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Poèmes extraits du livre
(Deuxième partie :
Ch. II – LES JUSTES,
et Ch. III - PALESTINE DES VISAGES, PAS QUE DES NOMBRES.
Nota bene : les notices de présentation
sont données à partir du livre, en résumé)

Hommage à Yonatan Shapira
Ancien capitaine et
pilote d’hélicoptère de sauvetage de l’armée de l’air israélienne,
Yonatan Shapira rédige et signe à Londres, en 2003, avec vingt-six autres
pilotes, la Lettre des pilotes. Ils y annoncent leur refus de participer à
des opérations militaires dans les territoires occupés.
Installé aujourd’hui
en Norvège, il poursuit son engagement par des conférences, des
manifestations et des interventions dans les médias.
En mars 2025, il appelle de nouveau à l’arrêt des attaques contre Gaza et
à la poursuite des responsables de crimes commis contre les civils
palestiniens.
Juste au sol
Il pilotait
pour l’armée du ciel
Mais refusa
d’obéir pour voler l’essentiel
Si la paix a
un prix
Ce n’est pas
en supprimant la vie
Des civils
Gazaouis en sursis
Il rendit ses
galons sans regret
L’uniforme et
son prestige passé
Ne faisaient
plus briller les yeux
Du militaire
engagé
Lui qui a
appris « Plus jamais ça »
A pris
position et dit non avec courage
Il se souvint
de l’horreur du passé
Et rappela aux
journalistes étonnés :
« C’est ainsi que l’Holocauste a frappé
les miens
Et c’est ainsi que GAZA meurt entre nos mains »
Laissant le
lecteur pantois…
Israélien,
militaire de surcroît,
Qui défend les
habitants de GAZA
Avec, en
filigrane, le miroir de la shoah
(p. 342)
Hommage à Rachel Corrie
Rachel Corrie était
une militante américaine, chrétienne protestante, élevée dans une famille
presbytérienne de l'État de Washington. Profondément attachée aux valeurs
de justice sociale, aux droits humains et à la non-violence, elle rejoint
l'International Solidarity Movement
(ISM), un mouvement international de solidarité agissant aux côtés des Palestiniens
par des moyens pacifiques. Le 16 mars 2003, à Rafah, Rachel Corrie
s'interposa entre un bulldozer militaire israélien et une maison
palestinienne. Elle croyait que sa nationalité américaine suffirait à la
protéger. Il n'en fut rien. Elle fut écrasée par le bulldozer. Elle avait
23 ans.
La fille aux yeux
de mer
Au début, ils
ont vu une étrangère,
Une fille
blonde aux yeux de mer.
Puis ils ont
reconnu un regard frère,
Reflet d'une
même lumière.
Tu aurais pu vivre,
tranquille, loin des bombes,
Sur les bancs
verts de ton université,
Mais tu as vu
les murs, les cris, les tombes,
Et ton cœur
n’a pas su s’en détourner.
À Rafah, tu
t’es dressée, frêle rempart
Face au
monstre d’acier, face à l’oubli.
Tu as crié
pour des enfants sans regard,
Tu as tendu
ton âme comme un abri.
Une pelle
mécanique a brisé ton action
Mais ton
geste, lui, traverse les saisons.
Car il y a des
morts dont on retient le nom
Tu es la sœur
de ceux qu’on abandonne,
Tu es la voix
que l’occupation bâillonne
Et dans chaque
pierre qui refuse la peur,
Rachel, tu
vis, tu veilles, tu demeures.
(p. 359)
Hommage à Aaron Bushnell
Le 25 février 2024,
vêtu de son uniforme militaire, Aaron Bushnell s'est filmé en marchant
vers l'ambassade d'Israël à Washington. Face aux caméras et en direct sur
Internet, il a déclaré : « Je ne serai plus complice d'un génocide. »
Pourquoi ce geste ? Il
s'est immolé par le feu pour protester contre le soutien de son pays à Israël
dans la guerre à Gaza et dénoncer ce qu'il considérait comme un génocide
des Palestiniens. Son geste a profondément bouleversé et choqué des
millions de personnes à travers le monde. Son dernier message fut
simple : « Je refuse d'être complice. »
L’indiffimartyr
Il marche seul, les
pas lourds d’un poids que personne ne voit
Sa voix s’élève,
mais elle se brise contre les murs d’un silence complice
Il lutte, il tombe,
il saigne,
Mais autour de lui,
le monde tourne, insensible, à ses préoccupations
Il n’a ni statues
ni chants à sa mémoire,
Pas de foules pour
crier son nom,
Juste l’écho sourd
de ses convictions.
