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« Il est possible que le livre soit le dernier refuge de l’homme libre. Si l’homme tourne décidément à l’automate, s’il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran, ce dernier finira par ne plus lire. Toutes sortes de machines suppléeront : il se laissera manier l’esprit par un système de visions parlantes : la couleur, le rythme, le relief, mille moyens de remplacer l’effort et l’attention morte, de combler le vide ou la paresse de la recherche et de l’imagination particulière : tout y sera, moins l’esprit. Cette loi est celle du troupeau. » André Suarès (sur le site des éditions du Petit véhicule dirigées par Luc Vidal : https://lepetitvehicule.com/)

 

ANNONCES DE PARUTION :

 

JUIILET-SEPTEMBRE 2026

 

Recueils / Revues

 

Recueils & ouvrages

Présentés par Éric Chassefière / Présentés par Dana Shishmanian

 

É.C.

 

Les éditions Encres Vives ont publié à l’été 2026 :

Véronique Joyaux, Solstice (n° 569)

Quelques mots éparpillés sur la feuille
insoucieux
répandus
avec au plus profond une lueur
la vie à l'amble du temps
quelques sentiers qui divaguent
puisant aux fontaines le dit du jour

« La poésie est un surcroît de vie, l'essentiel est dans l'infime »

 

Marilyse Leroux, Un ange nage (n° 570)

Marilyse Leroux, poète, nouvelliste, romancière jeunesse, animatrice d’ateliers d’écriture et chroniqueuse littéraire, est née à Vannes en Bretagne où elle vit entre terre et mer. Membre de Donner à Voir depuis 1986, elle a publié une trentaine d’ouvrages en prose et en poésie. Amoureuse des arts et de pleine nature, elle aime le compagnonnage des artistes, l’écriture chez elle se voulant expérience de vie, aventure, résonance. Son écriture poétique, qui se situe à la frontière du monde visible et de la pensée, est liée aux sensations et à leur résonance intérieure. Sa devise, empruntée au poète Saint-John Perse, est « Poésie pour mieux vivre, et plus loin ».

 

Lionel-Édouard Martin, de saisons, deux sur bords de Gartempe (n° 561)

Lionel-Édouard Martin est né en Haut-Poitou en 1956. Après des études de lettres, il a, au gré de ses nominations professionnelles, sillonné la planète (Maroc, Allemagne, Caraïbe…) pendant près d’un demi-siècle avant revenir s’ancrer sur les rives de la Gartempe. Auteur à ce jour d’une quarantaine d’ouvrages (romans, poèmes et textes courts), il puise dans sa mémoire et les mondes vus matière à écriture (et traduit à l’occasion des textes étrangers).

 

Patrick Aveline, Chemins d’Irlande, poèmes en marche (collection Lieu, n° 436)

Trente poèmes ont été nécessaires à l’auteur pour réaliser le tour de cette péninsule à pied. Le matin tôt, un premier, afin de s’extraire des brumes, le soir, un second, pour dormir à la clarté irréelle de la lande. Chaque jour de ce voyage. On ne sait combien ce pays de montagnes âpres, de lacs et de torrents noirs, cache de secrets. On les apprend doucement ou violemment, soufflé par l’intensité des moments. Marchant, ivre de vie, au creux de vallées inhabitées où face à l’océan balayé par les tempêtes. Pourtant, rien ni personne, n’a su, ni ne saura dire la beauté d’Iveragh… ou peut-être W. B. Yeats…

 

Patrick Aveline est un poète Marseillais qui célèbre sa ville. Pourtant, dès que le manque se fait un peu trop sentir, il part à pied sur les chemins, ailleurs, itinérant et seul. Avec pour bagage l’idée de quelques mots qui pourraient témoigner… il arrive qu’on les retrouve consignés dans ses livres de poésie…

 

Ours Hardy, Sur les quais… RER B-lues (collection Lieu, n° 437)

Ce recueil vagabonde dans une chasse aux papillons de poésie nichée dans l’ordinaire des trajets quotidiens dans le RER B, en région parisienne. Ces textes sont parfois ensommeillés du matin, parfois fatigués du soir. Cette poésie suburbaine est ensemencée par la vie ordinaire, par un paysage qui change au fil des saisons, marqueur du temps qui passe et de la vie qui fuit subrepticement. Ces textes se souviennent de passagers, d’une anecdote, d’un fait, d’une humeur, d’une rêverie qui a parfumé le trajet. Ce quotidien porte cette poésie ordinaire commune à des millions de personnes qui voyagent de conserve, simultanément, des milliers de vies parallèles.

 

Éric Barbier, Suivre les mouvements de la pierre (collection Lieu, n° 438)

Sur la carte mal repliée, tout semble à portée. Ce n’est pas un lieu où se demander ce qu’il pourrait y avoir derrière le silence, de nombreuses voix s’y font entendre. Mais il faut marcher d’un pas de bonne mémoire pour tenter de percevoir tout ce qui sinon échappe au regard.

 

Patrick Joquel, Le sentier m'enlace et m'ensilence - Exercices du plus haut silence II (collection Lieu, n° 439)

Un des premiers lecteurs du manuscrit m’a écrit :

« Pour chaque lieu cité, je regarde sur internet et j'ai l'impression de marcher à tes côtés !

Les panoramas me font rêver mais inquiètent mon vertige permanent !

Je ne pense pas que je pourrais suivre alors je profite... des mots ! »

La vallée de la Tinée. Patrick y a vécu et enseigné dans les écoles primaires. Si maintenant il vit à Mouans-Sartoux, entre Cannes et Grasse, il continue à explorer la vallée, ses sommets, ses sentiers. En toutes saisons.

Il écrit en marchant, sur un carnet. Ensuite, sur le clavier, il marche en écrivant. Le pas. Le mot. L’émotion. Le songe… Le silence.

Ce numéro de Lieu d’Encres Vives accueille aujourd’hui ces paysages et leurs murmures. Il t’invite à emprunter à ton tour ces hauts sentiers.

 

Patrick Picornot, En l’Isle-sur-la-Sorgue  (collection Lieu, n° 440)

Suite à un heureux séjour de fin d’été à l’Isle-sur-la-Sorgue, généreusement accueilli par Cynthia et Jérémy, j’ai bénéficié de tout le loisir pour visiter de long en large cette commune ancienne, par de multiples promenades pédestres. Tout en longeant la Sorgue et ses diverses ramifications, j’ai goûté au charme méridional des ruelles et placettes de l’île-cité, de ses somptueux bâtiments médiévaux, de ses faubourgs, comme de l’incomparable beauté du lieudit Le Partage-des-Eaux, bordé de saules, d’aulnes, de frênes, de figuiers, où les canes et canards s’ébattent avec joie.

Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD), avec les félicitations du jury, Patrick Picornot pratiqua divers métiers : professeur d’arts plastiques, graphiste, décorateur, sculpteur-concepteur chez Cristal Lalique, puis bibliothécaire. Avec la poète Aumane Placide, il cofonda en 2009 l’association Parole & Poésie ; l’année suivante la revue littéraire Rose des temps, ainsi que trois collections éditoriales. Il publia bon nombre d’articles, recueils, essais, monographies, anthologies. Signalons quatre livres d’importance, formant une tétralogie : À Paris dans les pas des poètes. Quatorze promenades (Flammes Vives, 2016) ; Poètes du peuple à Paris au fil du vingtième siècle (L’Harmattan-Aga, 2023) ; Paris poésie Rive-gauche entre les douzième et vingt-et-unième siècles (L’Harmattan-Aga, 2024) ; Le Poème de Paris (Parole & Poésie, 2026).

 

Alain Casaurang, Antre de bleus froissés (collection Lieu, n° 441)

De mots jetés sur une feuille en gare ou à un arrêt de bus, cédant à la nécessité, des phrases sont devenues des textes et parlent de couleurs, d’instants volés, de parfums, de voyage. On pourrait ici reconnaître Naples, Positano, Sorrente ou d’autres villes de la côte amalfitaine. Pourtant toutes ces pensées, ces images dépassent les lieux qui les ont inspirées. Elles parlent surtout de la vie là-bas, ici peut-être, aussi.

Comme un album de souvenirs, ce recueil permet de garder la mémoire et d’ouvrir les yeux. Il se picore. Son titre est un refuge entre ciel et mer, rêves et terres noires, hésitations, intervalles où il est doux de flâner et de se perdre en fin.

 

Laurent Bayssière, Combats (collection Encres Blanches, n° 872)

Dans Combats, Laurent Bayssière évoque les injustices, la cruauté des prédateurs, des tyrans et les luttes pour la vie, à travers les siècles, les frontières, les rues. Le fracas y résonne par éclats de vers mais son écriture sait aussi compresser la plaie vive. Que faire face à tant de violence quand on est cet enfant « perché sur les épaules » de son aïeule ou ce citoyen-créateur en quête d’un « contentement » ? Participer au dialogue social, préserver l’intime, graver des dates (Charlie Hebdo, les familiers disparus…), prendre soin des vivants - « ces corps mutilés jetés en pâture » - sont des options retenues par Laurent Bayssière. Absence de majuscule, de point final (les combats sont sans cesse à mener et à quoi bon conclure sur le sujet ?), l’auteur, dans un style singulier, libère sa parole. Proverbes inventés, onomatopées, mots syncopés, chansons, trouvailles verbales, fantaisies…Et son écriture d’interroger – non sans ironie - la place que chacun occupe dans ce monde instable, le rôle que l’on consent à y jouer, les illusions-plumes que l’on est prêt à perdre. (Basile Rouchin)

 

Joseph Ramonéda, Exercices de Kama Muta (collection Encres Blanches, n° 873)

Né à la fin du IIème millénaire au Pays du Vent et du Soleil, Joseph Ramonéda est l’auteur d’un roman (Le Dragon chanceux paru aux éditions ExAequo en 2022) et de recueils de poésies (Hellénade I et II, Cités du Monde, Tropiques magiques, parus récemment aux éditions Encres Vives).

Le Kama Muta désigne une émotion puissante et soudaine qui nous envahit dans certaines circonstances et qui nous rappelle combien l’humanité peut être belle.

L’auteur, à travers cet ensemble de textes, souhaiterait amener le lecteur à le rejoindre sur les plages du Kama Muta.

 

Claire Garnier-Tardieu, Penser… et quelques roses (collection Encres Blanches, n° 874)

Penser… et quelques roses est un recueil où s’entrecroisent des poèmes sur la pensée, ce trait d’union entre l’esprit et le monde qui demeure un grand mystère et des poèmes inspirés par des entretiens anciens avec la poétesse britannique Kathleen Raine (1908-2003).

Penser

Libérer un espace appeler encore et encore comme un chenal la mer

 

Dénouer l'écheveau des causes

Et pleurer à l’envers

 

Ne plus dire j’ai tu as nous avons

Être est tout ce qu’il reste et danser sans fin

 

Thierry Hiblot, Ai-je seulement rêvé ? (collection Encres Blanches, n° 875)

Ô rêveuse rivière

combien de désespérés ont fui dans tes profondeurs ?

combien d’heureux as-tu enthousiasmés ?

Combien de pleurs as-tu consolés ?

Combien d’absents as-tu rapprochés ?

Combien d’êtres aimés as-tu emportés ?

 

A-t-il seulement vécu ?

Rêveuse rivière, ai-je seulement rêvé ?

(E.C.)

 

***

 

D.S.

 

Simon-Gabriel Bonnot, Ci gît l'éclair. Éditions Unicité, septembre 2026 (98 p., 14 €)

Les huit sections de ce huitième recueil de Simon-Gabriel Bonnot offrent au lecteur une nouvelle étreinte du poète avec le monde. Les objets du quotidien, les êtres simples que l’on croise, parfois sans les remarquer, les éléments naturels qui émaillent nos jours se chargent alors d’une dimension cosmique : dans leur infinie modestie les choses agitent des forces telluriques, les corps deviennent feuillages et mers, la matière se fait esprit, le temps s’arrête puis s’emballe. Sont présents, tout au long de Ci-gît l’éclair, l’expérience aiguë de la douleur comme de la jouissance, les affres du désir et du manque. Et puis, il y a dans la langue de Simon-Gabriel Bonnot le souci du mot exact, de l’image flamboyante qui s’impose à travers une fulgurance, pour aussitôt défaillir dans le silence que le poète affronte comme contre-feu à sa parole démiurgique. S.-A. F.

moiteur des organes
qui s’égoutte dans l’écriture —

les pierres ruissellent à travers moi.

la mort courbe sa faux
sur ton ventre gravide —

et les paraboles de la verdure
concentrent leur sève

au point mort de toute présence.

 

La poésie pour étendard. Les Amis de Thalie, diffusion août 2026 (98 p.).

Anthologie de la poésie humaniste avec entre autres des textes ou créations de Pamela Chrabieh, Christian Boeswillwald, Kathleen Hyden-David, Madalena Macedo, Salvatore Gucciardo, Paul Longrée, Christiane Hartweg, Damaris Memory, Ara Alexandre Shishmanian, Arwa Ben Dhia, Michel Stavaux, Dana Shishmanian, Nathalie Lescop-Boeswillwald.

« Quand le poète se tait, ce sont les canons qui ont raison. » Proverbe afghan.

(Présentation de Nathalie Lescop-Boeswillwald, sur sa page FB).

Il nous semble indispensable, pour comprendre l’engagement durable dont est issue cette 26e et dernière édition de La Poésie pour étendard – un volume grand format (A4) de près de 100 pages, ce qui de nos jours représente un effort financier considérable, que les conditions actuelles imposées par les pouvoirs publics à la diffusion des imprimés rendent impossible à assurer à l’avenir – de donner la parole à l’éditrice, en extrayant quelques passages de son Avant-Propos :

« Par les temps actuels, il me semble plus que vital, pour nous poètes, écrivains, artistes, de prêter notre voix à cette humanité en déliquescence pour tenter d'éveiller les consciences, pour dénoncer l'horreur, lutter contre la haine, la bêtise, témoigner de l'innommable. Notre volonté de départ à Christian et moi était d'abolir les frontières, de réunir pensées et voix pour un monde plus altruiste et généreux.

Aujourd'hui, le monde est à feu et à sang... La division règne, l'autre est ressenti comme rival voire ennemi, l'individualisme forcené a pris le pas sur l'empathie, la compassion, les médias nous manipulent, nous mentent, les puissants font la guerre par avidité et ego. Rien ne change, me direz-vous... Oui, mais nous arrivons à des sommets rarement atteints, surtout lorsqu'on songe que nous sommes au XXIème siècle ! (…)

N'oublions pas, qu'il est essentiel, pour Demain, de poursuivre tous ensemble le chemin... La poésie, c'est un cri d'amour, de fraternité, d'espoir, mais aussi un cri de révolte, de colère, un témoignage sur l'époque, un hymne à l'humanité... Faisons toujours en sorte que nos voix s'unissent dans un même élan de vie ! »

 Nathalie Lescop-Boeswillwald

 

Nathalie Lescop-Boeswillwald, Les yeux du cœur. Poèmes et collages. Le monde de Thalie, diffusion août 2026.

C’est un livre d’art d’une grande beauté, tant par les poèmes que par les collages de Nathalie, parfois les textes se superposant aux images comme autant de calligraphies ajourées donnant transparence et envol aux arrière-fonds – intérieurs habités par des objets qui semblent peser de tout leur poids symbolique, comme pour s’enfoncer dans notre mémoire oublieuse… À commander auprès de l’artiste-poète.

Et pour s’imprégner à l’avance du sentiment qui anime ce livre d’exception, citons la fin qui suit, en guise de postface, les poèmes :

« Il est des heures de solitude où l'âme arpente les souvenirs, désireuse de retrouver ce goût du bonheur qu'enfant nous savourions comme un bonbon, sans conscience de ce temps qui fuit et ne revient pas. Dans le silence, des voix anciennes s'élèvent et gangrènent ce semblant de paix, nous rappelant combien vivre c'est apprivoiser l'absence et le manque des aimés disparus. L'âge venant, le cœur s'assagit, apprend à être dans l'acceptation de ce qui est, la vie est un long chemin de résilience. Si je m'interroge encore, j'ai malgré tout la prescience d'un autrement, coincé entre deux croyances et beaucoup de doutes, il y a quelque part un monde où la vie et la mort s'épousent dans une danse joyeuse et prometteuse, là où les âmes se révèlent enfin... »

Voir sa page FB, son site d’artiste.

 

Quatuor poétique (tome III). Les Amis de Thalie, diffusion août 2026 (62 p.)

Poèmes de : Patricia Mazur, Daniel Peyre, Marie-Louise Putin, Ara Alexandre Shishmanian.

Un volume de poèmes où chaque auteur apporte une contribution marquante à l’image que la Poésie jette (ou rejette) sur le monde de nos jours. À explorer et commenter à une prochaine occasion.

 

Jacques Grieu, Une Famille Havraise. Librairie La Galerne (commandes-galerne@orange.fr)  

130 ans de tranches inédites de vie du Havre à travers les Mémoires de Jacques Grieu, poète et peintre (96 ans) et de son grand-père (né en 1872).

Nous saluons cette publication de Jacques Grieu (voir sa page FB), qui nous a généreusement permis d’illustrer, à plusieurs reprises, les pages virtuelles de notre revue avec ses poignantes, parfois acerbes, et toujours inspirées peintures.


Andreea-Maria Lemnaru, La langue des animaux. Éditions du Cygne, août 2026 (60 p., 12 €)

Les morts parlent encore. Les bêtes gardent les chemins oubliés. Les doubles sacrifiés poursuivent leur vie ailleurs.

Dans un monde mythique traversé de visions, de songes et de métamorphoses, Zoryana avance parmi des figures féminines qui se répondent comme autant de miroirs. Entre visible et invisible, humain et animal, éveil et sommeil, les frontières vacillent. Lev, le veau au front étoilé, une petite fille qui apprend à un chiot à aboyer, des reflets qui prennent vie et un arbre immense d’où semblent naître les âmes traversent une terre où la lumière sauve.

Roman poétique de la fusion, du sacré et des puissances du vivant, La langue des animaux est une ode à une langue plus ancienne que les mots.

Ce recueil s’ajoute au 3 précédents publiés aux mêmes éditions par cette autrice inspirée (voir nos Lectures-chroniques), par ailleurs universitaire reconnue, spécialiste du néo-platonisme.

 

Nicola Mantovano, Le dernier voyage. Éditions du Cygne, août 2026 (50 p., 12 €)

Le dernier voyage retrace le parcours d’une personne migrante en Europe. Entre narration et lyrisme, deux voix différentes s’entremêlent : celle du narrateur, venant d’ici, et celle, lyrique, du personnage principal venant d’ailleurs, construite comme un masque fictionnel où convergent plusieurs expériences réelles de vie de personnes rencontrées. Deux voix, deux modalités d’énonciation qui se croisent pour exprimer l’expérience humaine de l’exil depuis deux prismes différents.

 

Élisabeth Morcellet, La disparente : en fun & Raille. Éditions du Cygne, août 2026 (110 p., 15 €)

La mort ça fouette ! Y a-t-il un coup de dé... de Mallarmé dans ces chutes, une fin de partie de Beckett au dialogue de ces je, tu, elle, un rêve familier de Verlaine vers l’inconnu(e) ?

Étouffer, crier ou écrire les sensations tels des osselets lancés pour saisir la peine, l’abandon, la colère, l’amour perdu, jusqu’à l’humour ? Ici la musique des mots l’ose et rebondit dans un affrontement mère fille, têtu, tendre. La frontière de la vie à la mort se dédouble sur un passage orphelin à tout âge. Le deuil fait silence à l’accroche peur du verbe, dans une étude sur le vif, avec et contre la dévoration du temps. Retenue, fougue, folie à la fois dans ce travail d’épure autour d’un vide grignotant. La prose, le récit poétique devient poème sonore rimant avec néant, poème visuel du blanc à la lettre, message sans réponse. Page à page, cadre à cadre, un tableau respire, expire. Il fallait la lutte, bloc à bloc, après le choc, pour tailler cet imprécis de composition. Il fallait ricocher à la légèreté future de l’être, confronté à la mort, sans pathos, et pour de vrai pour de rire, inventer ce drôle de langage brisé, décapant !

Voir, sur lelitteraire.com, la chronique de Jean-Paul Gavad-Perret.

 

Aminur Rahman, Dans mon cœur bienheureux quoique tout soit perdu. Éditions du Cygne, août 2026 (110 p., 15 €). Traduction du bengali et Préface de Alexandra Cretté

Dans mon cœur bienheureux quoique tout soit perdu, une cantate poétique amoureuse nous parvenant du Bangladesh, où Aminur Rahman module et fait tournoyer l’art de s’aimer en rhapsode perdu et contemplatif. Comme deux motifs perpétuels de l’existence, l’amour et l’absence dessinent une histoire et une géographie du monde et des cultures. De l’antiquité au quotidien le plus contemporain, sa poésie relie chaque chose à travers l’évidence de l’amour. De l’érotisme à la contemplation. De la mort à la présence. De la quête à la maison familiale.

On se laissera porter par le rythme de l’ouvrage, proposition d’une traversée plutôt ternaire de sa poésie amoureuse. Un développement du texte à l’image de la croissance d’une fleur. Bouton, éclose, épanouie. Une dialectique porteuse de ce sous-entendu cyclique qui permet d’affronter le temps et de frôler l’éternité.

 

Liana Sakelliou, Sequentiae. L’Harmattan (Levée d’encre), août 2026 (58 p., 10 €)

Traduit du grec par Denisa Craciun et Nikos Lybéris.

Je ne sais quoi oublier.
L’écorce des formes a brûlé…
Le feu sur les rives est devenu mer.
L’incendie dans la nuit est devenu une
crête noire et moi je me suis couchée sur elle.

Liana Sakelliou nous livre ici un condensé d’aventures historico/mystiques autour de La dormition de la Vierge du peintre El Greco. Cette plongée dans le mystère de l’icône, qui apparaît, disparaît et reprend vie à travers la Méditerranée, est une horloge spatiale. Avec gravité, incendie et miracle s’entremêlent ! La touche et l’imaginaire de l’auteure rythment cette épopée d’amour et de transcendance, poétesse attentive au frémissement du souffle, à l’écaille émerveillée de l’œuvre/chair. Simple tableau qui met en relief la beauté et le drame humain, appel qui résiste au dépérissement, entre croyance et célébration. La délicatesse et la profondeur de ce livre révèlent une poésie tenant à distance les faussaires de l’instantané. Séquence de chants essentielle !  (M. Cassir)

 

Jamel Mouaouya, Sacré bonheur que ton bonheur. Éditions Jets d’encre, août 2026 (70 p., 13,30 €)

Rêvant le jour, rêvant la nuit, le poète poursuit des silhouettes aux prénoms murmurés, des corps de cuivre et des regards d’or qui traversent sa mémoire comme des éclats de lumière. Entre prière et vertige, entre désir et absence, ses mots vacillent, habités d’un trouble où l’amour devient fièvre, manque et promesse. Les villes, les nuits, les voix s’entrelacent dans une langue sensible et brute, où chaque image semble naître d’un battement de cœur trop vif.

Ce recueil propose une plongée dans une écriture instinctive, où l’intime rencontre le sacré et le quotidien. Jamel Mouaouya y explore les thèmes de l’amour, de la mémoire et de l’identité à travers une poésie fragmentée et profondément incarnée.

 

Lise Lesegretain Gebser, Poèmes suivis de Élégies des orchidées. Éditions Jets d’encre, juillet 2026 (66 p., 13,20 €)

Dans un monde où la nuit révèle des vérités indicibles, la poésie s’élève entre les catacombes, la mer et les songes fragmentés. Des figures errantes – l’homme aux mille cigarettes, la femme du RER A, le passeur d’âmes – y traversent des paysages intérieurs faits de deuil, d’amour impossible et de quête de sens. Entre visions oniriques et éclats de lucidité, les mots deviennent à la fois refuge et vertige, creusant un chemin vers l’invisible.

