n° 83
(Janvier 2026)
Entre les couvertures cousues main de ce nouveau numéro – le 84e car il y a eu un numéro zéro, nous rappelle Cathy Garcia Canalès – foisonne une faune littéraire d’une diversité inouïe, tout en décalé, en biais, en contre-temps, en creux et en saillants, loin du politiquement correct aligné sur la pensée unique. Quelques plumes à découvrir : Patrick Gillard (qui convoque ses peurs pour les confondre), Flore Nélin (maniant avec brio les paradoxes : « Telle est la noirceur,/ d’un blanc éclatant/ parfois »), Samuel Martin-Boche (avec ses Litanies de la forêt), Frédérique Duriez (qui touche de près à la géographie interne des corps et de leurs silences), Marianne Duriez (qui prend la voix de « la mauvaise fille » pour s’exclamer : « Que les nuits brûlantes sont douces à Madrid »), Jeanne A. Debats (avec son « dictionnaire des mots imbitables »), ou enfin l’Allemande Therese Steigleder (avec ses courtes nouvelles traduites par Simon Degrave). Mon coup de cœur : Marie-Anne Bruch dont je cite un peu au hasard :
Cette année l’automne
fait tout tomber, vraie débandade
des âmes, des nerfs et des épaules
tandis que les pluies sur les plantes
tournent à l’aigre et que je me paume.
Les dahlias continuent bêtement
à faire leur grande roue
d’héliothérapie, mi-derviche
mi-paon,
cette arrière-saison va nous arracher,
une à une, toutes nos vanités,
ce sera plus simple
qu’un hiver sans neige.
Et encore :
La nuit est une encre subtile
et la douleur change de couleur.
Jeter un œil au fond de soi
et n’y trouver qu’un peu d’air frais,
pour l’apaisement ou l’effroi ?
Le cœur, mieux que nul autre,
sait rabattre les cartes.
On ne peut quitter les Nouveaux délits sans rappeler l’engagement jusqu’au-boutiste de Cathy qui trouve la force de croire en la Poésie face à la « vitesse exponentielle - bien que prévisible - de la falsification générale » : « Alors oui ! Toujours et encore nouveau délit, ta poésie, nouveau délit, l'humour décapant, deux inadéquations qui horrifient tout penchant à la mise au pas, alléluia ! (…) Je nous souhaite (convenu mais sincère) pour cette année numérotée 2026, beaucoup de rire et de poésie sous toutes leurs innombrables formes, deux ailes essentielles pour prendre de la hauteur et aller se poser sur les arbres beaux, causer avec les petits dinosaures nommés oiseaux, trier les bonnes étoiles des satellites. C'est un fait, les mauvaises farces remplissent toujours tes mêmes poches mais les faux clowns, sinistres pitres du pire, ne feront jamais rire les enfants. Il faut avoir un bon gros grain de poésie pour être drôle et de solides brins d'humour pour mettre pattes au sol. Alors résolument pour 2026, bien s'équiper : deux ailes joliment bricolées maison pour la respiration et un grand balai avec de grands seaux de rires francs et frais, prêts à tout éclabousser pour rincer le monde. »
Planet
Paris-Montmartre
N° 19-20 (déc. 2025-janv. 2026)
Nous découvrons avec plaisir ce magasine littéraire et culturel élégant, édité sur du papier glacé en d’excellentes conditions graphiques, dont le numéro double à cheval sur 2025/2026 comporte un dossier consistant dédié au Surréalisme à Montmartre : passionnant sujet ! Concocté par Jean-Marc Tarrit, Joëlle Adani, et Grégoire Lacroix, on y retrouve, depuis les origines avec Tristan Tzara et Hans Arp, les Victor Brauner, André Breton, Dali, Mirò, Max Ernst, Prévert, puis les moins connus du public TOYEN (alias Maria Tcherminova) et Jindrich Styrsky, couple d’artistes venus de Tchécoslovaquie, ou Jacqueline Lamba et Isabelle Waldberg. Nous apprenons qu’il y a tout un programme des Rencontres du surréalisme à l’Auditorium de la Halle Saint-Pierre (2, rue Ronsard), qui se déroule tous les samedis après-midi pendent plusieurs mois (de 10 janvier au 13 juin : voir p. 12) ; deux des séances (le 14 février, et – à venir – le 13 juin) sont dédiées à Antonin Artaud. Suivent deux poèmes en mode (méta-)surréaliste de Grégoire Lacroix (pp. 13-14), des micro-monographies : sur le peintre d’origine hongroise Endre Rozsda (1913-1999), par Françoise Py (pp. 16(17), sur Madeleine Deffieux Giraud, par Michel Bénard (p. 18), sur Courbet, par Myriam Bulut-Ghika (pp. 30-31), Max Iacob, par Patrick Delaunay (pp. 40-41). Et que dire des nombreuses découvertes musicales, architecturales, artisanales, gastronomiques : autant d’arts dont Montmartre regorge. Un poème attachant (Les morts ne sont pas morts, d’Aimé Nouma, p. 49) et une nouvelle (Monsieur Maurice, par Jean-Pierre Ziegler) closent la partie création.
S’ouvre ensuite une section dédiée aux chroniques de livres et de spectacles. Là on trouve en premier une page dédiée par Michel Bénard à une lecture analytique et percutante du volume Oniriques d’Ara Alexandre Shishmanian. C’est dans le ton : les Oniriques portent sur la couverture un tableau de Victor Brauner... Et le critique de remarquer : « Le chemin est incertain, alambiqué, où les plus intrigantes rencontres sont toujours possibles. Avec cette écriture nous oscillons entre une réalité indéniable et une note surréelle sous-jacente qui donne tout son piment à l’écriture. (…) Voyage étrange, surprenant et pourtant poétique où l’auteur lui-même s’étonne, ce qui n’est pas sans nous rappeler un certain "Je, est un autre" cher à Arthur Rimbaud. » (p. 53)
(Dana Shishmanian)
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Créé le 1er
mars 2002