Et l’indifférence
des médias qui lui font objection
Aaron Bushnell, son
nom résonne dans mon esprit
Un juste vient de
tomber, sa lumière nous a éclairés
Un homme dont le
combat et son sacrifice bien qu’ignorés
Portent le poids de
vérités trop lourdes pour être effacées
Il est l’indiffimartyr
Celui qui porte la vérité
comme un fardeau,
Qui s’est immolé
dans le feu des injustices
Et dont les cendres
s’envolent dans un vent de déni.
Dans un geste
désespéré, il s’est consumé
Un cri de lumière
pour briser l’obscurité
Les médias l’ont volontairement censuré
Mais on n’éteint
pas la voix de la vérité
Un juste s’est
sacrifié, une résistance est née
Aaron Bushnell est
l’indiffimartyr
Celui dont le feu
éclaire notre route
Celui qu’ils n’ont
pas voulu voir, le paria des médias
Symbole pour la paix
à Gaza
Aaron nous ne
t’oublierons pas.
Indiffimartyr = mot
fusion que j’ai inventé entre indifférence (des médias)
et martyr.
(p. 362)
Hommage à Fadi Hassan Abu Salah
Marié et père de cinq
enfants, Fadi vivait avec un lourd handicap. En 2008, lors d’un
bombardement israélien sur la ville d’Abasan,
il fut grièvement blessé et dut être amputé des deux jambes.
Le 14 mai 2018, Fadi
participa à un rassemblement organisé à l’est de Khan Younès dans le
cadre de la Grande Marche du retour. Les manifestants réclamaient
notamment le droit au retour des réfugiés palestiniens et dénonçaient le
blocus imposé à la bande de Gaza.
Ce jour-là, il fut
atteint à la poitrine par une balle réelle tirée par l’armée israélienne.
Il avait trente ans.
Une commission
d’enquête des Nations unies conclut par la suite qu’il ne représentait
aucune menace imminente de mort ou de blessure grave pour les soldats
israéliens lorsqu’il fut touché.

Le combattant au
fauteuil roulant
Le combattant au
fauteuil roulant
Vous le connaissez
forcément…
Le combattant dans
un fauteuil roulant
L’image d’un combat
gravé dans le sang
Mais qui connaît
son nom, son histoire, sa voix ?
Il s’appelait Fadi,
et a marqué l’Histoire de Gaza.
Ils lui ont pris
ses jambes, croyant briser son chemin,
Jusqu’au bout il a
défié l’assaillant, ne craignant rien
Des pierres contre
des balles, le mal contre le bien
Une vie, un combat
que seule la mort arrêta
Fadi était marié et
père de cinq enfants.
Le jour de sa mort,
il a dit à son épouse : « Prends soin d’eux. »
Comme un dernier
souhait, comme s’il savait.
Et pourtant, tel un
héros, ça ne l’a pas arrêté.
Sur le champ de
bataille, Fadi est tombé.
Comme tous les
martyrs,
Fadi n’a pas connu
la Palestine libre.
Car comme tous les
martyrs,
Fadi aimait son
pays… à en mourir.
Mari, père,
combattant, il était tout cela,
Un homme d’honneur,
debout même sans pas.
Palestine vivra,
Palestine vaincra
Fadi est mort pour
son combat
Il s’appelait Fadi
Hassan Abu Salah,
En fauteuil
roulant, mort pour Gaza.
(p. 382)
Hommage à Mahmoud Abu Khousa
C’était le 21 novembre
2012, dans le quartier d’Al-Manara. Mahmoud, âgé de treize ans, marchait
dans une rue située tout près de chez lui lorsqu’il fut frappé par un
missile tiré depuis un drone israélien.
Il n’avait sur lui
qu’une pièce de monnaie. Il se rendait dans une boutique afin d’acheter
un stylo pour sa petite sœur. Lorsque son corps fut retrouvé et
transporté à l’hôpital, son poing était encore refermé sur cette pièce.
Selon les témoignages
recueillis par Amnesty International, Mahmoud marchait sur une large rue,
parfaitement visible depuis les airs, et aucun objectif militaire
apparent ne se trouvait à proximité au moment de la frappe.
Mahmoud, Gavroche
de GAZA
Entre l’enfance et
l’adolescence,
Dans le quartier
d’Al-Manara,
Mahmoud, Gavroche
de GAZA,
Tu ne reviendras
pas.
Mahmoud, Gavroche
de GAZA,
Je n’aurais jamais
dû te connaître,
Et pourtant, dans
ce poème,
Ton nom vient de
renaître.
Quand on a retrouvé
ton corps,
Ton poing serrait
encore ton trésor.