À travers ce recueil poétique introspectif, Lise Lesegretain Gebser propose une écriture fragmentée, à la fois brute et évocatrice. Elle y explore avec sensibilité les failles humaines, les tensions intérieures et les élans du cœur.

 

Catherine Andrieu, Fragments d’un récit de soi. Éd. Rafael de Surtis, juillet 2026 (167 p., 19 €)

Lauréate du Premier Prix de la 7ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire, Catherine Andrieu continue, avec ce nouveau livre, l’exploration de soi, ce dévoilement lucide et non ostentatoire qui se mue en écriture, autant qu’il s’opère à travers elle : pour, par et dans l’écriture, l’âme, en s’exprimant, se sauve ; dans le double sens du mot.

Quelques mots du début : « J’habite la faille, le passage, le tremblement – cet endroit instable où le monde et moi cessons de coïncider. (…) J’écris depuis l’oubli. Non comme on souffre d’un manque, mais comme on consent à l’effacement pour que quelque chose d’autre advienne. » (p. 7) 

Du milieu : « Rien ne s’est perdu. Tout s’est fondu en toi. Tu es la respiration du silence, le cœur de l’air, l’éternité à hauteur d’âme. Si le monde tient encore, c’est que tu y passes. »   (p. 113)

Et de la fin : « Quand la nuit tombe, je ne me sens plus seule./ Le monde respire avec moi./ Je ferme les yeux : il n’y a plus d’avant, plus d’après – seulement ce souffle, là, dans la poitrine, persistant, léger./ Et dans ce souffle, je me reconnais./ Je suis la survivance./ Je suis le calme après la tempête./ Je suis m’obstination du vivant. »

Voir, sur lelitteraire.com, les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret et Jacques Cauda.

 

Anne Barbusse, Chronique d’un machisme rural. Éd. Pourquoi viens-tu si tard ? juillet 2026 (92 p., 13 €). Avec des dessins de Jacques Cauda.

Le titre dit bien de quoi parle cet ouvrage : du machisme exercé par un paysan sur sa compagne, pendant deux ans. Et de la nécessité d'écrire pour se libérer – on nous explique sur le site de la librairie Albin Michel (où l’on peut commander le livre).

Mais n’y a-t-il pas, en fait, bien plus qu’une chronique des « violences faites aux femmes », dans ce récit mi-parodie / mi-pamphlet ?

« que reste-t-il/ de la bergerie vidée de la dernière soixante-huitarde/ siècle miné/ de zoonoses et de pluies psychiatriques et solitaires

Dehors est notre seul jour/ entre acacia et tilleul/ a love affair aurait dit l’amant grec impossible/ mais le berger n’existe pas »  (p. 8)

Voir, sur lelitteraire.com, la chronique de Jacques Cauda.

 

Gérard Leyzieux, je/JE s’éparpille. Tarmac éditions, juillet 2026 (55 p., 16 €)

Après Je(u) d’avatars, publié aux éditions Tarmac en 2025, Gérard Leyzieux prolonge sa réflexion sur la question de la personne. Si, dans le précédent ouvrage, l’individu s’appuyait sur des avatars pour braver son inquiétude existentielle, ici la progression est explicite. Partant du minuscule « je », cerné par un monde de malaise et de chimères, il parvient, grâce à une démarche volontariste, à se hisser vers un « Je » plus confiant et à manifester davantage son existence mais reste encore trop soumis aux « sensations inabouties ». Il lui faudra encore gravir un long chemin parsemé d’obstacles avant de réussir à s’énoncer « JE », s’engager vers un « nouveau départ, recommencer à zéro » et prendre la voie/x de sa « totale émancipation ». Dans une dramaturgie soutenue, nous assistons à la re-naissance d’un JE qui « s’épanche face à l’altérité » et qui, « Dégorgé(e) du passé aux issues ligaturées », nous mène, dans les deux dernières strophes, intensément lyriques, grâce à « l’affranchissement des adversités », vers une libération jubilatoire. (Présentation et commande sur le site de la Librairie Larcelet)

Voir sur lecontrehasard.com la chronique de Ladouce Yonban.

 

Cegerxwîn, Paroles kurdes. Anthologie poétique. L’Harmattan (Poètes des cinq continents), juillet 2026 (126 p., 14 €).

Bilingue : français – kurde, traduction en trançais par Perwin.

La poésie kurde chante l’amour, mais aussi la guerre, la souffrance d’un peuple, la quête de paix, de liberté et d’identité. Dans ces poèmes, Cegerxwîn donne à la passion amoureuse une force à la fois intime et universelle. L’être aimé y apparaît dans toute sa beauté, mais l’amour demeure traversé d’incertitudes, de déchirements et de questions sans réponse. « Quel est l’ordre, quelle est la loi ? » semble demander l’amant, perdu dans un monde dont il ne maîtrise ni les élans ni les douleurs.

Chez Cegerxwîn, la beauté de la femme aimée rejoint celle du monde : « la vie est belle », affirme le poète, malgré les épreuves. L’amour devient alors une manière de dire la joie, le désir, mais aussi la blessure. Cette ardeur trouve son prolongement dans l’attachement à la terre natale : comme le cœur de l’amant brûle pour sa belle, celui du poète brûle pour son pays. Sa voix porte ainsi le courage d’un peuple qui n’a jamais cessé de lutter pour sa liberté.

 

Laurent Poliquin, Toute entière lumière. L’Harmattan (Poètes des cinq continents), juillet 2026 (112 p., 13 €).

Bilingue : français – arabe, traduction en arabe par Perwin.

Toute entière lumière propose une traversée poétique du territoire, de l’exil et des langues qui cherchent à se rejoindre. Entre les neiges du Canada, les villes frontalières de l’intime, les voix migrantes et les gestes d’hospitalité, Laurent Poliquin compose un chant de présence où chaque mot devient passage, chaque rencontre, une manière d’agrandir le monde. Le français y dialogue avec l’arabe dans une même quête de clarté, de fraternité et de recommencement.

À travers des vers amples, sensibles et habités, le poète explore ce que signifie accueillir, aimer et tenir debout dans un pays toujours en train de naître. La lumière n’y efface ni la fatigue ni les fractures. Elle les traverse, les écoute, les transforme en souffle commun. Intime et ouvert sur l’universel, ce recueil invite le lecteur à entrer dans une parole où les frontières se déplacent, où les langues se répondent, et où la beauté devient un acte de courage.

 

Mostafa Hassani-Idrissi, Trilogie de la Mer. L’Harmattan (Poètes des cinq continents), juillet 2026 (104 p., 13 €).

Bilingue : français – arabe, traduction de l’arabe par Noureddine Bousfiha. Préface de Kabir Moustafa Ammi.

Un grand calme apaisant habite ce recueil où mer, terre et hommes recouvrent le sens profond d’unité dans la différence et la diversité. Si lumière réapparaît c’est qu’elle fut obscurcie et jamais disparue. La leçon du recueil touche au plus profond de l’enfance qui ne quitte pas l’homme et c’est l’espoir qui l’emporte sur les certitudes. La langue est pure, sans détours ni accroches. La dramaturgie est très bien construite l’ensemble génère une attention du lecteur et l’ouvre aux grands espaces de la méditation. (Philippe Tancelin)

 

Guénane Cade, ABCD’AIR. Éd. Chemin faisant, juin 2026 (66 p., 12 €). Avec des illustrations de Lawrence William.

On dirait un livre pour enfants… À chaque lettre de l’alphabet, un animal, illustré de surcroît (des dessins inspirés de l’artiste, bretonne elle aussi) : l’abeille, la biche, le chien, le dauphin, l’éphémère (comprendre le papillon), la fourmi… Non, il ne s’agit pas de fables non plus, bien que la tortue y figure également, bien sûr ! Seule la difficulté de trouver un animal en X trahit quelque peu un propos autre… à la limite de la subversion. Car l’ire de Guénane pond sous l’ironie, la parodie, les jeux de mots, l’apparence ludique de ce joli objet écrit : attention, c’est un livre explosif !

Comme

la parole humaine n’a plus guère de parole

laissons la parole au monde animal

traqué encagé drogué dénaturé.

 

Depuis avant notre passé il témoigne

il est en droit de nous juger de nous dire

VOUS suicidaires

arrêtez de suicider la TERRE !

Voir dans Décharge la chronique de Claude Vercey.

 

Pierre Peuchmaurd : Œuvre poétique complète. Éditions Pierre Mainard, juin 2026. Préface de Jean-Yves Bériou, édition établie par Anne-Marie Beeckman, sous couverture cartonnée avec étui, biographie détaillée et repères bibliographiques (1040 pages, 44 €).

Extrait de la chronique de Jacques Josse :

« À sa mort, le 12 avril 2009, Pierre Peuchmaurd (né en 1948), laissait derrière lui une œuvre importante, publiée chez plusieurs éditeurs, en France, en Belgique ou au Québec, ainsi que beaucoup d’inédits et de nombreux textes publiés exclusivement en revues.

Donner à lire, en un seul volume, l’ensemble des poèmes écrits entre 1966 et 2009 était un défi plutôt ardu. C’est pourtant celui que les éditions Pierre Mainard ont décidé de relever. Plusieurs titres du poète figuraient déjà à leur catalogue et celui-ci, qui leur était proche, leur avait confié ses derniers écrits, alors qu’il affrontait la maladie qui allait l’emporter.

Pour mener à bien cet ambitieux projet, il fallait d’abord se mettre en quête des publications les plus anciennes (plaquettes souvent très confidentielles) et retrouver les poèmes donnés aux revues amies, la plupart ayant cessé d’émettre depuis longtemps.

Stéphane Mirambeau, qui dirige les éditions Pierre Mainard, s’est donc mué en chasseur de poèmes. Armé, non pas d’une épuisette mais d’une belle abnégation, et secondé par quelques proches du poète, et d’abord par  qui possédait carnets et archives et qui s’est attelée à rassembler la totalité des textes pour établir cette édition, il vient, après des années de recherches, de toucher enfin au but et il publie aujourd’hui un grand livre : l’œuvre poétique complète de Pierre Peuchmaurd.

C’est un événement. Le volume, plus de mille pages, contient, en suivant l’ordre chronologique de leur écriture, tous les poèmes de celui qui affirmait que l’aventure avait débuté pour lui avec la lecture de Nadja, d’André Breton. »

 

Marilyne Bertoncini, Damnatio memoriae. La Damnation de l’effacement. Maelstrom Editions, Bookleg n° 213, mars 2026 (26 p., 3 €)

La Damnatio memoriae est un châtiment de l’antiquité romaine, qui consistait à effacer toute trace écrite ou visuelle du condamné qu’elle frappait. Le texte est une réflexion sur les différentes causes de disparition de la mémoire individuelle ou historique. Afin de rendre palpable le trouble lié au processus à l’œuvre dans la perte de mémoire, qui n’est pas simple effacement, mais mouvements semblable aux déplacements de terrains – glissements, effondrements de cavités, éboulements, chutes de blocs rocheux, coulées de boue... par lesquels la géographie d’un lieu se transforme – la mise en forme du texte joue sur plusieurs plans : la réflexion (en caractères maigres) suit un fil continu, interrompu par des insertions de fragments du texte, en caractères gras qui, par condensation, inversion, déplacement, perturbent la réflexion initiale, constituant un deuxième texte – les deux superposés formant le troublant portrait d’une mémoire qui défaille.

 

Eva-Maria Berg – Laurent Grison, schrittfolge – séquences des pas. Éd. Pourquoi viens-tu si tard ? avril 2026 (110 p., 13 €).

Présentation et commande sur le site de la librairie Vivement dimanche.

Poèmes d’Eva-Maria Berg, en édition bilingue allemand-français, et peintures de Laurent Grison. Extraits de la préface de Laurent Grison :

« séquence des pas - schrittfolge est un livre conçu à quatre mains par une poétesse et un artiste. Il s'agit d'un dialogue sensible dans lequel mots et images se répondent, s'unissent, se confrontent aussi, avec une féconde tension. (…)

Nul filtre prétendument objectif ne saurait entraver l’appropriation des images par la poétesse et celle des mots par l’artiste. Notre livre est né sans injonction ni parcours pré-défini de l’œil ou de l’esprit. (…) … le lecteur trouvera, à son tour, le chemin qui sera le sien. »

(D.S.)

 

Revues

Présentées par Éric Chassefière / Présentées par Dana Shishmanian

 

É.C.

 

Revue Florilège, n°204, septembre 2026

Ce numéro de la revue des Poètes de l’amitié offre en couverture une citation de Gaston Bachelard : « La plus belle des demeures serait pour moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive… », illustrée par la mosaïque colorée d’un tableau d’Evelyne Landau-Leroy, artiste à l’honneur de ce numéro, représentant un feuillage sur le fond bleuté de ce qui pourrait être un cours d’eau… Une invitation à entrer dans le paysage. L’éditorial « Pourquoi j’écris » est ce trimestre de Laure Barachin qui nous dit écrire « pour graver l’instant présent, garder une trace de la vie des êtres chers, aimés, avant qu’elle ne s’efface néanmoins, victime du temps destructeur ». C’est Élizabeth Robin qui obtient cette année le prix Stephen Liégeard pour son recueil Mélodie de la Terre, écrit en bilingue français-espagnol, citons-en ces quelques vers : « Amis, prenons la plume ! Envolée de raison / Car feuilleter le temps… c’est notre arbre à poèmes / De fleurs de poésie, étoilons l’horizon ! ».

Suivent les Créations, la partie de la revue consacrée aux poèmes, un poème par poète, une centaine de poèmes au total, pour autant de poètes. Citons le poème de Catherine Andrieu intitulé « Dans le ventre de la ville » :

 

Sous la ville qui bat comme un cœur souterrain

les rames glissent, longues pensées d’acier.

Chaque station ouvre une brève clairière

où passent des visages chargés de matin.

 

Une femme lit, un enfant rêve debout,

un violon s’égare entre deux correspondances.

La ville respire par ces tunnels d’ombre

où la foule invente une étrange solitude.

 

Les portes s’ouvrent comme des paupières,

La vie monte, descend, recommence ailleurs.

Un instant nos regards se frôlent, puis s’effacent,

Emportés par la marée des voyageurs.

 

Et sous Paris, dans le roulis des rails,

le monde entier tient dans un wagon qui part.

 

Après la double page centrale, consacrée ou poète et essayiste Jehan Despert, lauréat de l’Académie Française et de la Société des Gens de Lettres, dont sont présentés les poèmes « Yveline » et « Miroir d’eau », viennent chroniques et notes de lecture, abondantes comme d’habitude. Il faut noter l’« Hommage aux troubadours » proposé par Frédéric-Gaël Theuriau, qui nous présente quelques-uns des plus de 500 troubadours, trobairitz, trouvères et trouveresses connus au XIIe et XIIIe siècles. On apprend en dernières pages du numéro que Sandrine Davin a obtenu le 1er prix du concours de poésie « Devoir de mémoire » avec un poème hommage à Ginette Kolinka, ancienne déportée des camps d’Auschwitz-Birkenau. Notons que Sandrine Davin a publié en 2025 chez Encres Vives un très beau recueil intitulé « Le silence des oubliées » dédié à la mémoire des victimes des camps de concentration nazis.

 

Revue Comme en Poésie, n°107, septembre 2026

Ce numéro de la revue de Jean-Pierre Lesieur s’ouvre sur un éditorial magistral de Nicolas Roméas, écrivain, journaliste, directeur de revue… Un éditorial pessimiste qui fustige l’attaque de plus en plus frontale des tenants du pouvoir néolibéral contre la culture. Certes, « il leur est encore impossible, sous peine de se disqualifier, de déclarer publiquement que leur adversaire ultime, l’antithèse absolue de leur monde – celui de la quantité – est l’univers du symbole, celui du savoir partagé, de l’invention de langages par le geste de l’art. Celui qui relie en faisant vivre les imaginaires, sans chercher à créer des produits de consommation, sans fabriquer des « stars », sans instaurer de nouvelles hiérarchies de pouvoir là où le pouvoir n’a pas de prise ? ». Mais ils ont les moyens (politiques, financiers) de détruire les fondations de « l’édifice toujours fragile de notre humanité en actes ». « La destruction est clairement en marche ». « Le moment crucial que nous traversons est celui où apparaissent au grand jour les forces souterraines à l’œuvre dans le combat vital pour l’humain. Pour ces tenants de l’écrasement de l’intelligence et de la sensibilité, l’ère trumpienne est une apothéose inespérée. Le règne de la médiocrité associée à la violence se répand sur toutes la planète et s’insinue dans les esprits faibles et démunis, au risque de désespérer les plus vaillants ».

Et Nicolas Roméas de conclure ainsi : « Nous sommes responsables de cette situation, nous n’avons pas défendu avec la force indispensable ce qu’il fallait absolument défendre, nous n’avons pas utilisé les merveilles inouïes construites dans ce pays à contre-courant des vagues mortifères nées des marécages ultralibéraux. Nous n’avons pas su hurler – ou chuchoter avec constance – la valeur de l’invisible. Nous n’avons pas su faire entendre ce qui fonde notre qualité d’êtres humains, ce ne sont pas des actes spectaculaires qui singent le pouvoir, mais des gestes infimes dont nous devons connaître et affirmer la puissance secrète et la valeur profonde. Il arrive parfois que le salut surgisse au moment même du risque de la mort, nous sommes peut-être à cet instant précis qui nous ouvre le choix. Celui de la mémoire et d’une sincérité si grande qu’elle finit par créer de la force ».

Une petite trentaine de poètes sont présents dans ce numéro. Nous citerons Sacha Zamka, également présent ce trimestre dans La Vie Multiple, avec son poème intitulé « terme » :

 

si j’existe après tout c’est hanté par les spectres

me voilà obsédé par le temps qu’il me reste

désespoirs intérieurs souffrances intrinsèques

 

je ne sais pas de quoi je cherche le remède

 

aux siècles décharnés l’éternité se greffe

le vent n’échappe pas à mes poings qui se serrent

 

les jours sont déchaînés à moi d’y mettre un terme

mon corps s’est sacrifié et ma chair s’est offerte

 

Citons encore Victor Ozbolt dont nous avons publié chez Encres Vives en 2024 le recueil « Il y aura toujours », avec ce poème intitulé « Memento memori » :

 

Être comme cet insecte

sur les bracelets du jour

 

voler butiner œuvrer

sans relâche pour sa ruche

 

Rapporter de ses périples

son nectar et son amour

 

Être comme cet insecte

pour danser étinceler

 

sculpter le ciel dans la cire

avant l’hiver sans retour

 

Et comme toujours, pour finir, la Cité Critique de Jean-Pierre qui retrace le fil de ses lectures. Un coup de chapeau à lui pour la longévité de la revue et l’alerte inlassable qu’il y soulève sur les dangers que fait peser le monde néolibéral, de plus en plus décomplexé et violent, sur la culture en général, et sur la poésie en particulier. Comme en Poésie, une revue décidément de résistance…

 

Revue Traversées, n°113, 2026-II

Ce numéro de la riche revue dirigée par Patrice Breno est dédié à la poésie corse. Une anthologie de 33 auteur(e)s corses est proposée par Norbert Paganelli, constituant l’élément principal du numéro. La préface est due à Denisa Craciun. Elle y établit un parallèle entre la démarche du poète, « insufflant à la langue les attributs même de la vie : souffle, mouvement, rythme » pour reprendre les mots de Jean-Pierre Siméon, et le mouvement de renaissance de l’identité corse appelé le Riacquistu, qui a vu le jour dans les années soixante-dix. Il s’agissait d’offrir au peuple corse « un rêve collectif » nous dit Denisa Cracium. « Nourri par la vitalité profonde des racines du peuple corse, ce rêve, né des strates les plus secrètes de l’être, s’est transmis de génération en génération comme une flamme destinée à éveiller les âmes ». Et c’est précisément à explorer cette dimension trans-générationnelle et cette renaissance que nous invitent les poèmes réunis dans ce numéro. « Les trente-trois poètes de cette anthologie pourraient être répartis selon leur langue d’expression – corse ou française – mais une telle distinction s’avère secondaire. Quelle que soit la langue, tous témoignent d’un lien profond à leur île ».

Citons, à titre d’exemple, le très beau poème de Norbert Paganelli, intitulé « Mémoire des lieux », qui dit l’inguérissable blessure de la mémoire :

 

C’est ici que j’ai grandi

Que j’ai une grande partie de ma vie vécu

 

J’aurais pu naître et grandir ailleurs

J’aurais pu être un autre

Un autre…

 

C’est bien ici que me rattachent les fils invisibles

De ma mémoire en écharde

 

Elle saigne cette mémoire

Mille épines la transpercent

 

Mais la mémoire est ainsi

Toute mémoire est sanguinolente

Elle saigne du souvenir

Elle saigne de l’absence de souvenir

Elle saigne de son propre sang

Elle saigne du sang des autres

Elle saigne même lorsque nul sang n’est en elle

Elle saigne

Elle saigne

Elle ne sait que saigner

 

Et désormais je m’y suis accoutumé

 

Et Denisa Craciun de conclure sa préface : « Je regrette de ne pouvoir évoquer ici chacun des poètes de cette anthologie. Pourtant, tous, à leur manière, donnent voix à une île intérieure singulière. Cette île n’est ni une illusion, ni une abstraction : elle est réelle, vivante, enracinée dans la mémoire et tendue vers la liberté. Née des profondeurs de la psyché, elle constitue la véritable patrie du poète ».

 

Revue Libelle n°388, juillet-août 2026

Le mensuel de poésie de Michel Prades en deux doubles feuilles continue son bonhomme de chemin. Une vingtaine d’auteurs figurent dans le numéro de l’été. Quelques poèmes brefs extraits de ce numéro :

 

J’avais usé du verbe comme un objet d’images et d’échos

Nicolas Saeys

 

La montagne qui flotte

en vagues bleues

dans l’eau du ciel

Jacqueline Saint-Jean

 

Dans les replis de la haie

tu devines

la présence des oiseaux

et rebrousses chemin.

Tu débusques

ainsi la vie

tant qu’il fait jour.

Christian Sapin

 

Je suis comme assis

au paisible, au soir.

Vent léger, solitude légère

m’enroulent

et porte

cette sphère

où tout

se passe

Florent Schwartz

 

Le monde n’est plus que fleurs de cerisiers

Juliette Clochelune

 

Revue Verso, n°205, juin 2026

Ce numéro de Verso est sur le thème de « La bouche », thème qu’Alain Wexler définit toujours à posteriori à partir de l’ensemble des poèmes présentés. Il s’ouvre sur trois poèmes d’Iren Mihaylova suivis d’un entretien de la poète avec Jacques Cauda. La poète est également peintre, et elle analyse au fil de l’entretien les apports mutuels de l’un et l’autre de ses deux modes d’expression. L’entretien a été réalisé à l’occasion de l’attribution du Prix de Poésie Maurice Magre de l’Académie de Languedoc au recueil « Depuis ma chère disparition » de la poète. Ainsi commence le premier poème inédit d’Iren Mihaylova reproduit dans ce numéro :

 

J’ai failli arriver et partir

Autant de fois que je le pouvais

Les échelons vers ta lumière sont des bougies

Et une seule éclaire les larmes brisées,

Les yeux d’amande de ma mère

Qui dans ses bras ardus me portait

Le ciel blanc tombé sur ses cheveux

La brume en guise de coupe printanière

Le tourbillon dans mon cœur de givre

Annonçait le début et la fin des retrouvailles éternelles…

 

Une écriture, confie la poète dans l’entretien, tournée vers l’exploration de la question du deuil. De très beaux poèmes, à lire et relire. Et encore ces quelques vers :

 

L’ombre qui me pétrit est le début

La lumière s’aveugle en tâtonnant

Percées ces quelques miettes de terre 

Le chamboulement des limbes est la consolation

 

Une bonne vingtaine de poètes sont au sommaire de ce numéro. Notons, en fin de volume, l’entretien de Carole Mesobian avec Suzanne Dracius, écrivaine martiniquaise de langue française. « Romancière, poète, dramaturge, essayiste, elle explore depuis plusieurs décennies, les puissances de la langue française en y mêlant l’oralité créole, l’héritage gréco-latin et les mémoires multiples de la Martinique. Son œuvre, traversée par la question de la féminitude et de la créolisation interroge avec une rare acuité les tensions entre identité, histoire et émancipation. À travers cet entretien, nous revenons avec elle sur son rapport à l’écriture, aux langues, aux genres littéraires et aux engagements qui animent son travail ». Notons également l’analyse du film Solaris d’Andreï Tarkosvski, inspiré du roman éponyme de Stanislas Lem, par Rémy Dumont et les chroniques de recueils assurées par Pierre Mironer, Valérie Canat de Chizy, Alain Wexler, Armelle Chitrit et Christian Degoutte pour les revues.