Un geste d’amour,
un rêve d’enfant,
Mais un drone a
brisé ton élan.
Mahmoud, Gavroche
de GAZA,
Non pas un
personnage de roman,
Mais un enfant bien
réel, bien vivant,
Arraché à ses
parents.
Mahmoud Abu Khousa,
Assassiné sans aucune
raison,
Dans un monde sans
compassion.
(p. 386)
Hommage à Nahida et Samar Anton
Tuées le 16 décembre 2023, dans l’enceinte
de la paroisse catholique de la Sainte-Famille, à Gaza
Nahida Khalil Anton
était une Palestinienne chrétienne catholique d’environ soixante-dix ans.
Mère de sept enfants et grand-mère de plus de vingt petits-enfants, elle
était à la tête de l’une des plus grandes familles catholiques de la
bande de Gaza.
Sa fille, Samar Kamal
Anton, était âgée d’environ quarante-neuf ans.
Toutes deux étaient
des membres actives de la paroisse catholique de la Sainte-Famille. Elles
faisaient également partie d’un groupe de femmes catholiques et
orthodoxes qui venaient en aide aux personnes pauvres et handicapées de
Gaza.
Le calendrier de
l’avant
Une mère et sa
fille,
Fidèles de la
Sainte-Famille,
Parties ensemble
pour prier
Dans leur église
tant aimée.
Le compte à rebours
avait commencé,
Mais elles
ignoraient qu’il serait le dernier.
Décembre avançait
doucement vers Noël,
Promesse d’une fête
sacrée et éternelle.
Unies dans la vie,
unies dans la foi,
Elles marchaient
ensemble, dans le même pas.
Une mère et sa
fille célébrant la vie,
Près de leur
Seigneur, à jamais réunies.
Il restait neuf
jours avant que Noël ne vienne,
Neuf jours avant
les chants de la foi chrétienne.
Mais pour leurs
proches, depuis ce seize décembre,
L’attente de
l’Avent porte le poids de l’avant.
Chaque case ouverte
rappellera désormais
Une absence que nul
ne pourra remplacer.
Le calendrier
poursuit lentement son mouvement,
Mais rien ne sera
plus jamais comme avant.
Nahida et Samar,
deux anges à présent,
Qui méritaient de
vivre, bien évidemment.
(p. 394)
Hommage à Saleh Al-Jafarawi
Le 10 août 2025, le
journaliste d’Al Jazeera Anas Al-Sharif a été tué avec plusieurs de ses
collègues lors d’une frappe israélienne contre une tente réservée aux
journalistes, installée près de l’hôpital Al-Shifa, à Gaza.
Il rappelait, sans
même avoir besoin de le dire, que les journalistes palestiniens n’étaient
pas seulement les témoins du conflit. Ils en étaient aussi les victimes.
Deux mois plus tard,
le 12 octobre 2025, Saleh Al-Jafarawi a été tué à son tour, à l’âge de
vingt-sept ans. Il couvrait des affrontements dans le quartier de Sabra,
au sud de la ville de Gaza. Selon plusieurs médias
palestiniens, il aurait été abattu par des membres d’un groupe armé alors
qu’il tentait de documenter les destructions.
Des cris de
l’enfer au silence des martyrs
Saleh…
Un jeune sur les
réseaux.
Mais lui, ce qu’il
publie… c’est chaud.
Ses posts ne sont pas des challenges,
Pas des vidéos pour
faire le buzz,
Pas des
chorégraphies.
C’est… un live sur
la survie.
En Palestine
occupée, bombardée, rasée.
Un jour d’octobre
2024…
J’ai vu ton
post.
Ce fut un
choc.
Ce n’était ni un
film,
Ni un
reportage.
C’était… un
live.
« Je jure qu’il y a
des gens devant nous qui brûlent vivants… »
Ta voix
tremblait,
Comme si toi-même…
tu n’y croyais pas.
Meta t’a fait
taire.
Mais ton cri,
perçant, est arrivé jusqu’à nous.
Jusqu’à moi.
Et je sais… que je
ne t’oublierai pas.
Grâce à toi,
Les hurlements ont
franchi
Les murs
numériques,
Les murs de
l’indifférence,
Les murs de ceux
qui préfèrent détourner les yeux.
Saleh…
Ils ont coupé ton
micro.
Mais tu avais déjà
semé ta voix.
Aujourd’hui,
J’atteste de ton
fardeau.
J’essaie… de porter
tes mots.
Saleh,
Sache que je ne
suis pas la seule à vous soutenir.
Si ta voix nous
parvient, nous la transmettrons.
Ce que tu
montrais,
Nous le
relayerons.