 

Revue Coup de Soleil n°126/127, juin 2026

Ce numéro est entièrement consacré à Michel Dunand, qui a été le fondateur de la revue en 1984. L’entretien avec Marc-Henri Arfeux qui se trouve à la fin de ce numéro éclaire la trajectoire de la revue. Un démarrage modeste, la formation progressive d’une famille autour de la revue, un comité de rédaction, un comité de lecture, des poètes de renom, une approche discrète et sobre de la poésie de notre temps, présentée sans emphase ou déclaration tapageuse. Les couvertures sont confiées à des plasticiens, la peinture faisant partie de l’univers de Michel Dunand. Il a d’ailleurs collaboré, en tant que poète, avec de nombreux artistes, et organisé des expositions à la Maison de la poésie d’Annecy, qu’il a fondé en 2007, donc nettement après la revue. La revue se caractérise par l’édition de nombreux numéros spéciaux consacrés à un poète : Michel Manoll, Lucien Becker, Serge Brindeau, Pierre Gabriel, Marc Alyn, Gabriel Cousin, Luc Bérimont, Marcel Béalu, Ferruccio Brugnaro, Gabriel Le Gal, Michel Butor, Jean-Vincent Verdonnet, Jacques Ancet, Alain Freixe, Béatrice Bonhomme… Numéros consacrés également à des artistes, et à des poètes d’autres régions du monde : Suisse romande, Québec, Liban,… Michel Dunand dit de son activité poétique : « Sacrifier une grande partie de ma vie (je pèse mes mots) à la poésie des autres, la servir, en tant que récitant, revuiste, animateur (Festival « Voix Vives », Sète), et directeur d’une « Maison de la poésie », me procure une joie peu commune. On peut parler de vocation, de religion. »

Le numéro est composé de poèmes de Michel Dunand, et de textes écrits en son honneur, sur sa poésie, ou comme chroniques de certains de ses recueils, par des poètes amis de Coup de Soleil : Jean-Pierre Gandeboeuf, Béatrice Liebert, Marie-Christiene Masset, Michel Baglin, Georges Cathalo, Pierre Schroven, Jacques Ancet, Jean-Paul Gavard-Perret, Jacmo, Gilles Lades, Valérie Canat de Chizy, Éliane Biedermann, Jean-Marie Corbusier, Michel Menache, Gérard Paris et Alain Wexler.

Un grand nombre des poèmes de Michel Dunand présentés dans ce numéro de Coup de Soleil parlent de l’Ukraine. En voici quelques-uns :

 

Il visait aussi mon jardin,

ce tir d’artillerie,

n’explosant

qu’en apparence

à tant et tant de kilomètres.

Il visait aussi mon cœur.

 

*

 

J’arbore un rouge inconnu,

du jaune et du bleu.

J’arbore une Ukraine

                               en sang.

 

***

 

On plombe

On plombe.

Horizontalités.

C’est la guerre,

Ici, là-bas.

 

*

 

Lviv, à son tour.

Je me souviens.

C’était à Pâques,

et ce mot-là

ne trichait pas.

 

***

 

Jour mille, en Ukraine occupée, crucifiée.

Soumise au pire.

 

Et toi, durant ces longs mois, tandis qu’au loin, les combats se sont intensifiés, de plus en plus meurtriers, qu’as-tu fait de la paix, de ta liberté ?

 

***

 

La poésie tient bon

Chevtchenko répond présent

Chevtchenko résiste.

Un miracle,

une exception

chez les statues,

parmi la pierre

et le fer.

 

Revue La Vie Multiple, n°29, avril 2026

« Eh bien diantre, la poésie est plumage multicolore ! Et n'a de sens qu'en cette multiplicité de couleurs, ocelles de papillon ou de paon. Chaque plume venant enrichir de sa diversité l'éventail proposé. Ce numéro en est un parfait exemple ! 48 nuances d'arc-en-ciel y ont volonté d'iriser nos pensées, mêlant méditation, rêve, humour, délire, imagination, sourire, indignation, en prose, en vers, libres ou non, patchwork aux teintes éblouissantes, au sens premier du mot. » Ainsi Daniel Malbranque, dans son éditorial, définit-il le contenu de ce numéro. Le plumage multicolore est ici celui du Simorgh, l’oiseau fabuleux de la spiritualité persane, qui de « ses ailes grandioses » « embrasse tout l’univers et le non-univers ».

De nombreux poètes au sommaire, dont quelques-un sont nouveaux dans la revue : Sylvain Le Bail, Frédéric Lemaire, Catherine Papayoannou, Laurent Grison et Eduardo Vargara. Citons par exemple un extrait de ce poème de Le Bail, intitulé « Les raisins de l’espoir » dédié au combat pour la liberté de Masrour Marakemi, iranien exilé en France, devenu médecin et viticulteur en Périgord, qui rêve de faire revivre la vigne en Iran quand le régime dictatorial sera tombé. Dans le poème, Le Bail s’adresse au poète persan du XIVe siècle Hâfez.

 

Ô Hâfez sais-tu qu’à des heures de ce monde

où son cœur saigne d’une douleur profonde

un homme a fait de la vigne sa révolte

Il rêve que l’amour enfin se récolte

et du sang de la terre l’homme s’abreuve

avant qu’à nouveau le malheur ne pleuve

 

sais-tu qu’au-delà de la souffrance ultime

d’une mère que le pouvoir assassine

il lui reste l’espoir d’apaiser son âme

quand les Dieux baissant les armes

vident le fruit du ventre bleu des jarres

l’enfant de l’éden du jardin d’Eram

cultive le précieux sésame

 

Ô Hâfez sais-tu que ton peuple se meurt

dans le regard des femmes en pleurs

sous des voiles noirs de torture

où seule se cache la vile dictature

je vois l’ombre des archers

percer ton cœur de leurs flèches d’acier

 

Sais-tu que cette âme en peine

au doux pays de Montaigne

vendange l’espoir qu’une terre persane

bien avant d’être musulmane

retrouve des horizons de vigne

sur les terrasses de ses collines

aux cépages des premières origines

 

Ô Hâfez sais-tu qu’au-dessus d’une rivière

loin de celle sèche de Shiraz

qu’on nomme ici la rivière Espérance

vendangent des femmes iraniennes

et quand le jour se meurt

Hâfez je sais que toi aussi tu pleures

 

Notons aussi l’entretien de Daniel Malbranque avec Sacha Zamka, dont nous avons publié « Poussière et grâce » chez Encres Vives en 2024. Une très belle poésie nourrie du deuil et d’une volonté de dialogue avec les disparus. Voici ce qu’en dit Daniel Malbranque : « Mystérieuse, élégante de pudeur, classique et moderne, sa poésie interroge par sa grâce sensible. Le poète se dit le témoin des témoins, façon de se faire l’apôtre d’une mémoire douloureuse. Il atteint l’azur où le vrai, le beau et l’indicible se confondent. Il enrichit le silence qui suit le dernier vers de ses poèmes ».

 

Revue Les Hommes sans Épaules n°61-62, premier semestre 2026

Nous renvoyons le lecteur à la présentation très complète de ce numéro, faite par Christophe Dauphin sur le site de « Les Hommes sans Épaules ».

 

Revue Diérèse n°96, printemps-été 2026

Un numéro comme toujours très riche, introduit par une réflexion de Michel Diaz sur le poème en prose. La section « Poésie du monde » est consacrée à deux poètes portugais, Nuno Judice et Antonio Ramos Rosa, et une poète américaine, Denise Levertov. Denise Levertov est née en Grande Bretagne d’un père juif, professeur d’université puis prêtre, et d’une mère originaire d’un petit village minier. Elle se sent très tôt, dès l’âge de 10 ans, touchée par une vocation d’artiste. Elle est marquée par le militantisme antifasciste de ses parents et de sa sœur aînée. Elle publie son premier poème à 17 ans. Elle rencontre pendant la guerre un professeur et écrivain originaire d’une famille juive de Brooklyn, avec qui elle se marie, puis le couple émigre en 1948 aux USA. Denise Levertov y publiera une vingtaine de recueils de poésie, imprégnés d’une sensibilité forte à la condition humaine et d’une inquiétude métaphysique qui ne la quittera pas. 14 poèmes, dont l’écriture s’étale entre 1959 et sa mort en 1997, sont ici reproduits, dont celui-ci, intitulé « Suspendue » :

 

J’ai empoigné Dieu par sa robe dans le vide

mais ma main a glissé

sur la soie éclatante.

Les « bras éternels » dont ma sœur aimait se souvenir

ont dû quand même empêcher mon poids de plomb

de m’enchaîner dans la chute,

car je n’ai saisi que de l’air vide et n’ai rien senti

ni rien embrassé,

                                   mais je n’ai pas sombré.

 

Les cahiers 1 et 2 sont consacrés aux poèmes d’une vingtaine d’auteurs. Par exemple, de Jacques Merceron, imprégné de mythologie et d’histoire médiévale, ce « Mystériogramme : Disparus toujours présents » :

 

Gravés sur la paroi

tu as vu le

grand buffle antique

l’homme à masque d’éléphant

 

Mais surtout

grattant sous les théranthropes à dents pointues

têtes : grandes oreilles ou effilées

chasseurs en meute ou solitaires

lycaons ou chacals

dévorant chaque proie

 

toujours l’homme sous l’animal

 

Ou encore, les poèmes hivernaux et oniriques de Jacqueline Saint-Jean, dans lesquels temps et espace semblent abolis :

 

Neige lente   envoûtante

          Espace sans âge

             où le temps se perd

 

  Espace flottant

          des métamorphoses

 

Un souffle blanc traverse

          et dresse

                   la femme de flocons

 

entre renaître et disparaître

 

Notons l’hommage à Thierry Metz, poète à la vie marquée par des drames qui ont façonné son écriture (une « écriture à l’œil crevé », disait-il d’elle), par Jacques Allemand et Michel Lamart, pour le premier sous la forme d’une chronique du livre paru chez Poésie / Gallimard en 2025, « Lettres à la Bien-aimée et autres poèmes », pour le second à travers un poème intitulé « Point de péril en la demeure, pour saluer Thierry Metz », qui se termine ainsi :

 

Inviter l’ombre

À soupeser le poids

Des mots

Au creux d’une main

 

Trier la mort

Jeter son grain

Au vif de l’âtre

 

Habiter

La maison inhabitable

Ouvrir la porte

À tous les soleils

 

Tendre la main

Vers la lumière

 

Le numéro se termine, comme à l’accoutumé, par les « Bonnes feuilles », une quarantaine de pages de chroniques de recueils. Notons la chronique de Jacqueline Saint-Jean relative à l’Anthologie d’Encres Vives parue en 2025 chez Rafael de Surtis. Une entreprise éminemment collective, menée par le comité de rédaction d’Encres Vives dans son ensemble : « le souci du collectif se lit en ces numéros réunissant de nombreux poètes. La même ouverture se manifeste dans le choix des auteurs, même si l’anthologie n’a pu couvrir tout le champ des poètes publiés (149 sur 262). Rien ici de sectaire, on y accueille aussi bien des auteurs imprégnés de géopoétique que des poètes du quotidien, des poètes de la présence, des lyriques, des critiques, des penseurs. Peu de traces des expérimentations et formalismes des années 70 ».

Chroniques également de divers recueils, dans ces « Bonnes feuilles », par Michel Diaz, Jean-Louis Bernard, Sabine Dewulf, Jean Ayache, Éric Barbier, Claude Serreau, Gabriel Zimmermann, Marie-Claude San Juan, Bruno Sourdin, Marie-Paule Farina, Michel Lamart et Claude Albarède.

(E.C.)

 

***

 

D.S.

 

Poésie/première, n° 96 (septembre 2026)

Dirigée par Gérard Mottet et Martine Morion-Carreaux, cette exigeante et sobre revue de poésie, qui poursuit imperturbable la voie de l’imprimé malgré et contre tout, nous régale à chaque numéro avec des études, essais et réflexions autour de l’un des thèmes majeurs de la poésie ou de la poétique, au sens d’esthétique du poème. Cette fois, il s’agit de l’imaginaire, indissociable de l’acte poétique et artistique en général : la construction du numéro autour de ce thème, pour le volet critique mais aussi pour le volet création, est avec inspiration décodée, comme à l’accoutumée, dans l’éditorial de Martine.

Le concept lui-même pose d’emblée la question de la confrontation avec le « réel » censé être saisi, perçu, compris par nos facultés de sens et d’intelligence, auxquelles échappe pourtant « le mystère infini des choses qui nous entourent »… et que, justement, notre imagination – par la poésie et les arts – essaient consciemment et inconsciemment « de nous figurer sous forme sensible, voire de simuler… » : l’essai de Gérard Mottet part sur cette piste, en la suivant aussi bien dans l’histoire de la philosophie occidentale que dans celle de la littérature, des épopées antiques à la poésie moderne, tout en tâchant de discerner l’imaginaire collectif, support de notre quotidien depuis des âges immémoriaux, de la fiction littéraire qui, subrepticement, s’en nourrit, en créant des symboles en guise de modèles d’un monde global. « Entre le réel et imaginaire, il nous plaît de concevoir une boucle, une réciprocité, un dédoublement, comme nous les donne magnifiquement à voir M.C. Escher, dans sa lithographie Mains se dessinant (Drawing Hands, 1948) : une main dessine une main qui, simultanément, la dessine. » (p. 21).

Non pas moins nourrissants pour notre esprit de poètes sont les essais de : Jean-Louis Bernard, évoquant la structurante différence de compréhension de l’image (eidos/eidôlon) chez Platon et Aristote et puis, Novalis, Bachelard, Rilke, Chamisso, Celan… ; Bernard Grasset, qui nous propose une vraie recherche sur les concepts de « rêve, parole et vision », à commencer par la Bible et passant ensuite par la grande littérature, depuis l’antiquité au symbolisme et au surréalisme ; Rémi Madar, qui part d’un constat amer – l’invasion de notre mental par « les images matérielles – numériques, photographiques ou médiatiques » (pub, télé, autres media) – pour développer en revanche la riche axiologie de l’image poétique, que transmet le poète et qui se re-construit dans l’âme et l’esprit du lecteur, en évoquant Baudelaire, René Char, Rimbaud, Bachelard, Apollinaire, Éluard ou enfin Mallarmé, le poète qui « crée des images pour mieux les abolir ensuite (…). Chez Mallarmé, l’image poétique oscille sans cesse entre apparition et disparition. » (p. 35) ; Dominique Zinenberg, enfin, réussit à nous convaincre que l’imaginaire peut être « l’autre nom du style » : si nous la comprenons bien, l’image intérieure, cachée, inexprimée, source de tout poème, est comme l’ombre d’Eurydice tirée vers la lumière de la parole par le poète-Orphée, au risque de la perdre à tout jamais – ce qu’évoque aussi « le veuf – l’inconsolé/ Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie » dans El desdichado de Nerval – d’où, me semble-t-il, l’idée que la forme ou le style, propre à chaque poète, est justement ce qui la fait naître hors des limbes oscillant entre « amertume et désespoir » et perdurer dans la mémoire d’un témoin, qui peut être le lecteur ou un pur symbole forgé par le poète, telle la statue de l’ange dans Spleen et idéal de Baudelaire, poème que l’autrice analyse avec perspicacité et inspiration – et comme pour illustrer ses propos, elle nous offre ensuite deux splendides évocations, en guise d’hommage, des œuvres poétiques de Vénus Khoury-Ghata (1937-2026) et de Pierre Dhainaut (1935-2026).

Suivent, dans le prolongement du thème, quelques études monographiques : Hervé-Pierre Lambert, sur « l’imaginaire d’Henri Droguet », et Élisabeth Beyrie-Soulassol, sur « Arthur Teboul, poète des ombres et des éclats », ainsi que des entretiens de cette même autrice avec l’éditeur Éric Lorio et la poétesse, artiste et comédienne Sylvie Le Mercier. Le filon dialogal se poursuit par l’entretien de Pascal Mora avec la traductrice Isabelle Macor, alors que celui de la critique de poésie se retrouve avec les notes de lecture de Jacqueline Persini sur Chantal Dupuy-Dunier & Germain Roesz (Miettes de roses) et sur Sarah Laulan (Mé-dé-sar-ti-cu-lée).

Dans la section création, deux rubriques – Poésie plurielle, et Moments poétiques – réunissent une bonne quinzaine d’auteurs, dont, pour le renvoi au thème du numéro mais aussi pour son pathos inspiré et rythmé d’un grand souffle, j’aimerais mentionner au moins celui-ci : Le sel de la douleur est notre imaginaire, par Joël Mansa (p. 90).

De nombreuses notes de lecture – sur, entre autres, des recueils de Danièle Corre, Stephen Blanchard, Joël Mansa, Christian Sapin, Gilles Lades, Bruno Mabille, Jaber Ghandi, ainsi que sur des revues de poésie – closent le numéro.

 

Poésie sur Seine, n° 119 (sept. 2026)

En guise d’Éditorial, un poignant poème de Pascal Dupuy, directeur de la revue, ouvre ce numéro, avec le titre Ce qui reste est devant nous (le final du poème : « ce qui reste de nous/ est déjà le commencement », p. 5) – ce qui donne d’ailleurs le ton d’un groupage de Poèmes choisis, mis sous le signe de Ce qui s’en va ; il suit juste après le dossier consacré à l’invité de ce numéro, Jean-Paul Bota, et regroupe une vingtaine d’auteurs dont on dirait que la Poésie, et la figure du Poète en particulier, représentent l’image emblématique de cette cueille du restant en tant que résistant au temps, à l’éphémère, tout en en étant intimement constitué… De ces poèmes tous admirables (d’auteurs comme Gérard Mottet, Marie-Christine Guidon, Michel Satune, Alix Lerman-Enriquez, Mireille Podchlebnik, …) j’aimerais citer quelques fragments de De passage… les poètes, de Jeanne Champel-Garnier, qui m’a le plus touchée :

« Ils ne font que passer

Sur les routes de la pensée

Et tracent des sentiers d’exil

Pour respirer les parfums

Des choses absentes

 

À cœur ouvert, ils sont libres

Entendent la voie des secrets éclos

La poussière irisée du divin

Les rend légers et beaux

(…)

 

Ils sèment où germe la folie,

La dérision, les peut-être, les ailleurs

Préfèrent les non-dits aux oui dire

Et font chanter le silence

Parfois jusqu’à l’ébriété

 

(…)

Leur vie entière n’est qu’un port

Ils savent bien qu’ils sont morts

Et s’en vont regarder la mer »   (pp. 37-38)

Mais nous avons également le plaisir de retrouver, sous une rubrique ad-hoc intitulée Poète à l’honneur, l’invitée du numéro précédent, notre chère Guénane Cade… avec un poème tout en dilemmes et en réversibilités entre Je et Moi / Tu et Toi : « sais-tu toujours qui abrite l’autre/ qui est le parasite ? », pour finir sur une multiplicité de « jeu[x] » identitaires qui fondent finalement notre humanité : « Envie d’être en vie/ qui l’a dit l’a crié ?/ Trop nombreux pour tous les nommer » (pp. 67-68).

La revue nous réserve la surprise d’encore un groupage de poésie… caché entre des critiques et des nouvelles… sous le titre de rubrique Poèmes en liberté, dont la plus notable découverte pour moi est le poème Jaune et noir d’Antoine de Matharel, dont j’aimerais citer la fin : « au bout du tunnel noir/ de l’existence/ une clarté de jaune et d’or ? »  (p. 80). Du critique et historien littéraire qu’il est, nous lisons avec intérêt un beau rappel de la poésie antique, en tous ses états – épopée, hymnes et odes, lyrique, avec notamment un excursus sur Sapho – ainsi que, dans le cadre des nombreuses notes de lecture à la fin du numéro, celles sur Jean-Claude Albert Coiffard (Lumières d’insomnies), Michel Santune (Encore un peu) et Mireille Podchlebnik (Images flash / Odeurs d’enfance), qui m’ont particulièrement touchée.

Et pour finir, j’aimerais citer une belle et grande pensée de Michel Santune, à propos de « l’utilité », concept comme on le sait, pas définition étranger, sinon bannissable, quand il s’agit de l’art, qui n’est justement ni un outil ni un utilitaire :

« Dans un monde transformé, par on ne sait quelle malédiction, en un gigantesque hôpital à ciel ouvert, la poésie, si elle n’est pas utile, est on ne peut plus nécessaire [mon soulignement], c’est le grand air que l’on respire à pleins poumons, le ciel délié, libre, les grands espaces que peuplent les rêves sans lesquels nous ne pourrions pas vivre. » (À quoi sert la poésie, pp. 99-100).

 

Les Amis de Thalie (printemps-été 2026)

Une revue de grande tenue artistique et graphique (100 pages format A4 sur papier velin), portée par Nathalie Lescop-Boeswillwald seule, après la disparition, en juillet 2025, de Christian, son compagnon « en terre poétique et humaine »… Un numéro flamboyant, criant, en paroles et en images, de vérités et de douleurs dont l’expression est d’une beauté déchirante… Si nos cœurs, à nous porteurs du Verbe, ne se soulèvent pas pour clamer haut et fort l’indignation face au monde de massacres dans lequel nous vivons, et pour prendre parti en faveur des victimes et à l’encontre des bourreaux, qui le fera ?

Nathalie nous exhorte et les poètes répondent présent. Je cite de son éditorial :

« Comme bon nombre d'entre vous le sait, je n'ai de cesse d'alerter depuis très longtemps sur La nécessité à ouvrir les yeux sur une situation mondiale systémique et dramatique. Je n'ai pas l'intention de baisser les bras, de me résigner, il est de notre devoir d'être la voix de ceux que l'on essaie de faire taire en les torturant, en les tuant, en les réduisant a poussière. Prenons conscience qu'un jour prochain, cela pourrait fort bien être notre tour... Un point de bascule est en train de s'opérer, l'Occident n'est plus aussi fort que par le passé, loin s'en faut !

Ceci dit, vous comprendrez pourquoi j'ai fait large place en début de ce numéro à des auteurs, poètes et artistes de pays opprimés. Ce sont des amies, des connaissances dont j'admire la forte de caractère, l'engagement, l'intelligence et l'humanité profonde. J'espère que vous saurez accueillir leurs mots, leurs créations comme ils le méritent, tant ils portent en leur cœur souffrance, vérité, résilience et espoir. »

En effet, on lit avec émotion dans ce numéro les poèmes de Nadia Belkacemi, Arwa Ben Dhia, Saghi Farahmandpour, Montaha Gharib, Pamela Chrabieh, ainsi que, en réaction de solidarité, les textes de poètes et écrivains comme Jacques Lucchesi, Ara Alexandre Shishmanian, Jean Moraisin, Béatrice Gaudy, Lucien Cordina, Chantal Cros, Roger Foucaud, Bernard Guillois, Michel Lagrange, Michel Santune, Robert Buffat, Philippe Minod, Édouard Richebonne, Michel Bénard…

Qu’il me soit permis de citer la fin du sonnet Le langage d’étoiles de Christian Boeswillwald (11 avril 1950 - 20 juillet 2025) :

Sentinelle des dieux, nous veillons seulement

À peindre des étoiles sur nos intimes toiles

Où s’efface la vie inexorablement…

Dans les notes de lecture, je mentionne tout particulièrement celles dédiées par Nathalie aux recueils Débris du destin, de Saghi Farahmandpour, et Oniriques, d’Ara Alexandre Shishmanian. 

Enfin, l’art est très présent par des illustrations et peintures de qualité, en des reproductions impeccables, et un dossier central dédié à l’écrivaine et artiste libanaise Pamela Chrabieh.

 

L’Agora. Revue de la Société des Poètes Français (n° 116, 3e trimestre 2026)

Une belle découverte ! Cette revue imprimée dans d’excellentes conditions graphiques, avec de riches illustrations, tel un livre d’art, fête les 120 ans de vie de la Société des Poètes Français dont elle est la porte-parole, illustrant le credo humaniste, poétique, artistique et universaliste qui l’anime – comme on peut le constater dès l’éditorial et le poème d’ouverture du numéro, signés par le Président de la SPF, Jean-Charles Dorge :

« … force est de constater que pour parvenir à un consensus global de "vivre-ensemble", notre humanité a besoin de revenir désormais à ses fondamentaux d’existence, que sont le respect de la nature nourricière et la culture de la beauté dans toutes ses déclinaisons. Ces considérations n’ont rien de nouveau mais elles pourraient parfaitement se définir en un seul mot unificateur : Poésie ! » (p. 2).

La revue accueille des poètes francophones (comme la réunionnaise Marie Annick M’Nemosyne) ou traduits (un ample groupage de poètes coréens (pp. 20-28), une sélection des poètes lauréats des différents Concours SPF 2025 (pp. 29-36), ainsi que de toutes jeunes plumes lycéennes, lauréates des Concours jeunesse 2025-2026 (pp. 37-44). Enfin, d’un groupage intitulé simplement Nos poètes, j’aimerais citer la fin pleine d’espérance du poème La nuit s’évapore d’Éliane Hurtado, animée par l’esprit d’un sensorium d’art global – peinture, poésie, musique :

Les couleurs encore figées se réchauffent,

Les oiseaux veilleurs aux créneaux

Commencent progressivement à chanter.  (p. 16)

Le poète-peintre Michel Bénard, Vice-Président de la SPF, signe plusieurs notes de lecture (pp. 6-7) ainsi que les beaux reportages des expositions d’artistes (peintres, sculpteurs, photographes) organisées par la SPF (pp. 45-50), alors que Nicole Randon présente les derniers Lundis des poètes (pp. 56-57).

Une agréable surprise pour nous : à propos de la revue Poésie sur Seine, n° 118, à la rubrique Lu, vu, entendu signée par Corinne Kirsch (pp. 58-60), il est fait référence à l’entretien transcrit par Jean-Marc Chanel où je présentais notre revue Francopolis : « Une description très détaillée présente la revue en ligne fondée en 2002 par des écrivains francophones, riche espace vivant d’échanges littéraires et artistiques » (p. 59).

(D.S.)

 

 

AVRIL-JUIN 2026

 

Recueils / Revues

 

Recueils & ouvrages

 

Parutions aux Éditions Encres Vives (avril-juin 2026):

Poètes du Quercy, vol. 1-2. Chois proposés par Gilles Lades (n°s 567-568 Encres Vives)

Jaber Ghandi, Matin mort (n° 566 Encres Vives)

Léon Bralda, Le ciel à la saison des fleurs (n° 565 Encres Vives)

Sabine Alicic, Terrasse d’hiver (n° 564 Encres Vives)

Laurène Mélia, L’île d’en face (n° 433 Lieu)

Mireille Podchlebnik, Images flashs / Odeurs d'enfance ((n° 435 Lieu)

Ioana Ianculescu-Foucault, Parce que je n’ai pas pu dire au revoir (n° 868 Encres Blanches)

Et pour la livraison d’été, collection Encres Vives :

Véronique Joyaux, Solstice (EV569)

Marilyse Leroux, Un ange nage (EV570)

Lionel-Édouard Martin, De saisons, deux sur bords de Gartempe (EV571)

Collection Lieu :

Patrick Aveline, Chemins d’Irlande, poèmes en marche (L436)

Ours Hardy, Sur les quais… RER B-lues (L437)

Éric Barbier, Suivre les mouvements de la pierre (L438)

Patrick Joquel, Le sentier m'enlace et m'ensilence - Exercices du plus haut silence II (L439)

Patrick Picornot, En l’Isle-sur-la-Sorgue (L440)

Alain Casaurang, Antre de bleus froissés (L441)

Collection Encres Blanches :

Laurent Bayssière, Combats (EB872)

Joseph Ramonéda, Exercices de Kama Muta (EB873)

Claire Garnier-Tardieu, Penser… et quelques roses (EB874)

Thierry Hiblot, Ai-je seulement rêvé ? (EB875)

 

Salah Al Hamdani, Que restera-t-il de nous quand tous les récits tomberont ? Lettre à un ami juif. Editions La Kainfristanaise, juin 2026 (à paraître).

Sous la forme d’un poème épistolaire, ce texte puissant s’affirme comme un véritable manifeste poétique pour la dignité humaine, la fraternité et la place essentielle de la poésie dans les temps sombres que nous traversons. Écoutons le poète :

Je ne voulais pas lui écrire pour le convaincre

ni pour justifier une position,

mais pour préserver en moi

ce reste fragile de lucidité

qui refuse de se dissoudre

dans la fatigue morale de l’époque

Car écrire, dans les temps obscurs

n’est pas un geste littéraire,

mais une forme de résistance intérieure

une manière de ne pas consentir au silence

et de rappeler, même à voix basse

que la conscience n’est pas négociable.

À travers une parole à la fois lucide et fraternelle, l’auteur nous rappelle que la poésie n’est pas un refuge hors du monde, mais une manière de lui résister, de préserver notre humanité et de maintenir vivante l’exigence de justice.

Ce livre fait écho à l’injonction de Stéphane Hessel : « Indignez-vous ! » Il nous invite à ne pas céder à l’indifférence, à demeurer attentifs à la souffrance des autres et à continuer de croire en la force des mots.

 

Pascale Mathevon, C’est un monde secret. Éditions Jets d’Encre, juin 2026 (26 p., 13,95 €)

Au bord d’un lac lové entre les montagnes, là où le ciel semble toucher la terre et où les anges veillent en silence s’ouvre un monde secret. Dans ce paysage vibrant, la nature devient spectacle : les arbres dansent avec le vent, les nuages dessinent les désirs du cœur et la lune murmure des chansons d’amour. Au fil des jours, la vie s’y révèle dans toute sa poésie : un chat qui rêve d’être tigre, un enfant lançant des ricochets avec son chien fougueux, le vol d’une libellule bleue, la joie des sauterelles ou la blancheur paisible de l’hiver. Entre réalité et imaginaire, chaque instant devient une invitation à écouter le murmure du Lac et à regarder autrement le monde.

Dans cet ouvrage poétique empreint de douceur et de contemplation, Pascale Mathevon entraîne les lecteurs dans un cheminement sensible au cœur de la nature et de l’enfance retrouvée. À travers des tableaux délicats, elle célèbre la beauté du vivant et rappelle que les plus grands enchantements se cachent souvent dans la simplicité du regard.

 

Alain Clastres, Fleur levée. Éditions Unicité, juin 2026 (58 p., 13 €)

Le recueil s’ouvre sur un hommage à Sakyamuni, le sage silencieux, également appelé Bouddha, qui a exposé le cœur de son enseignement en levant, sans mot, une fleur devant l’assemblée de ceux qui attendaient cet enseignement.

Ayant compris que les mots sont impuissants à enclore les réalités immédiates et la réalité globale, il a voulu montrer que toute la réalité est cristallisée dans cette fleur, que toute l’action du monde est cristallisée dans ce mouvement de lever.

Il voulut faire saisir que la réalité plénière, dans l’interdépendance de chaque chose, est présente en chaque chose, en chaque être, que rien n’est fondamentalement séparé et que nous ne sommes isolés de rien.

Par cette action, il a répondu au sentiment de manque, d’isolement et de finitude de l’individu. Il a offert une réponse à l’inquiétude existentielle qui peut tarauder l’être humain. Cette réponse offerte, ce soulagement possible, est un profond geste de compassion qui est au cœur de son action.

Connaissance et compassion sont les éléments indissociables de son enseignement.

La poésie qui a en son cœur l’au-delà des mots, qui peut ouvrir à la résonance d’infini, d’indéfini de la vie, peut, elle aussi, être une voie de plénitude, une voie d’apaisement et d’accord au monde.

 

France Burghelle Rey, Échanges Fragments IV Partages Fragments V. Éditions Unicité, juin 2026 (15 €)

Est-ce la maladie ou le manque d’enthousiasme qui rend si difficile la reprise de cet opus ? Toujours est-il qu’un matin je finis par faire partir ce message à l’intention de B. encore :

«  Ce n’est pas l’envie d’écrire qui m’arrête mais la fatigue qui s’abat certains jours. Et ces Fragments sont comme une ruine à restaurer. Il est plus facile de construire directement. Je dois faire des transitions, des commentaires, choisir ceux que je garde. J’aurais dû d’emblée rédiger pour n’avoir plus qu’à corriger. Je ne sais plus comment j’ai réussi à boucler les Fragments IV Échanges. »

 

Sacha Zamka, Maintenant que l’argile pleure. Éditions Unicité, juin 2026 (62 p., 13 €)

brume

de la poussière à la poussière

le regard tourné vers le ciel

et la bouche pleine de terre

on dit déjà et à jamais

né de la ronce et de l’épine

dans des paysages de brume

à l’heure où se réconcilient

un à un le surgeon des larmes

et le rameau des temps perdus

À ce poème donné sur le site de l’éditeur, on aimerait en rajouter au moins encore un :

argile

maintenant que l’argile pleure

aveuglé par un dieu en fuite

maintenant que l’argile pleure

vivre s’est changé en éclipse

maintenant que l’argile pleure

mémoire et paupières bruissent

maintenant que l’argile pleure

des sources jusqu’aux océans

Né dans les années 1990, Sacha Zamka grandit en France. Après ses études, il découvre Vienne, New York, Montréal. Il se consacre à l’écriture de nouvelles et de poèmes depuis lors. Ses écrits, hantés par l’enfance, interrogent le deuil, l’identité, la mémoire, dans une langue où s’affrontent fragments bibliques et expériences quotidiennes, témoignant d’une condition diasporique. Ses poèmes ont été favorablement accueillis dans des revues en France, en Belgique, en Espagne et au Canada. Il a publié deux recueils, Poussière et grâce chez Encres Vives (2024) et Juste après le silence chez Citadel Road Editions (2025). Maintenant que l'argile pleure est son troisième livre.

Sacha Zamka a été accueilli à Francopolis, avec des poèmes inédits, à la rubrique Terra incognita, au numéro d’hiver 2025.

 

Tientcheu Nouake, La distance correcte. Le Lys Bleu Éditions, juin 2026 (124 p., 14,50 €)

La distance correcte avance par fragments : quarante-deux textes en prose poétique traversés par une même interrogation. Comment la contrainte s'installe-t-elle sans jamais se nommer ? Comment la violence domestique, le déracinement et l'effacement de soi parviennent-ils à agir avec tant de force justement parce qu'ils restent discrets, presque invisibles, en apparence convenables ? Ce recueil ne raconte pas frontalement. Il s'approche, au plus près de ce qui échappe aux mots ordinaires. Dans une langue sobre, tendue et précise, Tientcheu Nouake révèle ce que le quotidien dissimule et donne forme à ce que l'on tait trop souvent. Un ouvrage dense et saisissant qui explore les silences, les failles et les mécanismes maquillés de la maltraitance.

 

Tientcheu Nouake, Ce qui tient. Poésie de l’exil contemporain. L’Harmattan, mai 2026 (82 p., 12 €)

Quelque chose brûle dans ces pages : un feu de continuité, celui qui se transmet de main en main, de silence en silence, et refuse obstinément de s’éteindre.

Dans Ce qui tient, Tientcheu Nouake donne voix à celles et ceux qui traversent : les frontières tracées sans consulter les racines, les villes qui brouillent les signes, les salles d’attente sans nom. Mais sous chaque déchirure, sous chaque ligne imposée au vivant, quelque chose persiste : un battement sourd, une mémoire allégée pour franchir les contrôles, une manière d’habiter le monde sans l’écraser.
Ces poèmes ne crient pas, ils demeurent. Et c’est précisément cette retenue, cette façon de dire l’exil sans s’y perdre, de transmettre sans conclure, de rester humain dans un monde qui pousse au durcissement, qui fait de ce recueil une œuvre nécessaire et profondément vivante.

 

Éric Chassefière, Alors seulement s’ouvre la nuit. Éditions La Rumeur libre, mai 2026 (154 p., 20 €)

Voici par exemple le poème qui ouvre un recueil à paraître très prochainement à La Rumeur Libre (Alors seulement s’ouvre la nuit), qui me semble bien exprimer ma conception de la poésie, loin de toute vérité assenée, une poésie qui respire, toujours à la limite de l’effacement, lèvres plus que mots, éveil plus qu’écriture, poésie pour aimer, se relier à l’autre :

La lumière comme une pénombre
où faire naître désir de mots

Caresser du geste d’écrire

marcher dans la seule présence du jardin.

Éveiller plus qu’écrire le poème.

Accorder son pas au temps du poème
il faut que le poème respire
que les mots partagés soient ceux de la nuit.

Se parler à travers la nuit
à travers tout ce qu’on n’entend pas des mots

Aimer que la lampe n’éclaire qu’à peine
que l’encre ne se fixe qu’à peine sur le papier.

Écrire du souffle que je pose sur tes lèvres.

Ne pas chercher les mots mais les lèvres
parler de sa part la plus secrète en l’autre.

Écouter pour que s’accordent les mémoires.

(Extrait de l’entretien accordé par l’auteur à Nadège Cheref, dans la revue Lichen, 1er mars 2026, avec quelques poèmes, et une bibliographie poétique à jour.)

 

Kamal Rafat-Safaï, Pérégrin, suivi de Poèmes posthumes. Traduit du persan par Hamid Saba et Thierry Fournier. L’Harmattan, mai 2026 (86 p., 12 €)

Pérégrin est le dernier recueil de poèmes de Kamal Rafat-Safaï, publié en 1993 alors que, vivant à Paris depuis cinq ans, il se savait gravement malade. Dans ce long chant d’adieux parsemé d’évocations de Chiraz, sa ville natale, se rouvrent les blessures de l’exil. À travers cette œuvre, le poète quitte le domaine conflictuel des idées pour les transmuer en images intimes d’une grande force.
Ce recueil est suivi de quelques poèmes retrouvés dans ses papiers après son décès. De discrètes braises d’espoir, vite étouffées sous les cendres du réel, s’y mêlent aux regrets et à l’amertume qui le rongeaient.

Nous faisons des manières
mais la mort est sans détours
petits moineaux espiègles de mes yeux
le jeu est fini
vient l’autre envol
à l’heure de l’agonie
sois un témoin lucide :
cette verdure c’est la couleur
d’une herbe à demi mâchée
dans la gueule du serpent.

 

Sacha Thomas, Invictus. Figures libres. Éditions du Cygne, mai 2026 (60 p., 12 €)

Avec une bouche pour aimer et un cœur pour parler. Avec une bouche pour écrire la vie comme un poème de tous les jours. Avec le corps tout entier pour écouter battre le cœur du monde depuis notre ville. Sacha Thomas écrit à Paris comme on s’adresse à un proche, un enfant, un amour.

Invictus, figures libres recourt autant au langage qu’à l’invention. Sacha tire la langue pour goûter le soleil et embrasser la main des géants. Sacha cherche les grandes figures de l’Histoire et de la littérature française pour les mettre en scène dans son quartier.

« Paris que l’on creuse, Paris que l’on mord » devient le berceau d’une féerie moderne. Attentif aux arts de la ville comme aux acteurs du quotidien, le poème métamorphose commerces, chantiers et travaux publics en un vaste théâtre où l’amour épouse la multitude des langages et des univers pour résonner. Vivre chaque être humain comme un poème victorieux, une figure libre.

 

Amar Benhamouche, Bain de vin sous l’olivier. Poésie bilingue français/arabe. Traduction en français et préface d'Arwa Ben Dhia. Éditions du Cygne (collection Poésie du monde), mai 2026 (82 p., 15 €)

Entre l’attente de l’amour et celle de la liberté se creuse la solitude du poète. Moderne et intemporelle, suspendue dans la nudité de l’instant, la poésie de Bain de vin sous l’olivier se donne comme le geste simple de l’ami. Dans le dernier jour de l’année, dans le nom dessiné sur le sable, dans le deuil de l’exil.

Nous lisons ici un poète-miroir qui pose l’égalité sur la table, pour nourrir l’humanité.

 

Sacha Zamka, Splendeurs et aveuglements. Éditions Petra, mai 2026 (54 p., 12 €)

Les poèmes de Splendeurs et aveuglements prennent origine dans des souvenirs de jeunesse : ils en restituent l’ivresse, le vertige, les interrogations. Courtes proses poétiques, ils témoignent d’une existence en quête de grâce et d’éblouissement. Dans un monde qui semble avoir renoncé à son propre enchantement, c’est à la poésie que revient la charge de faire ressentir à nouveau l’énigme d’être et le mystère d’exister. (Présentation sur le site de l’éditeur).

Un livre qui s’ouvre et se referme sur une naissance incertaine dans un monde crépusculaire à répétition…

« J’ai des rêves d’envols et de voluptés et mes yeux se ferment sur ce que j’ai sacrifié : identité, destin, être. À genoux, encore qu’aucune prière ne m’ait été enseignée ; je m’offre à des dieux dont le nom a été depuis longtemps oublié. Encore quelques éternités et je serai enfon né. »  (p. 13)

« Dans la bibliothèque détruite ou le musée fragmentaire, j’erre sans vraiment savoir où m’arrêter. Mes lèvres murmurent des prières silencieuses et des blasphèmes secrets. Livres et œuvres ne sont désormais que des mauvais rêves. Je n’ai fait que chercher les preuves de mon existence et comme un dieu je dois m’avouer vaincu. »  (p. 50)

 

Matthieu Messagier, Journal d’une panoplie. Éditions Fata Morgana, mai 2026 (80 p., 19 €)

Ultime recueil composé et revu par l’auteur, Journal d’une panoplie a tout d’un cri intérieur. Chaque jour, un poème nouveau vient conjurer l’angoisse qu’impose l’immobilisme de la maladie. Les vers se dérèglent et insèrent dans la mélasse du visuel et de la pensée les moyens d’effleurer le cosmos et quelques vérités. Ces circonvolutions lumineuses empruntent leur étrangeté aussi bien à la nature proche qu’aux galaxies lointaines. Elles mettent en cendres le visible, écrivent ce qui ne peut être vu et saisissent les contours du soi dans l’acte poétique. « La poésie c’est pas grand chose, c’est seulement pour toujours. »

Illustrations de l’auteur. Introduction de Constant Candelara.

 

Lionel Bourg, Une absence habitable. Éditions Fata Morgana, mai 2026 (104 p., 21 €)

À la fois manifeste et volume de géologie appliquée à l’épaisseur de l’homme, Une absence habitable offre à Lionel Bourg l’occasion de lancer un regard vers son passé, ses terres et son époque. Une prose granitique fore la mémoire, là où les anciens villages, les souvenirs et les aïeux sont ensevelis et sédimentent. A l’image d’un carottage, on retrouve, organisés en strates, échantillons de lectures, voix, champignons ou rencontres. L’individu, jamais épargné par les joies et les humeurs cafardeuses, est lavé de toute certitude. La prose abonde en références littéraires et images naturelles : elle jette, entre les états d’âmes et les espaces qui les voient poindre, une frêle passerelle. Illustrations de Denis Pouppeville.

 

Nicolas Alquin, Neti neti. Éditions Fata Morgana, mai 2026 (64 p., 16 €)

Cette traversée indienne est d’une beauté chaotique : foules insaisissables, maître de yoga et chauffeurs intrépides, éléphants capricieux et singes chapardeurs, temples débordants de ferveur, marchés et bazars saturés d’épices et de couleurs. A chaque pas, le sacré et le dérisoire se frôlent. De leurs répliques intemporelles, les divinités hindoues interviennent comme un chœur moqueur. Loin du simple carnet de route, c’est un mandala d’expériences où l’Inde devient un miroir intérieur, tremplin vers l’invisible, selon la voie du neti neti – «ni ceci, ni cela». Illustrations de l’auteur.

 

Kunwar Narain, Confluences. Traduit du hindi par Nicola Pozza, édition bilingue. Éditions Banyan, mai 2026 (200 p., 18 €)

Kunwar Narain est l’un des poètes indiens les plus importants de l’époque moderne et l’une des voix les plus fines de la littérature hindi. Son œuvre plurielle se nourrit de ses lectures éclectiques qui couvrent, entre autres, les Upanishads et les récits épiques sanscrits, les pensées bouddhique et soufie, les philosophies existentialiste, marxiste et gandhienne. L’œuvre de Kunwar Narain se caractérise par une très large palette thématique et explore tant les sujets apparemment anodins du quotidien que les questions métaphysiques et existentielles. La finesse et la force de sa poésie en font une œuvre à portée universelle, qui peut résonner en chacun et chacune d’entre nous, au-delà des frontières culturelles du sous-continent indien.

Kunwar Narain a aussi traduit une trentaine de poètes, dont Jorge Luis Borges, Constantin Cavafy, Philippe Jaccottet, Stéphane Mallarmé ou Tadeusz Różewicz, dans un volume intitulé « Sans limites, sans distances ». Son œuvre, traduite dans plus de 35 langues, notamment en anglais par son fils Apurva Narain, a été récompensée de nombreux prix littéraires.

Nicola Pozza (Section de langues et civilisations slaves et de l’Asie du Sud et Centre de traduction littéraire) signe la toute première traduction française et rend ainsi enfin accessible au public francophone cet auteur majeur de la littérature indienne et mondiale.

 

Arundhathi Subramaniam, Quand Dieu voyage. Traduit de l’anglais (Inde) par Roselyne Sibille, édition bilingue. Éditions Banyan, mai 2026 (125 p., 20 €). 

Quand Dieu voyage est une cartographie intime du sacré moderne, qui ne célèbre pas la divinité statique des temples, mais celle qui circule – dans le métro bondé, sur les routes poussiéreuses, dans le corps aimé ou abandonné. Héritière d’une double culture, Arundhathi Subramaniam tisse ici des poèmes où l’érotique rencontre le mystique sans la moindre gêne. Son Dieu voyageur n’est ni tout à fait Krishna ni le Christ : c’est une présence insaisissable qui surgit dans l’accident, le désir, la perte. Entre Bombay et une éducation catholique conventuelle, avant de plonger dans la tradition Advaita Vedanta, la voix se construit à la frontière : là où les appartenances se frottent, et où la spiritualité cesse d’être un décor. (David Aimé, sur le site de l’éditeur)

 

Catherine Andrieu, À l’écoute des bêtes. Édition Sémaphore (Maison de la Poésie du pays de Quimperlé), mai 2026 (114 p., 16 € : bon de commande ici)

Tout commence par un battement presque inaudible, une vibration infime au creux du réel : l’ombre d’un chat qui glisse sur le mur, le souffle d’un cheval dans le lointain, l’œil d’un oiseau qui se plante dans le mien sans frémir. Moi, Catherine Andrieu, je reste là, au bord de cette présence, dans ce lieu sans clôture où l’humain cesse d’être centre, où je me fais frange, poreuse, traversée. L’antispécisme que je porte n’est ni programme ni revendication, mais une inquiétude tissée dans ma chair, un tremblement de pensée, une fidélité vibrante à ce qui palpite hors de l’humain. (extrait de la présentation sur le site de l’autrice)

 

Catherine Andrieu, Tenir la vibration, Z4 Éditions, avril 2026 (56 p., 12 €)

Tenir la vibration est un recueil de méditations où l’écoute engage le corps entier. Non pour comprendre, ni pour expliquer, mais pour demeurer — dans ce qui tremble, insiste, se retire parfois. La mer, le piano, certaines œuvres, certaines figures traversées par la faille ne sont jamais des objets de discours : elles sont des expériences de tenue, des manières de rester debout sans surplomb, sans promesse, sans réparation.

L’écriture avance par reprises, par frottements, par silences consentis. Elle refuse l’emphase comme la consolation. Elle cherche une justesse plus exigeante : celle qui accepte de ne pas résoudre, de ne pas sauver, mais de maintenir une présence exacte au bord de ce qui vacille.

Tenir la vibration n’offre ni message ni apaisement. Il propose une posture intérieure. Celle d’une fidélité à l’écoute, même lorsque l’élan se retire, même lorsque le son s’éteint, même lorsque rester devient la seule forme de courage. (4ème de couverture)

 

Salah Al Hamdani, Feuille vive. Poèmes. Avec des peintures de Ghassan Faïdi. Éditions Al Manar, avril 2026 (80 p., 20 €)

Un recueil placé sous le double signe de l’amour et de la résilience.

Accroche-toi à mon âme
comme au reste d’un sourire

Ici tu grandis entre l’onde et le chant trouble de la vie
et comme toutes les fiancées
tu risques d’attendre pour toujours
ce marin englouti par l’horizon

 

Marc Delouze, Tout va bien et le roman noir d’une guerre commencée. Les Lieux-Dits éditions, avril 2026 (Commander auprès de l’auteur)

« En ce premier quart de siècle de notre ère commune l’hiver flambe comme un oiseau jeté contre un mur. Ouvrant ma porte, je trébuche sur une forme étendue sur le coco usé jusqu’à la corde de mon paillasson. J’ai d’abord pensé à la dépouille d’un chat crevé. M’accroupissant, je découvre le corps dépenaillé d’une poupée au crâne fracturé. Une autre fin du monde est-elle possible ? 

Pour la première fois, poésie et roman noir cohabitent dans un livre.

Ce livre est un chef d’œuvre. Une perfection noire. L’alternance entre le roman et les poèmes fonctionne à merveille. Je suis saisie – enthousiaste. C’est grand grand grand. » (Nancy Huston).

 

Les fables de Rime Wadi, Independently published, 6 avril 2026 (61 p., 11,45 €)

Dans ce recueil de fables modernes, Rime Wadi donne voix à un monde où les bêtes observent, dénoncent et révèlent. Sous les plumes, les crocs et les griffes se cachent des rois, des peuples, des injustices… et des vérités que l’on préfère parfois ignorer.

Inspirées de l’héritage de La Fontaine, ces fables contemporaines mêlent poésie et réflexion pour interroger notre époque : pouvoir, manipulation, liberté, courage… Chaque histoire est un miroir. À vous de voir… ce que vous acceptez d’y reconnaître.

 

Sarah Mostrel, Entre les lignes. Avec des peintures de l’autrice. Éditions La Route de la Soie, avril 2026.

Une œuvre totale : écrire, peindre, relier

Poète, peintre et artiste plurielle, Sarah Mostrel propose ici bien davantage qu’un simple recueil de poésie. Entre les lignes est une expérience esthétique globale : le texte y cohabite avec des œuvres picturales (pastels, aquarelles, huiles), formant un espace intermédial où les mots prolongent les images, et inversement.

Dès les premières pages, le projet est explicite : il s’agit de « se poser sur le monde, la vie, les êtres » et d’esquisser « une voie possible »  . Cette orientation confère au livre une dimension quasi éthique, où la poésie devient un outil d’exploration existentielle.

Une écriture du seuil : entre présence et absence

Le titre lui-même "Entre les lignes" indique une poétique du seuil. L’œuvre explore les interstices : entre amour et perte, entre mémoire et devenir, entre langage et silence.

Le poème « Addio » ouvre ainsi sur une expérience de la disparition et de l’absence, où le monde semble se défaire avec l’être aimé. À l’inverse, d’autres textes célèbrent la possibilité d’un renouveau affectif et sensoriel, comme dans « Une lumière » ou « Un air de camaïeu », où l’amour redevient force structurante.

Cette oscillation constante traduit une conception profondément dialectique de l’existence : vivre, c’est traverser des états contradictoires sans jamais les résoudre définitivement. (extraits de la présentation sur le site de l’éditeur)

 

Giuliano Ladolfi, Des ténèbres à la lumière : le monde recréé de Marie / Din întuneric la lumină : lumea recreată a Mariei. Éd. Ars Longa (Iaşi, Roumanie), avril 2026 (239 p.).

Édition bilingue française-roumaine, traduction Sonia Elvireanu, préface Giulio Greco, postfaces Ivan Fedeli, Marco Beck, couverture Fra Beato Angelico.

« Diptyque de haut vol : La nuit obscure de Marie suivi par La nuit lumineuse de Marie. La poésie semble ajouter une couche luminescente au texte sacré. 

Dans un premier temps, douleur et doutes éclatent chez Marie au pied de la Croix. (…) Arrive la 2e partie, intense et forte, et qui éclabousse notre cœur. Se lève la nuit lumineuse. Pâques succède déjà au Vendredi Saint, la Résurrection suit la mort, l’Espérance efface le désespoir. Lumière et accomplissement de la Parole. Fra Angelico nous offre ses couleurs dans la couverture splendide de ce livre. Fil rouge incandescent, comme un besoin irrésistible de transcendance. » (Claude Luezior, sur le blog d’Éric Allard Les belles phrases, 22 avril 2026). 

 

Rossiny Dorvil, Que de chemin parcouru pour fleurir ta peau. Éditions du Cygne (collection Poésie francophone), mars 2026 (58 p., 12 €)

Que de chemin parcouru pour fleurir ta peau est un chant de l’exil entrelacé à Cayenne. Parfois murmure soufflé sous une chanson de pluie. Parfois cri au mitan des misères. Rossiny Dorvil habite un langage cru, souvent prophétique, souvent perdu sur des routes solitaires sous le soleil d’équateur. Son livre se déploie comme un rêve éveillé, il traverse les écueils du monde et de tous les bouts du monde. Il chevauche la lune et des femmes mi-espérées, mi-fuyantes. Il convoque les oiseaux, caresse les feuilles. Le monde est son jardin de poète.
Mais c’est aussi un chant du fin fond de la souffrance ; celui d’un damné de la terre, comme l’écrirait Fanon. Trente Pièces, le plus grand bidonville de Cayenne, y joue un rôle central, théâtre de toutes les réalités et de tous les espoirs. Rossiny Dorvil nous y donne à voir des hommes, des femmes de la vie drue et raide. Et tous sont fleurs de ses poèmes. Il mélange les langues. Français, créole haïtien, aluku. Il est bien en cela fils posé de la Guyane d’aujourd’hui, né ailleurs et pour toujours avec nous.

 

Latchézar Stanchev, Statue fondue de Voltaire à Paris – éternelle en vers. Poèmes – édition bilingue. Rafael de Surtis / Colibri (Bulgarie), mars 2026 (115 p., 15 €)

Seul parmi les poètes bulgares ayant séjourné à Paris, en 1937, Latchézar Stantchev (1908-1992) entre en dialogue avec les surréalistes et Paul Éluard. Son poème Neige à Paris immortalise ici le symbole de la Commune de Paris de 1871 – la statue en bronze Voltaire assis (1781) de Houdon, fondue par les occupants allemands en 1942… Très bel ouvrage poétique en version bilingue, coédité avec les éditions Colibri (Bulgarie). Traduction : Bilyana Mihaylova et Brice Petit ; préface : Nadezhda Stoyanova ; couverture : Ivo Rafailov.

Voir, sur RAL,M, la chronique aussi analytique qu’inspirée de Catherine Andrieu.

 

Rime Wadi - Ziad Medoukh, Palestine entre douleur et espoir, chez Independently published, paru le 24 février 2026 (209 p., 8,52 €)

Il s’agit d’un livre hybride, mêlant poésie, témoignage et transmission, né d’un projet d’hommage qui s’est imposé comme un travail de mise en contexte et de mémoire. Le livre raconte, de façon volontairement simple, mais factuelle et référencée, l’histoire de la Palestine, en donnant une place centrale aux visages et aux vies que l’on réduit trop souvent à des chiffres.

 

Ziad Medoukh, Gaza. Chroniques d'une offensive longue,  chez Independently published, paru le 22 décembre 2025 (262 p., 21 €).

Ce livre regroupe les témoignages quotidiens de l'écrivain palestinien en direct de sa ville dévastée durant ces longs jours d'horreur absolue, ainsi que ses articles d'analyse et de réflexion pendant l'offensive, ses poèmes et ses récits, les activités et les actions organisées pour les jeunes et les enfants de Gaza durant ce carnage, écrits dans des conditions très difficiles, sous les bombes et les pluies de missiles tombant partout, à chaque minute. On trouve les liens des interventions et des entretiens accordés par Ziad Medoukh aux media, chaînes de radio et de télévision et sites francophones sur cette agression.

C’est le seizième livre en français publié par l’auteur palestinien, qui continue à dénoncer dans ses articles, poèmes, récits et témoignages l’injustice imposée à toute une population civile dans des territoires palestiniens toujours occupés et dans une région détruite et dévastée. (Saad Bouhsina)

 

(D.S.)

***

 

Revues

Diérèse, n° 96 (printemps-été 2026)

La revue trimestrielle de Daniel Martinez, qui depuis la création en 1998 fait seul le travail d’une rédaction entière, est un vrai exploit qui nous émerveille à chaque parution (de plus de 300 pages), avec une parfaite tenue graphique et des illustrations de qualité (pour ce numéro : couvertures par Xavier Makowski et Vincent Bioulès, peintures de Richard Blin et André Galland, dessins de Daniel Abbel, Jean-Claude Pirotte et Pacôme Yerma).

Bien structurée en rubriques ou cahiers, Diérèse nous propose en premier Poésies du monde, avec cette fois un « domaine portugais » : Nuno Júdice et António Ramos Rosa, présentés et traduits par Jean-Paul Bota, et un « domaine américain » : Denise Levertov, présentée et traduite par Jean-Yves Cadoret.

Les deux « cahiers » de poésie, au cœur de la revue, nous offrent dans ce numéro des textes de 23 auteurs, dont Max Alhau, Alain Duault, Daniel Martinez, le regretté Pierre Dhainaut, Isabelle Lévesque, Jean-Louis Bernard, Jean-Yves Cadoret, Alain Fabre-Catalan, Gabriel Zimmermann, Jean-Paul Bota, Jacques Merceron, Gérard Bocholier, Claude Albarède.

Une section Récits nous propose de la prose : Michel A. Chappuis, Mathieu Hilfiger, Patrick Aveline, Arthur Tima et Serge Dutoit.

Un consistant dossier d’Hommage à Thierry Metz est dû à Jacques Allemand, qui nous propose une analyse détaillée des Lettres à la Bien-aimée et autres poèmes (Poésie/Gallimard 2025) et à Michel Lamart, qui nous offre un splendide poème dédié à l’auteur de « la mathématique des pierres [qui] / pourrait faire poème / si l’on osait / habiter le Livre » (p. 214).

Une intrigante rubrique intitulée, blanc (a-sémantiquement) Rubrica, accueille des textes entre chien et loup : mi-journal, mi-réflexion, mi-prose, mi-critique littéraire… On se régale avec ces révélations de pensée et de ressenti que partagent avec les lecteurs Marie-Noëlle Agniau, Chantal Danjou, Gérard Le Gouic, Claude Haza, Jacques Merceron, et Daniel Martinez…

Enfin, plus classiquement, les Focus et les Bonnes feuilles nous présentent un large éventail de chroniques (approfondies) et de notes de lectures (juste un peu plus brèves), signées entre autres par Michel Diaz, Pierre Dhainaut, Jean-Louis Bernard, Eric Barbier, Bruno Sourdin, Jacqueline Saint-Jean, Michel Lamart, Claude Albarède.

 

Revue Alsacienne de Littérature, n° 145 (1er semestre 2026)

L’excellente revue dirigée par Martine Blanché, que nous avons présentée en avril-juin 2025, en recensant son n° 143, et dont nous avons commenté le n° 144 dans notre précédente édition, consacre le premier groupage de poésie du présent numéro au thème Mirages, en regroupant sous ce label poétique par excellence – qui évoque l’évanescence, comme le rappelle la rédaction – « des contributions (…) particulièrement prégnantes (qui) s’inscriront sûrement dans la durée » (Éditorial). Ainsi, nous remarquons des auteurs comme Alain Helissen, Alain Fabre-Catalan, Andrea Moorhead, Laurence Muller, Eva-Maria Berg (bilingue allemand/français), Ara Alexandre Shishmanian (bilingue roumain/français), Alix Lerman Enriquez, Denis Leypold, Martine Blanché, Françoise Urban-Menninger. Dans le second groupage, Voix multiples, nous découvrons ou redécouvrons Gabriel Zimmermann, Lydia Padellec, Albertine Benedetto, Marilyne Bdertoncini (avec des poèmes en version bilingue français-italien, traduits en italien par l’autrice), Victor Saudan, Daniel Martinez, Max Alhau, Claude Vancour, Jean-Paul Bota, Pierre Judide, Stéphane Casenobe…

La revue fait une part notable à la poésie régionale ; on peut lire, en allemand (et en alémanique), des auteurs comme Jutta v. Ochsenstein, Leonor Gnos, Franck Billmann, Markus Manfred Jung, Sylvie Reff, Yves Rudio, Raymond Kauffmann, Claudia Scherer. Deux dossiers sont particulièrement dédiés à l’histoire de la poésie alsacienne : « Littératuresque ! » Un voyage numérique et littéraire à travers le Grand Est, suivi de La poésie dialectale du mulhousien Eugène Fallot-Landsman, par Michaël Guggenbuhl, et À vélo avec Claude Vigée (et Émile Storck), par Jean-Paul Sorg.

L’ouverture au monde ne fait pas défaut. Vladimir Claude Fišera présente et traduit Olésya Mamtchitch, sous le titre : Poésie ukrainienne dans la guerre, et recense, sous le même titre, le recueil de Yaryna Tchornohou, C’est ainsi que nous demeurons libres (éd. Le Tripode, Paris 2025).

Des notes de lecture complètent opportunément ce riche numéro, d’une très grande qualité en tout premier lieu par les textes, ainsi que par la tenue graphique sobre et élégante, qui inclue quatre reproductions d’œuvres de l’artiste iranienne Elham Shiravi.

 

Florilège, n° 203 (juin 2026)

La revue trimestrielle Florilège est une doyenne parmi les publications périodiques dédiées à la poésie : elle a fêté l’année dernière un demi-siècle d’existence. Créée en 1974 par le poète et écrivain dijonnais Stephen Blanchard dans le cadre de l’Association Les Poètes de l’Amitié – Poètes sans Frontières qu’il a fondée et qu’il préside, elle persévère dans la voie d’une belle revue imprimée format A4 d’excellente tenue graphique.

La revue fait la part belle à la poésie, présente surtout sous forme de textes courts (un poète / un poème) disposés chacun, sur la page divisée en colonnes, en un encadrement (souvent graphiquement marqué) qui donne l’impression que chaque texte est une fenêtre… Même disposition d’ailleurs pour les chroniques et notes de lecture sur des recueils, romans et ouvrages, mais aussi sur des expositions d’art, sauf pour les articles plus consistants ou les essais, surtout s’ils s’accompagnent d’illustrations, prenant place au milieu du cahier typographique. Chapeau, l’artiste techno-rédacteur !

Parmi les 98 auteurs publiés dans ce numéro, je cite quelques coups de cœur : Dominique Bauer, Mohamed Mleiel, Daniel Emond, Patrice Szinétar, Marc Descamps, Sylvaine Roulleau, Jassem Gherram, Irène Clara, Denis Lefrançois, Pascal Lecordier, Mirela Leka Xhava, Sylvain Braud, Cécile Oumhani, Stella Vinitchi-Radulescu, Catherine Andrieu.

Dans les lectures-chroniques et réflexions, ont attiré mon attention celles de Patrice Szinétar  sur la poésie (l’éditorial : Pourquoi j’écris ?), de Yolaine Blanchard sur Catherine Andrieu, de Clémence Chevreau sur Anne Sylvestre (dont on nous donne à lire le poème Une sorcière comme les autres), de Kathleen Hyden-David sur Stephen Blanchard, de Marie-Christine Guidon sur le poète finlandais Pentti Holappa, ou enfin de Gérard Mottet sur l’éternel sujet Poésie & Philosophie (suite du numéro précédent).

Comme à chaque édition, la revue présente à la fin, en instantanés photographiques, l’agenda des événements associatifs.

Enfin, un mot pour l’illustration avec des magnifiques peintures de Vanessa Ashcroft.

 

Poésie/première, n° 95 (juin 2026)

L’édito de Martine Morillon-Carreau, la rédactrice en chef de la revue (le lire entièrement ici, avec l’autorisation de l’autrice), évoque à juste titre le « carrefour » de « Toutes directions / Autres directions (…) Toujours AUTRES » par lesquelles « tout près / tu arrives / tout de suite / au poème » (extrait de son recueil Poésie l’éclair l’éternité, Sac à mots 2012) – pour figurer cette idée que semble illustrer le thème choisi pour ce numéro, Sens et résonances, suivant laquelle la poésie se construit d’une diversité de sujets et de moyens d’expression, tout en portant en son cœur un sens unique insaisissable, dans lequel elle tend à se fondre, en se mettant elle-même en abîme. Des essais de grande sensibilité et profondeur de réflexion, convoquant dans la discussion l’histoire littéraire, l’esthétique, voire l’épistémologie, s’attachent à saisir le rapport du sens et de ses résonances, qui l’appellent ou le propagent : ainsi Dans les abîmes du sens, par Gérard Mottet, Peut-on commenter un poème ?, par François-Marie Mourad, Entre la parole et le silence, par Jean-Louis Bernard, La rencontre et l’écart, par Dominique Zinenberg, La littérature immobile, par Samuel Bidaud.

Le penchant de plus en plus marqué de la revue pour la réflexion sur la poésie, la poétique, et l’acte poétique comme expérience, se révèle aussi, dans ce numéro, par les dossiers quasi-monographiques dédiés à des auteurs pas ou trop peu connus mais emblématiques, tels : Anjela Duval, paysanne-poétesse bretonne (par Elisabeth Beyrie-Soulassol), le « poète maudit » Charles Cros (par Michel Herland), les poètes-météores polonais Srečko Kosovel et Krzysztof Kamil Baczyński, « poètes de l’inachevé » (par Hugo Bouras-Vignal), Philippe Biget (un portrait par Rémi Madar), Leo Zelada, un portrait-entretien (réalisé par Pascal Mora), et enfin, un magnifique portrait-hommage consacrée à Vénus Khoury-Gatha, par Alain Duault. À côté de cela on a des lectures-chroniques approfondies, telles celles de Dominique Zinenberg, au volume contenant des lettres de Joe Bousquet à Jean Cassou, Elisabeth Beyrie-Soulassol, au recueil La part du désert de Christine Durif-Bruckert et Cédric Laplace et à celui de Laurence Lépine intitulé Ravaudée, de Jacqueline Persini à Où est passé mon ange, de Mathias Lair, ou enfin de Murielle Compère-Demarcy sur « la veille poétique du monde dans l’œuvre de Colette Klein ». En affinité avec ces articles se rangent, à la fin de la revue, de nombreuses notes de lecture signées par les rédacteurs et collaborateurs de la revue.

La poésie est représentée par le groupage Poésie plurielle, qui réunit Béatrice Pailler, Claude Cailleau, Joël Mansa, Françoise Bertin, Pierre Cressant, Ahmed Laoufi, Gilles Pelosse, Aurore Hatem, Yves Renaud, Emma Alric, Frédéric Drost, Sylvain Fabre-Coursac, Laurent Grison, et Anne Lemaître. Le groupage est précédé, comme en une sorte de préambule, par un texte-journal poétique de Stéphane Duault, Ce qui reste.

Le numéro est par ailleurs illuminé des peintures d’Anne-Marielle Wilwerth, Francis Gonnet, Gérard Mottet, Anne Lemaître, Marie Alloy.

 

Poésie sur Seine, n° 118 (avril 2026)

Nous redécouvrons avec plaisir cette « revue d’actualité poétique » créée à l’automne 1991 à Saint-Cloud, dans le cadre de l’Association Poésie-sur-Seine, basée à Montigny-le-Bretonneux. Une récente rencontre-entretien avec Pascal Dupuy, rédacteur en chef de la revue et président de l’association, à TV 78 (canal 30) le 18 mars, qu’on peut suivre sur youtube, nous dévoile la démarche de cette revue de poésie indépendante, qui accompagne des auteurs confirmés et des jeunes talents, avec une ligne éditoriale exigeante et ouverte :

00:00 Introduction

00:30 Présentation de la revue

02:00 La poésie aujourd’hui

04:00 Les jeunes auteurs

06:00 Fonctionnement de la revue

08:00 Pourquoi une revue ?

10:00 Conclusion

Généreuse, et dans un désir de partage, la rédaction de Poésie sur Seine s’est intéressée à Francopolis – d’ailleurs la revue comporte régulièrement une chronique des revues poétiques (assurée, dans ce numéro, par Marie-Laure André-Bourguet, notamment pour les revues imprimées : Poésie/première, Florilège, L’Agora, Art et poésie, Art et poésie de Touraine, Les amis de Thalie, Libellé). Ainsi M. Jean-Marc Chanel, rédacteur de la revue, avait adressé à Francopolis des questions concernant notre structure, notre démarche et notre mode de fonctionnement, dont les réponses – que j’ai formulées dans un texte de présentation détaillée, mais qui expriment aussi, comme le précise bien mon interlocuteur, la vision et l’expérience « du comité de rédaction de Francopolis », ayant été validé en interne) figurent sous le titre La toile des poètes (pp. 106-112), illustrant surtout les avantages et particularités de notre model de revue numérique (nos lecteurs peuvent lire en ligne l’original de cette présentation en cliquant ici).

Avec une parution trois fois par an, et fidèle à sa structure axée sur un portrait central, Poésie sur Seine met en lumière dans ce numéro, en tant qu’invitée, une poétesse trop peu connue et que nous adorons, l’ayant accueillie autant que possible dans nos pages virtuelles : Guenane Cade. Nous la redécouvrons avec surprise et enchantement dans les pages de Poésie sur Seine, à travers une (trop) discrète auto-présentation bio-bibliographique (où elle nous fait la courtoisie de citer, entre ses publications – à commencer par celles accueillies dès 1969 par la réputée maison d’édition Rougerie – ses récentes contributions à Francopolis), et surtout, à travers un magnifique poème-fleuve dédié à sa chère Amazonie (elle a vécu 12 ans en Amérique du Sud où elle a découvert « la paix des cimetières des dictatures ») : Amazonie désaccordée (pp. 12-50), dont on ne résiste pas de citer un fragment du début, et un autre, de la fin :

Qui sait de quoi une forêt est faite ?

 

Si le sentier de la paix sent le sang

peu importe la géographie

refusons d’avaliser l’innommable.

 

Je dédie ces mots aux enragés rêveurs

à ceux qui aimeraient encore

appeler AMAZONIE la matrice de la Terre.

 

(…)

 

Amazone

dans mon corps tu coules

quand la houle d’équinoxe dévore les désaccords

quand la lune pose si seule

et pourtant si sûre d’elle

eu fecho os olhos para ver melhor

je ferme mes yeux pour mieux voir

pour entendre un mode qui jouerait plus juste

 

Un autre focus, sous le titre Poète à l’honneur, est mis sur Francine Caron, avec un poème inédit (pp. 73-74), ainsi que, à titre de Plaisir de la découverte, sur Angèle Vannier, la « poétesse de Brocéliande » (par Stéphane Audeval).

Plusieurs poètes sont présents au cours du numéro, dans des groupages soumis ou non à un thème ou sujet. Ainsi, sous le titre Amitié : Jean-Pierre Boulic, Michel Santune, Patrick Devaux, Jean-Marc Chanel, Alix Lerman-Enriquez, Nadine Pichat, Jeanne Champel-Grenier, Roger Cojean, Jacques Bonnefon, Chantal Godé-Victor, Gérard Mottet, Jean Claude Albert Coiffard. Ensuite, sous le titre Poèmes en liberté : Stella Rădulescu, Alain Clastres, Bernard Grasset, Laure Felloni, Marius Dault, Antoine de Matharel, Marie-Laure André-Bourguet, Reyan Menalji. Enfin, les tout jeunes, sous le titre Poètes en herbes : une poignée d’élèves de 6ème, au talent certain, de la classe de Mme Cazuguel, au Collège Dom Michel – Le Conquet (nous y sommes sensibles car nous aussi avons ouvert nos pages, plusieurs fois, à des jeunes poètes collégiens ou lycéens…).

L’histoire littéraire a elle aussi un mot à dire, avec la passionnante revue de l’histoire de la ballade, qu’esquisse Antoine de Matharel, sous le titre Balade en ballades, en marge de l’anthologie La ballade et le chant royal composée par Jacques Roubaud (Les belles lettres, 1998). D’autres textes, plutôt méditatifs ou à connotation personnelle, attirent le lecteur dans l’intervalle entre création et critique : la mystérieuse Chanson pour Léna. Par-delà l’écran, que publie en tête de la revue Pascal Dupuy, en tant qu’Éditorial, et le Point de vue de Jean-Louis Bernard, tâchant d’expliquer le double envoûtement qu’il ressent pour René Char et Saint-John Perse, que peu de choses semblent rapprocher : le « point commun, source primordiale de cette alchimie de braise et de givre qui touchera au cœur le lecteur assoiffé, et qu’on nommera exigence. Et cette exigence, une fois reconnue, permettra d’aller à l’essentiel de la poésie » (pp. 78-80).

La revue se clôt, sous le titre L’actualité poétique par les livres, sur des notes de lecture, signées par Antoine de Matharel et Jean-Pierre Boulic, à des recueils d’Alain Duault, Bernard Grasset, Monique W. Labidoire, Béatrice Marchal, Stephen Blanchard, Jeanne Champel-Grenier, Nicole Piquet-Legall, Marie-Christine Guidon, Francine Caron, Yvonne Le Meur-Rollet, Danièle Dossot.

 

Nouveau délits, n° 84 (avril 2026)

Rien de mieux pour présenter ce nouveau numéro que de donner la parole à la créatrice de cette petite revue plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur, la poétesse et artiste Cathy Garcia Canales :

Que dire, sinon faire pour une fois abstraction du monde et partager ma joie renouvelée de concevoir et fabriquer cette petite revue ? Je l'appréhende parfois car c'est du temps et du travail mais je n'en reviens toujours pas de ne pas avoir flanché, malgré toutes les péripéties, épreuves, obstacles de la vie qui ne manquent pas et voir Nouveaux Délits tenir encore à bout de bras, 23 ans après son éclosion.

Avoir toujours eu la certitude que cela pouvait s'arrêter n'importe quand aide sans doute à tenir sur la longueur et puis peut-être aussi est-ce justement pour moi un repère au milieu du chaos. Et puis, surtout, jamais je ne me lasse de vous lire, d'être emportée, touchée, émue, enthousiasmée par vos textes, votre envie d'écrire. Je ne sais que trop à quel point cela peut être thérapeutique, parfois c'est tout ce qu'il nous reste dans les grandes dévastations et plus les textes sont à vif, sincères, imbibés de l'encre de l'urgence, plus ça me bouleverse et jamais je ne me lasse d'être bouleversée. J'aime accueillir les mots du corps et aussi les mots de la terre, les mots du simple, les mots de ce qui est à la fois fragile et solide, les mots arpenteurs, les mots paysans. Les mots qui foulent le sol et se font fleurs, mousse, écorce, vers, oiseaux, vent.

C'est peut-être là aussi le secret de la longévité. Nouveaux Délits a toujours eu vocation d'être une sorte d'auberge cosmopolite, de refuge pour toutes sortes d'écritures qui peuvent ne pas plaire à tout le monde. Le trop lisse, le consensuel, le "pour faire joli", ne m'intéressent pas. Voici donc encore un numéro éclectique, riche, et j'espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à accueillir toutes ces plumes vives. Pour octobre, un numéro spécial encore est en préparation, puissant et très précieux pour moi, j'ai hâte !

La revue accueille dans ce numéro les poètes Jean-Luc Godard (Belgique), Romain La Sala, Milena Contini (Italie, poèmes en version bilingue), Emiga Darbois, Clémentine Pons, Jean-Marc Feldman, Laurent Dequet, Perrine le Querrec.

 

(D.S.)

 

JANVIER-MARS 2026

 

Recueils / Revues

 

Recueils & ouvrages

Signalés par Éric Chassefière / Dana Shishmanian

 

(E.C.)

 

Ida Jaroschek, Les pas lents du poème, Éditions Rafael de Surtis, 1e trimestre 2026 (159 pages, 19 €)

 

« J’attends

les pas lents du poème

les pas de qui arrive après la neige (…) »

 

J’attends, nos poings, nos cœurs engoncés dans la brume, que des lèvres peut-être se délient au vent. J’attends que le silence bouge mes lignes. J’attends sur la peau une greffe de la lumière.

Le poème avance lentement. Il glane des mots au paysage, perce l’azur d’un geste. A la croisée des formes, il plie, déplie le ciel, la mer. Il est la force qui va et se déploie. A l’attendre, on se perd un peu. On se peuple d’inconnu. On cherche sa scansion jusqu’à la limite de la stratosphère. On boit, à la résurgence du désir, sa chanson muette.

Vous qui arrivez après la neige, vous qui regardez la mer au loin, je vous attends. Passionnément. Obstinément. Comme j’attends le poème. Je vous attends pour garder le ciel, la beauté, boire la nuit à longs traits. Je vous attends pour que vous déposiez la nuit mordillée à mes pieds. Je vous attends pour que nous regardions, ensemble, dans la douceur des soirs, les beaux nuages blancs, leur cohorte lente, leur charroi de songes, de silence et dire : la beauté aura toujours besoin de nous.

 

Stephen Blanchard, Gris-Moire, France Libris, mars 2026 (48 pages, 12 €)

 

Stephen BLANCHARD est le président-fondateur depuis 1974 de l'Association « les poètes de l 'amitié - poètes sans frontières » (marque déposée) qui publie la revue de création littéraire et artistique FLORILÈGE. Fondateur des Rencontres Poétiques de Bourgogne en 1990, il crée en 2001 le Prix de l'Édition de la Ville de Dijon. Membre de plusieurs jurys littéraires dont le Prix Marie-Noël à Santenay et le Prix Yolaine et Stephen Blanchard à Dijon, il participe activement à la vie culturelle de sa région, notamment dans le cadre du « Printemps des poètes » et du Festival « à livres ou vers  ». Ce 28éme ouvrage préfacé par Eric CHASSEFIÈRE témoigne d'une véritable passion pour l 'écriture. En 2020, l'Académie Claudine de Tencin attribua à Yolaine et Stephen Blanchard, le Prix International des Mécènes de la Poésie. L'auteur a reçu le 12 mai 2021 par le Ministère de la Culture, la médaille de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres et le 13 novembre 2025, la médaille d'honneur du bénévolat associatif pour 52 années au service de la poésie.

 

 

Paul Sanda, Ailleurs, sur Andromède : Gérard Manset, La Rumeur Libre Éditions, mars 2026 (165 pages, 17 €)

 

Tous les vrais poètes voyagent en solitaire. Le profane croit leur baluchon lourd d'effets de voyage alors qu'il révèle des névés au goût pistache, des extraits lyophilisés du langage des pâquerettes, une outre de baisers épiques, l'eau enflammée d'un lac. Et des chansons inouïes-bliables de Gérard Manset narrées à façon par Paul Sanda, cavalier à la monture thaumaturgique nous emmenant au galop d'un facteur cheval devenu pur-sang dans l'ailleurs Andromédique d'un aède retiré depuis belle lurette du charivari ambiant.

Qu'on se le dise, qu'on se le lise, qu'on se le chante, Manset et Sanda cultivent avec quelques autres une fraternité non arrangée par ces catéchismes officiels dont l'athanor dévoyé ne distille plus qu'une parole frelatée pour tracer la vie en ligne jaune à ne pas dépasser.

Jean Azarel

 

Jean Azarel, Spiritualité, pop, rock et autres résonances, La Rumeur Libre Éditions, mars 2026 (350 pages, 19 €)

 

Après avoir lu ce livre, vous n'entendrez plus jamais de la même façon Riders on the storm ou Sympathy for the Devil. Ni chacune des chansons de Janis Joplin, Leonard Cohen, Édith Piaf, les Beatles, Daniel Darc.. choisies avec bien d'autres par l'auteur pour leurs résonances spirituelles. Ni chacun des morceaux de Pharoah Sanders, Olafur Arnalds, Carlos Santana, Nusrat Fateh Ali Khan, parmi un florilège de musiciens célèbres ou méconnus. Œuvre de partage, d'écoute, sorte de bible des merveilles sonores inclassable où fragments intimes et historiques composent un voyage inédit en quarante-huit escales, Spirituallté, pop, rock et autres résonances serpente entre poésie, journalisme, souvenirs et méditation. Cet ouvrage unique nous rappelle que la musique est un deuxième souffle du cœur.

 

Catherine Bruneau, Illuminations de printemps, Éditions Sémaphore, Collection Cahier nomade, Décembre 2025 (117 pages, 16 €).

 

Dans ce recueil composé comme un journal de bord, écrit en poésie, l’auteure alterne l’expression de ses sentiments, pensées, ressentis au gré des jours, avec les rencontres et paysages qui l’ont marquée. Elle est inspirée par l’inscription de sa vie dans une totalité qu’elle veut exprimer sans contrainte, aussi précisément que possible. L’écriture est classique, mais secondaire dans la recherche d’une expression authentique et profonde qui laisse la place à des réflexions philosophiques.

 

Chaque poème peut être lu comme une histoire autonome, écrite à partir d’un événement ou d’un ressenti particulier, qui s’élargit dans le dernier vers en proposant une échappée à caractère plus universel. On peut ressentir comme ces échappées sont nécessaires à l’auteure pour défier le temps qui lui est donné de vivre, dans son individualité et son caractère éphémère. Pierres, plantes, animaux, humains sont conviés dans l’exaltation recherchée sans relâche et qui précipite en poèmes dans une écriture que l’on sent libre et spontanée, passant de l’angoisse à l’exaltation ou inversement.

 

oh ce silence qui ne se donne

qu’avec la solitude

ce silence sans fond

caressant, terriblement hypnotique

 

les arbres dansent

au fond de la fenêtre

joliment balancés

par le vent

 

mais sans le moindre murmure

aucune voix, aucun cri

lancé depuis le ciel

le jardin semble muet

 

feuilles et branches

prises dans le même silence

que leurs ombres mouvantes

pas le moindre son

 

mais tout qui est singulièrement vivant

éclatant dans la lumière du soir

ce vert si intense

cette magnificence

 

Claire Légat, Promenoir des déracinés, peintures de Jo François, Autoédition (Empain Solutions Graphiques – Belgium), 2025.

 

Claire Légat nous offre à nouveau un recueil de textes éblouissants où la Poésie se hausse au niveau de la Philosophie pour s'interroger sur le sens du monde et le rôle, le rêve, que peut y jouer le Poète.

De là, ce promenoir à arpenter en solitaire et dans fa filiation des silences, pour échapper aux haies de cris et tenter de résoudre tant l'écheveau des énigmes que l'équation du temps.

La Poésie, par la grâce de l'intuition, délaisse alors la raison pour se faire Voyance. Elle nous tend des images fulgurantes, des bribes de vérités impérieuses, évidentes, qui cognent au cœur et que l'on voudrait saisir, retenir pour délester la Vie de l'angoisse.

Elle nous donne à regarder l'harmonie qui perce les paradoxes, qui défie le hasard.

Car si tout s'écoule, bouge, se transforme sans discontinuer, permanence de l'impermanence, à charge du Poète, à travers les secrets de la Nature, à travers l'éclosion du Verbe, de procéder aux incessants recommencements, de frémir, vibrer quand la beauté taraude, et transmettre ces richesses que sont les réponses sans questions engendrant ferveur, voire extase.

Ainsi, pour qui sait voir et écouter, les blessures et les larmes deviennent le socle des métamorphoses, peuvent triompher de l'absurde ... émergence de l'absolu.

Œuvre de Nature et d'Art, la conque nous apparait, paupière d'île où palpite le désir, comme une invitation au voyage. Nous sommes tous des déracinés appelés à survivre, à surmourir, à ne jamais noyer l'espoir.

Chacun est offrande, chacune a sa neige, nous affirme Claire Légat.

J'ai été particulièrement sensible à la musique de ses mots épousant le flamboiement des images et l'acuité de la pensée. Je me sens moi aussi gitane au pied musical, me disant que, si la symphonie des étoiles est sans voix dans notre ciel (en dépit de leur signature sonore), c'est qu'elles sont

peut-être sidérées par le génie de la vie et le rythme réconciliateur de l'univers.

 

Laurence Amaury

 

***

 

Les éditions Encres Vives ont publié au 1er trimestre 2026 :

 

Catherine Andrieu, Le Vivant recommence (n° 559)

 

Dans ces pages, la parole n’est pas seulement écrite : elle respire avec le Vivant.

Les arbres y dressent leurs racines vers le ciel, les chats veillent au seuil des songes, les oiseaux tombent et renaissent dans la lumière, la mer recommence toujours — vaste battement qui relie l’ombre à l’aube.

Chaque poème est un éclat, mais tous forment un seul souffle, une seule pulsation. La douleur et la perte y deviennent passage, la poussière et la cendre se changent en clarté, et le silence lui-même s’ouvre comme une porte vers l’infini.

Lire ce recueil, c’est entrer dans un chant continu où la lumière circule par fractures et recommencements. Un chant qui ne promet pas de refuge, mais une traversée — jusqu’à ce lieu qui ne finit pas, où l’éphémère rejoint l’éternité.

 

Catherine Andrieu vit depuis 2021 à Royan où elle poursuit son œuvre singulière tout en s'adonnant au piano. Ses chats ont une place privilégiée dans son cœur et dans son œuvre. Elle a reçu Le Prix International Poésie de l'Académie Claudine de Tencin 2024 pour son livre « Amour, & jeux d’ombre », Éditions Rafael de Surtis, 2022, ainsi que le troisième prix du concours Euro-poésie UNICEF 2025, dans la catégorie poème libre, thème libre.

 

 

Georges Cathalo, La Petite Toscane (n° 560)

 

l’autre pays notre pays

celui des mille collines

se situe entre deux montagnes

il montre l’exemple à suivre

ses frontières sont poreuses

et sa géographie lente et paresseuse

convient à ceux qui passent

toujours entre deux départs

deux arrivées deux ouvertures

deux descentes et deux ascensions

 

Georges Cathalo est né en 1947 à Albi et vit dans la campagne lauragaise, non loin de Toulouse. Il a publié une trentaine de livres et de plaquettes de poésie. Depuis plus de 30 ans, il fait paraître des notes de lecture et des articles dans de nombreuses revues, écran ou papier.

 

 

Christian Sapin, Resistere (n° 561)

 

Il nous faut regarder demain avec « des oiseaux de plomb » au-dessus de nos têtes ? Comment retrouver la patience du poète et Résister contre soi-même ?

 

La mémoire fraiche des quotidiens

n’a pas le temps de rouiller

Une page de Wikipédia est déjà prête

             en haut du panier

Ne pas accepter

cette nouvelle demeure des images

où les anges sont absents

Resistere    Risistir      résister 

Jusqu’à quand

 

 

Philippe Minot, Écrans et écrins du rien (n° 562)

 

Chassant ce trop ancien Gütenberg, si lent, si exigeant, dans son encombrant meuble vernissé, le profond tube cathodique a orné le salon petit bourgeois, déversant de son entonnoir d’abondance la vérité.

Trônant moniteur, il a ordonné le monde, diffusant l’ordre.

Désormais plat, et d’une platitude aguicheuse, l’écran, dans son ubiquité, accapare l’œil, le détourne, le retourne.

Bientôt, dématérialisé, dans sa transparence, sa neuve divinité se projettera sur un sensible « augmenté »… ou invisibilisé.

Pour l’heure, les lucarnes des grands immeubles noirs dans la nuit scintillent et vacillent dans ses bleutés éclairs, où valsent nos frayeurs, tandis qu’à nos marches aveuglées, notre regard s’éblouit de ces brillances qui fascinent. Les paillettes captivent et masquent la rue, le présent et l’autre.

Que devient le monde ? Et que sommes-nous, quand le strass efface l’essence, quand l’écran fait écran ?

 

     trous de nuit encrée

     quelques bleus écrans clignant

     à tant de creux yeux

 

 

Onze poètes du Cantal, Poètes sous le volcan (n° 563)

 

Vous allez lire dans ce recueil des poèmes de 11 poètes du Cantal : Thérèse Canet, Félix Daval, Odile Fix, Nicolas Gey, Bastien Haakman, Christine Laflorencie da Fonseca, Eric Laflorencie da Fonseca, Fabienne Macé-Malaurie, Luc Macé-Malaurie (décédé dans l’été 2025), François Mary, Emmanuel Savy. 

                    

Je les ai choisis et rassemblés en raison de la pluralité de leurs voix, de la diversité de leurs motivations, de la tonalité de leurs écritures. Certains écrivent aussi bien en occitan qu’en français, la plupart en français.

Jean-Louis Clarac

 

 

Dominique Bouscasse, Mali, l’écorce du monde (collection Lieu, n° 427)

 

Dominique Bouscasse est partie à la découverte d’un pays de l’Afrique subsaharienne en 2010, le Mali, la dernière année où l’on pouvait apprécier le calme et la sérénité du Pays dogon et du fleuve Niger. Elle a essayé de saisir ce qu’avait d’étrange et de fascinant pour une Européenne une civilisation tellement différente de la sienne.

 

Dominique Bouscasse est née à La Rochelle où elle vit.

Elle a publié Aphasie (éditions Clapas), Un temps pour recoudre (éditions Océanes), Amers Lumineux et L’éternité comme une empreinte (éditions Encres Vives).

 

 

Patrick Picornot, Patria Tolosana (collection Lieu, n° 428)

 

Lors d’un séjour printanier chez ma fille, j’ai eu tout le loisir de flâner par les rues et ruelles du Toulouse médiéval. J’ai vécu l’émotion de la découverte de ses prestigieux monuments historiques, à commencer par la célèbre basilique Saint-Sernin et son impressionnant Christ en majesté du déambulatoire. Ces promenades et visites m’ont inspiré cette suite de poèmes, où se chevauchent temps présents et temps passés. Les vieux murs de la Ville Rose m’ont murmuré sa fracassante Histoire et, par bribes répétées, les traces ineffaçables des Cathares, ce dramatique épisode qui tant éveilla l’intérêt du poète, conteur et éditeur occitan Michel Cosem.

 

Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD), avec les félicitations du Jury, Patrick Picornot pratiqua divers métiers : professeur d’arts plastiques, graphiste, décorateur, sculpteur-concepteur chez Cristal Lalique, puis bibliothécaire. Avec la poète Aumane Placide, il cofonda en 2009 l’association Parole & Poésie puis, l’année suivante, la revue littéraire Rose des temps, ainsi que trois collections éditoriales. Il publia bon nombre d’articles, recueils, essais, monographies, anthologies. Signalons trois livres d’importance formant une trilogie : À Paris dans les pas des poètes. Quatorze promenades (Flammes Vives, 2016) ; Poètes du peuple à Paris au fil du vingtième siècle (L’Harmattan-Aga, 2023) ; Paris poésie Rive-gauche entre les douzième et vingt-et-unième siècles (L’Harmattan-Aga, 2024).

 

 

Joseph Ramonéda, Hellénades II (collection Lieu, n° 429)

 

À travers mots et images, plonger sans arrière-pensée ni préjugé dans la magie qui nous lie au Passé et faire fi des lieux et des tourments qui agitent nos existences, tel est l’ambition de ce recueil.

Les différents textes proposés sont une ode à la vie, à la fraternité et à l’altérité.

 

Après avoir écrit « Hellénade » (Encres Vives) à la suite d’un voyage en Grèce en 2022, Joseph Ramonéda nous livre « Hellénade II », né d’un voyage dans le Péloponnèse au printemps 2024.

 

 

Jacques Guigou, Vauvert, vent des vents (collection Lieu, n° 430)

 

Né en 1941, dans une famille de Vauvert, Jacques Guigou est l'auteur de plusieurs ouvrages critiques sur les bouleversements sociopolitiques de la société contemporaine. Créateur des éditions de l'impliqué, il est aussi cofondateur de revue, Temps critiques. Depuis sa prime jeunesse, il compose de la poésie, publiée à partir des années 1970. En 2020, sous le titre Poésie complète 1980-2020, sont rassemblés vingt de ses recueils. Certains sont traduits en occitan, en chinois, en anglais. Avec Sans mal littoral  (2022), puis Là, inaltérant (2024), il poursuit son cheminement en Petite Camargue pour y guetter la possible venue d'une parole primordiale. Les nombreux récitals et lectures auxquels il participe sont pour lui moments de partage du chant du monde.

 

 

Auteurs Lieu 2025, Anthologie Lieu 2025 (collection Lieu, n° 431)

 

Patrick DEVAUX, Le silence des oyats (Lieu n° 410)

Joseph RAMONÉDA, Cités du Monde (Lieu n°411)

Luc MONNIN, Ma citadelle (Lieu n° 412)

Augustin MALLER, Carnet de voyage (Lieu n° 413)

Dominique CAUX, Chemin d’écume (Lieu n°414)

Chantal COULIOU, La dernière photo (Lieu n° 415)

Jean-Claude CRESPY, En Corse (Lieu n° 416)

Marion LAFAGE, Incise à Venise (Lieu n° 417)

Sabine ALICIC, À rebours, l’été (Lieu n° 418)

Patrick PICORNOT, Beau juin sur les rives de Touques (Lieu n° 419)

Joseph RAMONÉDA, Tropiques magiques (Lieu n°420)

Bernadette GUERRE, Archipels de verre (Lieu n° 421)

Patrick AVELINE, TER pour Vilnius (Lieu n° 422)

Daniel MALBRANQUE, Poèmes à la cire fondue (Lieu n° 423)

Joël MANSA, À contre-ciel (Lieu n° 424)

Vincent MOTARD-AVARGUES, Airs solides (Lieu n° 425)

Danielle HELME, Maguelone (Lieu n° 426)

 

 

Jean-Claude Boyard, Carré d’arbres (collection Encres Blanches, n° 860)

 

Jean-Claude BOYARD, retraité des assurances, ne compose vraiment de la poésie que depuis deux ans. Des nouvelles constituaient  auparavant l’essentiel de son écriture.

Sa poésie, simple mais imagée se lie à la nature, au paysage, à la musicalité que ceux-ci produisent par le biais de l’émotion.

« Carré d’arbre » est le premier recueil qui bénéficie de la participation d’un éditeur.

Illustrateur, il accompagne ses poèmes de ses dessins.

Il est membre de la Maison de la Poésie de Montpellier, des Voix de l’Extrême Poésie et Culture et participe régulièrement aux lectures de la Société des Poètes Français.

 

 

Claude Haza, Devant le mur (collection Encres Blanches, n° 861)

 

Le mur fictif que tu élèves devant tes yeux

change l’horizon. Comme si la ligne était réelle

et non imaginaire, comme si le ciel et la terre

étaient séparés par un rempart devant lequel tu

es en méditation continuellement. Tout est

toujours à double sens rien ne morcelle quoi

que ce soit même le mur qui contraint, qui sépare

et parfois qui rassemble. Relève la tête, tu verras

qu’il n’y a plus de frontière si tu n’en veux pas.

 

 

Claude Haza est l’auteur d’une quinzaine de recueils de poésie. Les deux derniers aux éditions Encres Vives, et chez Propos2éditions, Souffles communicants, avec le soutien de CNL.   

 

 

Bérangère Blasquez, Le paysage débordera (collection Encres Blanches, n° 862)

 

ce que tu as emprisonné est comme l'évanescence du trop plein

 

quand tu sens l'immensité du monde

venir avaler

ta fragilité

 

Le paysage débordera sous la main du peintre qui ajoute et efface, recouvre, cherche indéfiniment. Sa matière est la carte, cachée, parfois dépassant des pigments et des pâtes visant à la redessiner. Un monde se cherche sous « l'errance de la main » quand les mots sont ténus.

Le débordement du paysage est ainsi un spectacle en devenir pour celle qui écrit et habite le monde en tâtonnant, à la recherche d'une lumière qui apaise. Le poème, petit territoire de l'expérience intérieure, fait alors se rejoindre les matières, celles du visible et du non-dit.

Une approche de l'autre, peut-être, dans le dialogue entamé par la création.

 

 

Charles Akopian, Rhizomes (collection Encres Blanches, n° 863)

 

Terre, terre !... Et si le cri lancé de la vigie avait pour écho ceux qui, remontant du plus profond de l'être, enrobent nos racines d'un nouvel horizon... Pour le poème, le vertical est toujours ce qui bout, ce qui sourd, ce qui ensemence pour rejoindre le terrestre d'une vie. Humains sont ces rhizomes pour le cœur, pour le corps et dans la tête. Rhizomes, sont nos ancêtres, nos parents, nos amours et notre envie de vivre. 

 

Après une vie consacrée à l'action humanitaire en France et au-delà des frontières au sein d'une association de solidarité à Nîmes, Charles Akopian, né à Marseille en 1948 de parents rescapés du génocide arménien de 1915, savoure aujourd'hui, depuis 2013, une retraite active à Brest auprès de celle qui « l'ensoleille ». Sa passion de la poésie, révélée à son adolescence, nourrie par une rencontre avec les poètes de la célèbre revue « Les Cahiers du Sud » à Marseille, et encouragée par Aragon en 1970, trouve alors un temps et un espace apaisés et gourmands pour enfin laisser libre cours à l'écriture.

 

 

Auteurs Encres Blanches 2025, Anthologie Encres Blanches 2025, vol. 1 (collection Encres Blanches, n° 864)

 

Jacquy GIL, Au plus près du jour (EB n° 833)

Philippe MINOT, Terreaux (EB n° 834)

Gérard LE GOFF, Aires de Vent (EB n°835)

Catherine ANDRIEU, Un bain d’étoiles (EB n° 836)

Gérard LEYZIEUX, Évasive valise (EB n° 837)

Hervé LAPILLONNE, L’attente en filigrane (EB n° 838)

Fabrice FARRE, Carte de Séjour (EB n° 839)

Dominique MARBEAU, E URGENTE (EB n° 840)

Pierre ECH-ARDOUR, Bourgeonna l’aube en le miroir du temps (EB n° 841)

Jean-Louis KERANGUÉVEN, Deux ou trois cercles concentriques (EB n° 842)

Svante SVAHNSTRÖM, En cet instant je marche encore (EB n° 843)

Pierre YERLÈS, Zestes d’espérance (EB n° 844)

Claude HAZA, Le temps comme il vient (EB n°  845)

Estelle CANTALA, Aux Vents d’Hiver suivi de Au Tour d’un Thé (EB n° 846)

 

 

Auteurs Encres Blanches 2025, Anthologie Encres Blanches 2025, vol. 2 (collection Encres Blanches, n° 865)

 

Camille FOUQUET, Les temps Suspendus, Haïkus du quotidien (EB n° 847)

Gérard LE GOFF, Précis de déconvenue (EB n° 848)

Luc MONNIN, … et la Cerdagne vint (EB n° 849)

Marie-Noëlle AGNIAU, Faire souche (EB n° 850)

Jamila CORNALI, Lumières (EB n° 851)

Michèle CAPOLUNGO, Il n’est de chemin que sillage (EB n° 852)

Alain CASAURANG, Brodant les jours des nuits ( EB n° 853)

Luc MARSAL, La Nuit s’ouvre d’un trait (EB n° 854)

Dominique MARBEAU, Frisbee ou le retour des petits malheurs (EB n° 855)

Sandrine DAVIN, Le silence des oubliées (EB n° 856)

Michèle GOËMON, L’être en ciel (EB n° 857)

Denis LEMAÎTRE, Enfant devant la fée (EB n° 858)

Sébastien ROBERT-DEREY, L’envers du jour (EB n° 859)

 

(Éric Chassefière)

***

(D.S.)

 

Murielle Compère-Demarcy, Antonin Artaud, Moi le Mômo le Mu. Éditions Douro, mars 2026 (92 p., 17 €)

Antonin Artaud, Moi le Mômo le Mu de Murielle Compère-Demarcy fait suite à Alchimiste du soleil pulvérisé, Poème pour Antonin Artaud paru dans la même collection chez Z4 Éditions en janvier 2019. Le temps a passé, et l'écriture de Murielle Compère-Demarcy s'est de même transformée. Toujours aussi fusionnelle avec son mentor l'auteure nous lance un poème syncopé dans la peau d'Antonin. On y retrouvera tous les ingrédients de l'écriture-cri d'Artaud. Symbiose singulière : Artaud ressuscité par les mots de Murielle devenue Antonin, ou plus exactement devenue Murielle-Antonin Artaud. Croisant Van Gogh le suicidé et portant son regard critique actuel sur l'autour de l'œuvre.

 

Martine Rouhart, Conversation d’un jour de pluie. Éditions du Cygne, mars 2026 (60 p., 12 €)

Toute conversation est rencontre…

Garde la fenêtre ouverte
pour entendre
chaque goutte
marteler l’instant
suspendre le temps

Le ciel et moi
il arrive souvent
que nos âmes
se répondent

 

Emmanuel Berland, 7ème pièce du château. Éditions Unicité, mars 2026 (64 p., 13 €)

Entrer dans cette poésie, c’est franchir le seuil d’un Royaume ancien, où chaque poème ouvre la porte d’une demeure secrète. Dans l’immense château du langage, nous sommes conviés à visiter la septième pièce, non la dernière, mais celle qui précède un basculement. Une pièce obscure et silencieuse, d’où montent les voix disparues, les souffles oubliés, les mots venus de l’autre rive. Ici, la mort n’est pas mur ou fin, mais source et seuil. Elle est le lieu matriciel d’où surgit la parole, foyer souterrain où brûle encore le feu originel.

Les mots y circulent comme des esprits veilleurs. Ils ne dictent rien, ils veillent. Ils ne possèdent rien, ils traversent. Ils ne promettent pas de clarté, mais engagent à une fidélité, à la voix enfouie, au chant non dit, à la flamme ténue qui continue de brûler dans les ruines. Chaque poème est une stèle mouvante, un fragment d’éternité égaré dans le temps, un éclat arraché à l’oubli. Les figures qui l’habitent, âmes, anges, veilleurs, cueilleurs de sources, n’annoncent pas le salut : elles accompagnent l’invisible, la lenteur, l’attente.

Cette septième pièce est celle où la parole s’est retirée pour mieux rayonner. Elle ne conquiert pas, elle veille ; elle ne crie pas, elle brûle. Le poète ne s’y dresse pas en prophète, mais en pèlerin d’une mémoire plus vaste que la sienne, en dépositaire d’un souffle ancien qui traverse les époques. La poésie ici est survivance, non style : elle est ce qui reste quand tout a été consumé.

 

Jean-Louis Massot, A peine al dente. Cactus inébranlable éditions, mars 2026.

Aphorismes, aves des illustrations de l'artiste Jean-François Octave et un quatrième de couverture du poète Karel Logist :

À chaque page de ce livre facétieux, Massot célèbre une journée mondiale qu’il décide et baptise : Journée mondiale des fonds de tiroir, Journée mondiale de la tomate pelée, Journée mondiale des pieds dans le plat, Journée mondiale des points de suspension etc. Et d’illustrer son livre d’heures par des réflexions drôles à faire se fendre d’un sourire le calendrier le plus orthodoxe.

Quelques bribes de cet almanach de tous les dangers ?

« Un jour les zèbres seront rayés de la carte. »
« Qui oserait poser un lapin à Lewis Carroll ? »
« Si on te suit sur Instagram, surtout ne te retourne pas. »

 

Saghi Farahmandpour, Débris du destin (Iran). Éditions du Cygne, février 2026 (170 p., 18 €)

Quelque part dans l’apesanteur entre la vie et la mort
En cherchant le vieux mirage des regrets entrelacés
Je porte sur mes épaules
Jusqu’à la fin du matin
Le pesant fardeau de l’illusion d’un temps de paix.

Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (note de lecture de Dana Shishmanian).

 

Dominique Aguessy, Passerelles de mémoire en oubli. Éditions du Cygne, février 2026 (60 p., 12 €)

Dans un contexte d’affrontements où nul ne voudrait céder sa place à l’autre, la poésie suggère d’autres modes de communication. L’apprentissage de la douceur, la force des gestes du quotidien, le courage de décisions prises à temps, construisent et restaurent inlassablement des liens menacés de disparition. Tant d’autres démarches fragiles abritent lucidité et ouverture à d’autres univers. La poésie les nomme nécessaires Passerelles entre mémoire et oubli.


Luminitza C. Tigirlas, Nible : l’oubli en deuil de son écorce
. Éditions du Cygne, février 2026 (100 p., 15 €)

L’oubli et son impossible plongent tour à tour dans le temps pour ressortir avec les mots du souffle qui décante les corps subtils de lumière et des ténèbres, reperdus et retrouvés, au plus près de l’instant, de l’intime, de la sensualité, des mystères et de leur exil. Le dire s’enroule avec une mémoire spoliée de ses lieux, mémoire trouée, censurée, mémoire s’éveillant en sursauts. Le jour où la poète fut saisie par la proximité d’un lieu libre avec le ciel, les corolles d’amandiers se défaisaient de leurs songes. À La Roche-sur-le-Buis, les Drômois appellent La Nible une roche et son lien dans l’infini, ce titre émane d’elle comme un don de liberté.

Composition en trois mouvements : Sur l’autre versant de la soif ; Densifiant les sillons de paroles ; La présence d’un pain invisible.

 

Cathy Carcia Canales, Le monde émoi. À tire d’ailes, février 2026 (56 p., 12 €).

« Monde qui me désespère, m'exaspère, me révolte, me sidère, qui provoque en moi toutes sortes d'émotions qui me vrillent la tête et le ventre et monde qui pourtant n'arrive pas à éteindre le souffle, l'étincelle d'espoir que je cultive tout au fond, là où le cœur marque le tempo d'une humanité commune que je le veuille ou non. Un espoir comme une graine, minuscule. Un espoir comme un rire, fou, car ce monde réveille le clown en moi, celui qui ânonne "tout est foutu, tout est à faire, tout est foutu, tout est à faire" et qui pirouette pour échapper au mode écrasement. Monde absurde, monde risible, monde terrible, monde ridicule. Monde qui malmène, bouscule, renverse, se déverse en flots continus, ballotte, étouffe, asphyxie, ramène sur la rive et recommence encore. Monde qui peut aussi être un creuset fascinant. L'écriture de cet ensemble s'inscrivant dans le temps tandis que le tempo du monde nous force de plus en plus à l'Immédiateté, où un événement, une dite info, une image, une mode, une opinion, une technologie en remplace une autre à une vitesse exponentielle suffocante, ce temps long me permet de prendre la mesure de ce qui change, ce qui ne change pas, ce qui semble nouveau mais ne l'est pas, de déceler les mécanismes en deçà du vortex. » (commander auprès de l’autrice : mc.gc@sfr.fr)

 

Mehdi Akhavan Salès, Cri. L’Harmattan, février 2026 (92 p., 11 €)

Mehdi Akhavan Salès est une des figures marquantes de la poésie contemporaine iranienne. Engagé dans un dialogue critique avec le passé, il déploie dans ses poèmes un allégorisme, un symbolisme, un mélange minutieux des styles classiques et une familiarité avec la nouvelle poésie (vers libre).

Marqué par les ténèbres qui règnent dans les années 50, et surtout le coup d’État de 1953, il dépeint dans ses premiers recueils Orgue puis Hiver la mélancolie morose de toute une génération intellectuelle qui se sent trahie, à travers une vision hivernale de la société iranienne. Bien que la question socio-politique domine, la sincérité de ses vers se ressent grâce au pouvoir implicite de l’image, quand les poètes de son époque privilégiaient les plaidoyers en faveur d’une idéologie politique.

Dix-neuf de ses poèmes ont été choisis pour être traduits ici, dont quelques-uns (comme Cri, Hiver, Ghassedak, qui furent chantés par une figure emblématique de la musique classique iranienne, Mohammad Reza Shadjarian) évoquent une nouvelle poésie épique et légendaire.

 

Pierre Taminiaux, Résister au présent. L’Harmattan, février 2026 (154 p., 16 €)

Cet ouvrage souligne et dénonce d’abord les multiples formes de domination et de contrôle, mais aussi les pièges et les illusions du monde contemporain. Il propose ensuite un ensemble de résistances politiques, culturelles et existentielles à ceux-ci, selon une perspective radicale du langage poétique, à la fois lyrique, critique et ludique, dont l’origine se trouve dans le mouvement surréaliste.

Il s’agit, dans cette optique, d’établir des rapports étroits entre la poésie et la vie de la cité, au nom d’un devoir d’engagement et d’une lutte nécessaire et urgente contre les nombreux autoritarismes de notre époque, qui s’attaquent à nos libertés les plus profondes et les plus durement acquises.

Pierre Taminiaux est professeur de Littérature française et francophone du XXe siècle. Spécialiste des rapports littérature/art, en particulier dans les avant-gardes. Auteur de nombreux ouvrages et articles critiques. Également écrivain et artiste plasticien.

 

COSSIC. Vénère féroce. L’Harmattan, février 2026 (108 p., 13 €)

Piteux !
Miséreux esclaves de l’Épée et du Capital
Serfs acéphales des flasques accumulations,
Tartuffes obscènes de la frime et du crime,
Assez !

L’écriture de COSSIC, comme il aime se nommer, est substantielle. Elle advient par le miracle de la source qui trouve les mots de pierre, d’eau et de foudre pour poser le monde. Elle s’entrechoque avec les contrées qu’il a sillonnées et l’intégrité de son être. C’est à la fois celle du passant émerveillé et du témoin des racines. Mais que l’on ne s’y trompe pas, la révolte du poète contre ce qui altère la célébration du voyage est acerbe. Le cheminement réciproque de soi au souffle est aussi un pari pour préserver la flamme. COSSIC, au cœur de son poème indivisible, initiatique. (Michel Cossir)

 

Polyphonie pour la Palestine. 102 poètes. Anthologie dirigée par : Michel Cassir, Metin Cengiz, Emmanuelle Malhappe. L’Harmattan, janvier 2026 (212 p., 20 €)

Quand tu bombardes ma maison
Épargne juste un doigt à ma mère
Un seul doigt
Est tout ce dont elle a besoin pour
Ranger mes jouets dispersés
Avec les morceaux de mes jambes et chercher
Frénétiquement les poumons de son mari…

Voir la présentation et des extraits de cette anthologie à notre rubrique Lectures-chroniques (par François Minod).

 

Michelle Accaoui Hourani, Rassembler ses visages. L’harmattan, janvier 2026 (108 p., 13 €)

Ce recueil explore l’écriture comme une expérience totale. Les poèmes en font surgir les multiples figures — danse, fièvre, silence, voyage, prière… — et s’y déploient en calligrammes et en éclats visuels, donnant au mot une chair, une respiration. 

Michelle Accaoui Hourani est une écrivaine libanaise qui cultive une passion pour la langue française et en particulier pour la poésie. Elle a obtenu sa maîtrise en littérature française et un doctorat portant sur l’œuvre de Vénus Khoury Ghata.

 

Pascal Holtzer, Le silence est dehors. L’Harmattan, janvier 2026 (76 p., 11 €)

Le silence est dehors est un recueil de poèmes d’inspiration libre. Qu’il s’agisse des vertus du silence ou de l’art de la maïeutique de l’huître, de n’être pas que soi ou d’un acouphène en si bémol, du crayonné des rides ou du moment ou dehors est dedans, d’un son clandestin ou de la magie décolorée des mots, ces textes cherchent peut-être à transporter le quotidien dans un rythme — dans un swing — grisant.

 

François Riffard, Rares papiers de poésie. L’Harmattan, janvier 2026 (160 p., 29 €)

« En ce temps de dématérialisation généralisée, il est rare et le deviendra de plus en plus de lire des manuscrits depuis leur support d’origine. C’est ici la proposition du poète et peintre dont la consultation des archives-papiers, révèle tant la richesse des vis-à-vis textes poétiques/résonances plastiques, que la sobriété originale des surfaces à travers lesquelles les deux expressions se manifestent. L’ensemble témoigne ainsi de toute une poïétique de l’œuvre dont le lectorat peut s’emparer pour mieux entrer en communion avec la démarche du poète-artiste et l’état d’âme qui habite chaque instant de la création esthétique. » — Philippe Tancelin

 

Philippe Legrand, Au bout des mots. L’Harmattan, janvier 2026 (114 p., 13 €)

Il y a, au bout des mots, quelque chose – comme une lueur persistante, pour dire qu’ils ne sont pas vains. D’un ombilic qui se dérobe, naissent des paroles, fragiles, hésitantes, qui interrogent la langue. Rien n’est sûr de leur signification. Mais s’ils parviennent, ne fût-ce qu’un instant, à faire surgir une présence – à relier celui qui écrit à celui qui lit – alors peut-être le poème a-t-il trouvé sa vérité.

 

Antoine Choplin, Androsace. Éditions La fosse aux ours, janvier 2026 (77 p., 15 €)

Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (note de lecture de Dominique Zinenberg).

 

Alain Vuillemin, Contre les dictatures à travers la littérature européenne. Éditions Rafael de Surtis, janvier 2026 (227 p., 25 €)

Notre soutien à Boualem Sansal, et de nombreux autres articles publiés entre 2018 et 2022.

 

Jacques Merceron, Chants de l’éternel éphémère enté de Frères des Vents. Éditions Rafael de Surtis, janvier 2026 (70 p., 19 €)

Ce livre de beaux poèmes évoque des voyages à travers le monde mais aussi à travers des cultures voire du temps, et l’esprit du poète reste parfois accroché ou suspendu comme en apesanteur auprès de monuments du passé ou à l’intérieur de quelque espace d’émerveillement… qu’il soit exotique ou familier. Ainsi ce petit instantané qu’on aimerait citer ici :

L’air vif

Oui si vif

 

Le roc à nu

Les ruines du schiste

La langue des éboulis

Le torrent chevrotant ses eaux

Au perchoir des cascades

 

Les arbres au coude à coude

La grande nappe verte

Où le couvert du monde

Est mis

Parmi les gaves dégavant

Dans le tremblé du monde

 

Alors s’oublier dans le simple chant

Du regard

Hautes-Pyrénées, en Pays Toy

 

Paul Sanda, La note sanglante de Peter Warlock. Éditions Rafael de Surtis, janvier 2026 (91 p., 19 €). Préface et illustration Catherine Andrieu

« Paul Sanda ne raconte pas l’amour : il le traverse. Il en explore la part vulnérable, la part ardente, la part nue. Son écriture ne commente rien : elle agit. Elle déplace la respiration. Elle engage le lecteur dans un mouvement intérieur qui ne lui permettra plus de revenir à son point de départ. »

Voir aussi la note de lecture dans ce même numéro (par Dana Shishmanian).

 

Catherine Andrieu, Ils ont dressé des anges sur des tessons. Éditions Douro, janvier 2026 (71 p., 15 €).

Ce que le corps traverse. Trois livres pour rester vivante. Éditions Rafael de Surtis - poésie, 1er trimestre 2026 (160 p., 19 €)

Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (notes de lecture de Dana Shishmanian).

 

Joakim Afoutni, Crises ivoiriennes. Avec des illustrations de Jacques Cauda. Préface de Murielle Compère-Demarcy. Éditions Tarmac, janvier 2026 (76 p., 15 €)

Voir dans ce même numéro à la rubrique Lectures-chroniques (notes de lecture de Dana Shishmanian).

 

François Cheng, Le pourquoi de la rose. Éditions Petite pierre, janvier 2026 (64 p., 15 €)

« "La rose est sans pourquoi ", c'est la fameuse affirmation du poète mystique Silesius devant laquelle tout le monde s'incline. J'ai la témérité de regimber, tout en sachant que pour me justifier, la tâche ne serait pas aisée. En voici une tentative. (l’auteur)

Une merveilleuse évocation poétique qui invite à circonvenir les sensations délicates et parfumées, le toucher soyeux de la fleur parfaite, son mythe et son mystère. Le texte poétique, inédit, est illustré par Nicolas Alquin, sculpteur et dessinateur. Une belle surprise que ce merveilleux petit livre cartonné à spirale de couleur rouge, comme l'amour ! "Mais la reine, somptueuse et souveraine, c'est la rose." » (Marie-Joseph, libraire à La Procure de Paris)

 

Francis Gonnet, Une beauté tremblante. Éditions du Cygne, janvier 2026 (54 p., 12 €)

Ce recueil, composé de courts poèmes en quintils, propose au lecteur quelques haltes, loin des bruits et des ombres, pour l’amener dans ces espaces où la lumière révèle la beauté de l’instant, et l’élan de la vie. À nous d’en créer le chemin.

Voir dans ce même numéro, à la rubrique Lectures-chronique (la note de lecture de Rémi Madar).

 

Colette Nys-Mazure, avec des aquarelles de Marie Pierre Delorme Bourg : Souffle fragile. L’Atelier des Noyers, janvier 2026 (12 €)

Ce livret des dimensions d’une paume est une merveille. Stylo livrant son écriture manuscrite et pinceau se répondent pour nous faire partager ce « souffle fragile » qu’est l’âme : D'une image à l'autre/ D'un collage au suivant/ Court le souffle fragile. C’est la source vivante de la poésie et des arts, qu’il nous faut défendre et cultiver avant tout : « le presque rien qui en dit tout », « L’attrait de l’invisible / sous le visible palpitant » où réside notre humanité véritable. S’en sourcer, c’est vaincre l’enfer de ce monde :

En ce monde

Nous marchons sur le toit de l’enfer

Et nous regardons les fleurs.

 

Stephen Blanchard, Gris-moire. Préface d'Eric Chassefière. Éditions France Libris, janvier 2026 (45 p.)

Voir pour ce recueil la belle et pertinente chronique de Catherine Andrieu dans la revue en ligne RAL,M (15 février 2026), dont nous citons :

« La nature, dans Gris-Moire, n’est jamais idéalisée. Elle est le premier lieu où se lit la dégradation du lien humain. Les forêts palpitent, les rivières s’assèchent, les feuillages inquiètent. « Je m’inquiète des feuillages / dont la mélodie / me rappelle / le frissonnement / des âmes » (p. 39). Cette phrase est capitale : elle dit que la crise n’est pas écologique ou spirituelle, mais indissolublement les deux.

Le poète ne se pose pas en sauveur. Il se tient « attenti(f) au chant du rêve » (p. 6), dans une posture presque monacale, sachant que ce chant est fragile, menacé par « la foule absurde et sourde » (p. 6). Et pourtant, quelque chose subsiste : « Dans les célestes sillons / de la vie / le verbe garde encore / ses trésors » (p. 6). »

 

Florent Ploquin, Pour que la poésie demeure. Les Éditions du Menhir, décembre 2025 (92 p., 11,90 €)

Nous lisons sur le site de l’éditeur : « (…) Ce recueil aborde successivement le Poitou, la Normandie et la Bretagne, trois régions aux ambiances très changeantes. C'est ce trésor de lumière et de contrastes qui est abordé ici : le lecteur est convié à une floraison d'atmosphères, qui varient au jour le jour et qui font partie de notre patrimoine national et de notre identité culturelle. »

L’auteur se définit « comme étant un poète des atmosphères. Je propose donc des textes impressionnistes : je suis un peintre des mots. Mon père était d’ailleurs artiste peintre ; et il me disait que la lumière locale varie beaucoup d’une région à l’autre. Ce recueil est donc une forme de poésie régionaliste. » (lettre de l’auteur).

En effet le poète évoque ses rêveries et ses réflexions au milieu de paysages divers et conclue par une pensée humaniste qui ravive la mission sauveuse de la Poésie au milieu d’un monde de plus en plus dévasté :

Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui

Et comment bonifier ces trésors

Dont nos âmes se souviennent ?

En sollicitant la paix et la bienveillance,

Pour que la poésie demeure.  (p. 87)

 

Maggy De Coster, Cuba. Au nom de ma mère. Éditions du Cygne (collection Traces), novembre 2025 (60 p., 12 €). Préface de Jean-François BLAVIN. Postface de Pedro VIANNA

La poétesse, écrivaine, traductrice, parolière et journaliste Maggy De Coster (sociétaire de la SDGL) nous livre ici un récit poignant et lucide, celui d’une difficile remontée aux sources. Histoire familiale et histoire d’une région du monde s’intriquent et (peut-être) s’expliquent l’une par l’autre ou l’une dans l’autre, tout en conservant des pans d’ombre que supplée finalement notre écriture. Car nous sommes aussi, sinon surtout, ce que nous écrivons.

« En se faisant porte-parole de sa maman, l’autrice nous avertit ainsi de la gravité de son propos et nous invite à un "pèlerinage" en quête de ses origines. Dès l’entame de sa confession elle avoue "écrire sur Cuba, c’est suturer un manque qui a commencé à germer en moi depuis ma petite enfance". C’est ce chant secret qui affleure sous une forêt de développements rigoureusement étayés d’ordre historique, économique, politique qui suscitent notre vif intérêt ; des violences aussi et tant de conflits qui affectèrent les Caraïbes. (…)

C’est donc un objet curieux qu’offre ce récit, un cadre général et documenté sur l’île au sein duquel alternent des moments de plénitude ou de douleur, comme si la partie documentaire, intéressante en soi, était une forme de pudeur dans cet ouvrage qu’on lira sous le charme de l’écriture fluide de Maggy de Coster. »

(Jean-François Blavin)

« Avec Cuba : au nom de ma mère, Maggy De Coster comble la lacune et nous offre un récit de voyage très personnel à la fois géographique, politique, sociologique et généalogique, reconstituant une chaîne matrilinéaire au long de quatre générations, reliant Haïti, Cuba et la France, grâce aux portraits de Louise, de Christine, de Caridad et de Maggy elle-même. (…)

Les parcours de vie que retrace ici Maggy de Coster dans son ouvrage se déploient dans un cadre géographique et politique précis que l’auteure rappelle dans ses grandes lignes, en décrivant brièvement villes et lieux reliés à l’histoire familiale qu’elle visite à Cuba, de même que ceux qu’elle a parcourus en Haïti pendant sa jeunesse, tout en rappelant les principaux événements politiques qui ont marqué les deux îles de la Caraïbe où se déroule la saga familiale. »

(Pedro Vianna)

 

Eva-Maria Berg, À l’orée du noir, avec des dessins de Yannick Bonvin Rey. L’Atelier des Noyers, octobre 2025 (15 €)

Cet élégant livre de poèmes en version bilingue français-allemand (traduction par Eva-Maria Berg et Olivier Delbard) représente la deuxième collaboration de la poétesse allemande francophone avec la plasticienne suisse Yannick Bonvin Rey. Faire monde commun et explorer les correspondances entre poésie et art graphique est une façon de rendre notre chemin ici-bas plus humain.

quand le jour ne

cesse de tenir

la nuit à distance

les humains apprennent

à dormir

les yeux ouverts et

obscurcissent les espaces

pour être capables de voir

 

Jacques Marcel Favre, L’hirondelle sans bagages. Jets d’encre, avril 2025 (88 p., 16,95 €)

Dans L’Hirondelle sans bagage, Jacques Marcel Favre offre du rêve comme de la réflexion profonde entre photographies et vers poétiques. Le poète aime réveiller, mieux révéler la beauté des choses que l’on dit simples. À travers des clichés devenus complices de sa poésie, il n’entend point mais ressent ces choses qu’il transmet à travers ses émotions. Persuadé que la poésie se doit aujourd’hui d’être évolutive, il explore les courants actuels, en abordant avec ses mots de douloureux sujets comme le sida infantile, lâche et méconnu. (présentation sur le site de l’éditeur).

Le recueil, illustré des belles photographies prises par l’auteur lui-même, est aussi une célébration de l’amour et de l’espérance pour une humanité renouvelée.

 

(Dana Shishmanian)

 

***

Revues

 

La Vie (19 mars) dédie un dossier à la Poésie à l’occasion du Printemps des poètes

Réalisé par Stéphanie Combe, un dossier consistant sur 20 pages grand format (pp. 28-49) est dédié à la Poésie dans le quotidien chrétien La Vie, au n° 4203 du 19 mars, tâchant de rendre compte d’un état de fait et de répondre aux questions fondamentales qu’il pose : « Par la puissance de son langage, la poésie exprime l’émotion, l’imperceptible, jusqu’à se faire miroir de l’âme en quête d’absolu. Comment cet art dont s’emparent croyants ou farouches athées parvient-il à évoquer une part d’indicible ? » Sont tour à tour convoqués les témoignages de poètes, écrivains, critiques ou historiens littéraires, journalistes, philosophes, des plus célèbres au moins connus, tels que : Paul Valadier, Claire Hendrickx, Jean-Pierre Denis, Christian Bobin, Emmanuel Godo, François Cassingena-Trévedy, Colette Nys-Mazure, Gilles Baudry, Patrice de La Tour du Pin, Claude Vigée, Saint-John Perse, Paul Celan, Robert-Lucien Geeraert, Rainer Maria Rilke, Guillevic, Jean-Pierre Denis, Philippe Le Guillou (sur Rimbaud vu comme « un piéton mystique (…) épris d’absolu »), ou enfin Paul Claudel. Quelques textes emblématiques sont inclus dans de petites fenêtres typographiques, notamment d’Alfred de Vigny, Francis Jammes, Max Iacob, et Marie Noël. Un extrait des témoignages cités dans l’article (p. 47) : « La foi dans l’éternité n’empêche pas la peur de la mort. Le poète, même chrétien, connaît des angoisses face à lui-même, face à son obscurité intérieure. La poésie dit aussi le mal de vivre. Elle ne doit pas planer au-dessus des nuages, mais s’ancrer dans l’humus de la vie, en accepter la complexité, la densité. Saint-John Perse, agnostique, panthéiste, a su exprimer à la fois l’honneur et l’horreur de vivre. Toute poésie réclame cette dualité. » (Colette Nys-Mazure, que je remercie pour m’avoir communiqué cette belle parution).

 

Poésie/première n° 94 (mars 2026)

Ce numéro sorti en mars 2026, sous le signe du Kaléidoscope, nous propose dans le sens de son sous-titre un rassemblement de « poèmes : fragments de lumière, éclats de miroirs, mélanges indéfinis de couleurs et de nuances, instrument pour voir l’image toujours nouvelle de la beauté qui en résulte », tout en alignant d’autre part, toujours dans une logique catoptrique (sinon anamorphique…), des réflexions critiques, des dialogues avec les auteurs, des « professions de foi » (voir l’édito signé par Gérard Mottet).

Alors justement à ce titre, il faut citer avant tout, Notre profession de foi :

« Si nous devions exprimer nos choix essentiels dans ce vaste domaine qu'est la poésie d'aujourd'hui et de toujours, nous dirions :

1-   que nous aimons par-dessus tout, la poésie liée à la condition humaine, à ses incertitudes, ses fatalités, ses interrogations, ses rêves, ses joies, ses déchirures.

2-   que la poésie, pour nous, est inséparable d'une réflexion continue sur la poésie. Que chanter ne nous dispense pas de méditer en silence ou à voix haute. Tous les grands poètes, comme tous les grands artistes, n'ont cessé de méditer sur leur art, sur la beauté, sur la vie.

3-   que la poésie que nous recherchons est celle qui demeure sous tension, qui rapproche les contraires jusqu'en ce point de fusion d'où jaillissent des étincelles. Paroles poétiques en lesquelles résonnent aussi bien le monde que le moi, aussi bien l'image que la pensée, aussi bien la fureur que le silence.

4-   qu'enfin, nous tenant à distance de tout parti-pris, nous aimons la poésie dans toute son inventive diversité, poésie plurielle qui tantôt penche d'un côté, tantôt de l'autre, qui oscille :

* entre l'émotion et l'intuition ;

* entre la forme et le sens ;

* entre le vécu et l'imaginaire. »    (p. 5).

En mode essai et thème avec variations, toujours comme en préambule au « kaléidoscope » poétique, il faut citer trois beaux textes sur « l’éphémère et l’inachevé », « l’inachevé, l’éphémère et le temps », et « écrire avec la lumière qui passe », par Alain Duault, Jean-Louis Bernard, et Hugo Bouras-Vignal respectivement. La voix critique se fait entendre avec Martine Morillon-Carreau et Gérard Mottet, à propos de On ne dort pas même quand on dort d’Alain Duault (Gallimard 2025), avec Alain Duault, en commentant le dernier livre de Monique W. Labidoire (L’Horloge du monde), et enfin avec Hugo Bouras-Vignal, pour un Hommage à Marc Alyn. Bien entendu, il y a comme d’accoutumé de nombreuses notes de lecture à la fin du numéro.

Parmi les voix diverses – en référence à la rubrique « Poésie plurielle » – qui honorent ce numéro de référence, sinon carrément « esquisse d’une anthologie » comme le veut la rédaction, je cite quelques-unes dont les poèmes m’ont le plus touchée : Marie Alloy, Jacques Ancet, Marc-Henri Arfeux, Marilyne Bertoncini, Claudine Bohi, Brigitte Broc, Susanne Derève, Martine Morillon-Carreau, Jacqueline Persini, Dominique Zinenberg.

Et pour mieux rendre compte de l’intention des rédacteurs en composant ce numéro « kaléidoscopique », je donne la parole à Dominique :

« Désormais le numéro de printemps de Poésie/Première aura chaque année son « Kaléidoscope ». 2026 l’inaugure par une mini-anthologie consacrée à L’éphémère et L’inachevé. Une tentative avait d’ailleurs eu lieu l’an dernier intitulée « Hors-Série » interrogeant L’absence et La vulnérabilité, mais ce recueil de poèmes ne semblait pas encore à ce moment-là devoir s’inscrire dans une démarche durable. C’est chose faite avec le choix du titre « Kaléidoscope » et l’insertion d’une telle anthologie dans la suite des numéros. C’est pourquoi c’est aussi le numéro 94.

Par déontologie, l’équipe qui compose Poésie/Première n’est pas autorisée à présenter des textes poétiques, mais pour remédier à la frustration des membres qui écrivent des poèmes, il avait été décidé de leur permettre de le faire dans un numéro spécial « Hors-Série ». Pour étoffer cette anthologie annuelle, nous invitons d’une part des poètes abonnés et sélectionnés dans les rubriques « Poésie plurielle » et « Moments poétiques » et d’autre part quelques invités extérieurs comme Estelle Fenzy ou Pierre Dhaianut (qui a participé au numéro 94, son poème « Par tous les temps » (p.43) étant paru peu de temps avant son décès). Une quarantaine de poètes se trouvent donc réunis sur une centaine de pages dépliant leur univers poétique, leur sensibilité. À cette fenêtre poétique s’ajoutent les notes de lecture de recueils récents recensés par les membres de l’équipe.

Pour le Kaléidoscope 2027, numéro 98, les poètes sonderont L’errance et L’incertitude. Vaste contrée à explorer avec ou sans boussole ! » (Dominique Zinenberg)

 

Florilège n° 2020 (mars 2026)

La demi-centenaire revue de poésie Florilège, créée en 1974 par le poète et écrivain dijonnais Stephen Blanchard dans le cadre de l’Association Les Poètes de l’Amitié – Poètes sans Frontières qu’il a fondée et qu’il préside, nous offre sans ce numéro printanier un énorme bouquet de 97 poètes (et autant de poèmes voire un peu plus en fait…), dont je cite quelques coups de cœur : Philippe Baudry, Sylvain Braud, Dominique Bauer, Anne Dealbert, Marc Descamps, Clair Ether, Marie-Christine Guidon, Kathleen Hyden-David, Denis Lefrançois, Mohamed Mleiel, Lionel Morello, Marie-José Pascal, Ara Alexandre Shishmanian, Éric Simon, Stella Vinitchi-Radulescu.

Parmi les présentations et chroniques qui occupent pour la plupart la seconde moitié du numéro j’aimerais citer : sur l’Anthologie Encres vives (par Stephen Blanchard, p. 20), sur John Forbes Nash. Le chant des équations blessées de Catherine Andrieu (par Yolaine Blanchard, p. 31), sur Effleuressences de Stephen Blanchard (par Catherine Andrieu, p. 32), sur Peindre de son corps et Dans la nuit du jour d’Éric Chassefière (par Lucile Blanchard, p. 41, et Paule Milamant, p. 46, respectivement), sur les revues Les Amis de Thalie et Poésie sur Seine (par Julius Nicoladec et Kathleen Hyden-David respectivement, p. 43), sur Oniriques d’Ara Alexandre Shishmanian (par Anne-Marie Bence, p. 48)

Dans les textes de réflexion sur la poésie et le poète, de tenue plus générale, se remarquent Le poète doit-il vendre son âme à tout prix ? par Stephen Blanchard (p. 38), l’essai Le poète et le bonheur, de Kathleen Hyden-David (p. 40), et Poésie et philosophie, par Gérard Mottet (p. 45). Enfin, quelques auteurs à découvrir : le poète toulousain Auguste Abadie (1831-1914), auquel Frédéric-Gaël Theuriau dédie un dossier Hommage (pp. 35-37), et, au-delà des frontières, la poétesse coréenne Kim Hyesoon. Une poésie expérimentale et engagée, par Marie-Christine Guidon (p. 49).

Le numéro est magnifiquement illustré par des reproductions d’œuvres de Marie Jean-Jacques, artiste peintre.

 

Diérèse n° 95 (Hiver 2026)

La consistante revue de Daniel Martinez nous propose cette fois, pour la poésie du monde, quatre « domaines » : portugais (avec José Manuel de Vasconcelos, en la traduction de Jean-Paul Bota), danois (avec Pia Tafdrup, présentée et traduite par Jean-Yves Cadoret), allemand (Peter Härtling, présenté et traduit par Joël Vincent, édition bilingue) et espagnol (avec des poèmes de Teresa Soto en édition bilingue, traduits par Max Alhau et Teresa Soto).

Les deux cahiers de poésie nous régalent avec entre autres Richard Rognet, Pierre Dhainaut, Béatrice Pailler, Évelyne Morin, Daniel Martinez, Yves Bergeret, Danièle Corre, Gérard Le Gouic. La rubrique Récits nous rappelle que la prose n’est pas délaissée : on y retrouve par exemple Mathias Lair, Patrick Aveline, Jacques Merckx, Éric Barbier. Sous les rubriques Focus et Bonnes feuilles on lit avec intérêt des textes critiques et des notes de lecture. Un appuyé Hommage est dédié par Marie-Claude San Juan au poète Jean-Claude Xuereb, disparu en 2025 : « S’il fallait définir cet univers d’écriture et de pensée en quelques mots il faudrait retenir ceci : dissidence, lucidité, ineffable, ardeur, mémoire, transmission. » (p. 267)

Enfin, sous Rubrica, quelques essais nous nourrissent de réflexions de fond : ainsi Marie-Noëlle Agniau avec quatre textes remarquables qui nous relient aux racines grecques tout en faisant ressortir une continuité de crise (notamment dans La difficile acceptation de ce que nous sommes ou la domestication du monde), de mélancolie (Un bain de peluches ou… « la cinquième saison ») ou de poétique plus ou moins métaphysique (Pierre Bergounioux ou le pays grec). D’autre part, Béatrice Marchal refait la Route de la Chaume, pour accompagner de ses lectures péripatétiques les poèmes de Richard Rognet. Enfin, Daniel Martinez nous partage ses réflexions Miscellanées où les notations, impressions, découvertes et souvenirs font vivre tout un univers personnel fait de livres, d’art, de musique, et d’histoire.

 

Nouveaux délits n° 83 (Janvier 2026)

Entre les couvertures cousues main de ce nouveau numéro – le 84e car il y a eu un numéro zéro, nous rappelle Cathy Garcia Canalès – foisonne une faune littéraire d’une diversité inouïe, tout en décalé, en biais, en contre-temps, en creux et en saillants, loin du politiquement correct aligné sur la pensée unique. Quelques plumes à découvrir : Patrick Gillard (qui convoque ses peurs pour les confondre), Flore Nélin (maniant avec brio les paradoxes : « Telle est la noirceur,/ d’un blanc éclatant/ parfois »), Samuel Martin-Boche (avec ses Litanies de la forêt), Frédérique Duriez (qui touche de près à la géographie interne des corps et de leurs silences), Marianne Duriez (qui prend la voix de « la mauvaise fille » pour s’exclamer : « Que les nuits brûlantes sont douces à Madrid »), Jeanne A. Debats (avec son « dictionnaire des mots imbitables »), ou enfin l’Allemande Therese Steigleder (avec ses courtes nouvelles traduites par Simon Degrave). Mon coup de cœur : Marie-Anne Bruch dont je cite un peu au hasard :

Cette année l’automne

fait tout tomber, vraie débandade

des âmes, des nerfs et des épaules

tandis que les pluies sur les plantes

tournent à l’aigre et que je me paume.

Les dahlias continuent bêtement

à faire leur grande roue

d’héliothérapie, mi-derviche mi-paon,

cette arrière-saison va nous arracher,

une à une, toutes nos vanités,

ce sera plus simple

qu’un hiver sans neige.   

 

Et encore :

La nuit est une encre subtile

et la douleur change de couleur.

 

Jeter un œil au fond de soi

et n’y trouver qu’un peu d’air frais,

pour l’apaisement ou l’effroi ?

 

Le cœur, mieux que nul autre,

sait rabattre les cartes.

 

On ne peut quitter les Nouveaux délits sans rappeler l’engagement jusqu’au-boutiste de Cathy qui trouve la force de croire en la Poésie face à la « vitesse exponentielle - bien que prévisible - de la falsification générale » : « Alors oui ! Toujours et encore nouveau délit, ta poésie, nouveau délit, l'humour décapant, deux inadéquations qui horrifient tout penchant à la mise au pas, alléluia ! (…) Je nous souhaite (convenu mais sincère) pour cette année numérotée 2026, beaucoup de rire et de poésie sous toutes leurs innombrables formes, deux ailes essentielles pour prendre de la hauteur et aller se poser sur les arbres beaux, causer avec les petits dinosaures nommés oiseaux, trier les bonnes étoiles des satellites. C'est un fait, les mauvaises farces remplissent toujours tes mêmes poches mais les faux clowns, sinistres pitres du pire, ne feront jamais rire les enfants. Il faut avoir un bon gros grain de poésie pour être drôle et de solides brins d'humour pour mettre pattes au sol. Alors résolument pour 2026, bien s'équiper : deux ailes joliment bricolées maison pour la respiration et un grand balai avec de grands seaux de rires francs et frais, prêts à tout éclabousser pour rincer le monde. »

 

Planet Paris-Montmartre N° 19-20 (déc. 2025-janv. 2026)

Nous découvrons avec plaisir ce magasine littéraire et culturel élégant, édité sur du papier glacé en d’excellentes conditions graphiques, dont le numéro double à cheval sur 2025/2026 comporte un dossier consistant dédié au Surréalisme à Montmartre : passionnant sujet ! Concocté par Jean-Marc Tarrit, Joëlle Adani, et Grégoire Lacroix, on y retrouve, depuis les origines avec Tristan Tzara et Hans Arp, les Victor Brauner, André Breton, Dali, Mirò, Max Ernst, Prévert, puis les moins connus du public TOYEN (alias Maria Tcherminova) et Jindrich Styrsky, couple d’artistes venus de Tchécoslovaquie, ou Jacqueline Lamba et Isabelle Waldberg. Nous apprenons qu’il y a tout un programme des Rencontres du surréalisme à l’Auditorium de la Halle Saint-Pierre (2, rue Ronsard), qui se déroule tous les samedis après-midi pendent plusieurs mois (de 10 janvier au 13 juin : voir p. 12) ; deux des séances (le 14 février, et – à venir – le 13 juin) sont dédiées à Antonin Artaud. Suivent deux poèmes en mode (méta-)surréaliste de Grégoire Lacroix (pp. 13-14), des micro-monographies : sur le peintre d’origine hongroise Endre Rozsda (1913-1999), par Françoise Py (pp. 16(17), sur Madeleine Deffieux Giraud, par Michel Bénard (p. 18), sur Courbet, par Myriam Bulut-Ghika (pp. 30-31), Max Iacob, par Patrick Delaunay (pp. 40-41). Et que dire des nombreuses découvertes musicales, architecturales, artisanales, gastronomiques : autant d’arts dont Montmartre regorge. Un poème attachant (Les morts ne sont pas morts, d’Aimé Nouma, p. 49) et une nouvelle (Monsieur Maurice, par Jean-Pierre Ziegler) closent la partie création.

S’ouvre ensuite une section dédiée aux chroniques de livres et de spectacles. Là on trouve en premier une page dédiée par Michel Bénard à une lecture analytique et percutante du volume Oniriques d’Ara Alexandre Shishmanian. C’est dans le ton : les Oniriques portent sur la couverture un tableau de Victor Brauner... Et le critique de remarquer : « Le chemin est incertain, alambiqué, où les plus intrigantes rencontres sont toujours possibles. Avec cette écriture nous oscillons entre une réalité indéniable et une note surréelle sous-jacente qui donne tout son piment à l’écriture. (…) Voyage étrange, surprenant et pourtant poétique où l’auteur lui-même s’étonne, ce qui n’est pas sans nous rappeler un certain "Je, est un autre" cher à Arthur Rimbaud. » (p. 53)

 

(Dana Shishmanian)

 

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Créé le 1er mars 2002