Et s’ils
t’effacent…
La mort n’efface
pas le souvenir.
Leur fin est
inscrite
Dans chaque martyr.
Mon poème s’arrêtait
initialement ici. Je l’avais écrit du vivant de Saleh, avec l’espoir de
ne jamais avoir à évoquer sa mort.
Cet espoir s’est
éteint le 12 octobre 2025.
Lettre à l’absent
11 août 2025.
J’ai vu une vidéo
de toi annonçant la mort de ton ami,
le journaliste Anas Al-Sharif,
tué volontairement… par Israël.
J’ai relayé ta
vidéo.
Et, au JT… ils
n’ont pu faire autrement que d’en parler.
Rapidement.
Évidemment.
12 octobre 2025.
Malgré ton gilet de
presse, tu es tombé.
Adieu, M. FAFO.
Tu rejoins la liste
des héros.
(pp. 407-408)
Hommage à Reem
C’est l’histoire de
l’adieu de Khaled Nabhan à sa petite-fille Reem (2019-2023). Le frère de
Reem, Tariq, âgé de cinq ans, a été tué le même jour que sa sœur.
Reem et Tariq
dormaient auprès de leur famille lorsque leur maison, située dans le camp
de réfugiés de Nousseirat, au centre de la
bande de Gaza, a été frappée dans la nuit du 21 novembre 2023. Le
bâtiment s’est effondré sur ses occupants. Pris au piège sous les
décombres, les deux enfants n’ont pas survécu. Selon leur famille, aucun
avertissement n’avait précédé le bombardement.
Leur grand-père Khaled
racontait : « Je n’aurais jamais imaginé que nos enfants pourraient être
bombardés. Mon cœur souffre profondément. Ils m’ont filmé sans que je
m’en rende compte, et tout le monde a vu ma douleur. Mais ici, il y a
tant d’autres cœurs brisés qui n’ont pas été capturés par les caméras. »
Un peu plus d’un an
après, Khaled Nabhan a lui-même été tué, le 16 décembre 2024, lors d’un
bombardement israélien dans le camp de Nousseirat.
L’éternelle
jeunesse
Reem, une enfant
dont je ne connais que le nom,
Alors, avec le peu
que j’ai d’informations,
Je vais tenter de
lui rendre hommage,
À son sourire, à
son joli visage.
J’imagine tes
silences, tes jeux et tes envies,
Tes boucles, tes
regards, tes moments de folie.
Reem Nabhan, tu
n’es pas un nombre inscrit parmi les morts,
Tu étais une
enfant, un rire, pour les tiens un trésor.
Le monde ne saura
pas les rêves que tu portais,
Les histoires que
le temps t’aurait données,
Les chemins que tes
pas auraient pu parcourir,
Les mots que ton
enfance aurait appris à dire.
Tu es partie avant
que décembre ne revienne,
Avant que ta
quatrième bougie ne soit la tienne.
On ne t’a pas
permis de souffler sa lumière,
Ni de continuer à
grandir aux côtés de ton frère.
Alors, je t’ai
imaginée vivante et entourée,
Avec tes yeux
brillants, riant le cœur léger,
Face à ton avenir,
innocente et belle.
Cruelle vérité,
soudain je me réveille :
On t’a privée de
grandir et de devenir vieille.
(p. 415)

Texte dédié au Docteur Hussam Idris Abu Safiya
Le Dr Hussam Idris Abu
Safiya, né le 21 novembre 1973 à Gaza, est un médecin palestinien. Il
dirigeait l'hôpital Kamal Adwan, à Beit Lahia,
jusqu'à ce que le raid israélien du 27 décembre 2024 mette définitivement
l'établissement hors service.
Depuis le début de la
guerre, il est devenu l'un des symboles du personnel médical palestinien.
Alors que les hôpitaux étaient bombardés les uns après les autres et que
le système de santé s'effondrait, il choisit de rester auprès de ses
patients malgré les risques permanents.
Son histoire est
marquée non seulement par son engagement de médecin, mais aussi par une
tragédie personnelle. En octobre 2024, son fils Ibrahim, âgé de quinze
ans, est tué lors d'une frappe israélienne à proximité de l'hôpital Kamal
Adwan.
Le 27 décembre 2024,
les forces israéliennes prennent d'assaut l'hôpital Kamal Adwan et
arrêtent le Dr Abu Safiya, ainsi que plusieurs membres du personnel
médical et plusieurs patients. Cette opération met définitivement hors
service l'établissement, alors dernier grand hôpital encore fonctionnel
dans le nord de la bande de Gaza.
J'ai regardé la vidéo
de son arrestation.
Alors qu'il avance
seul vers les soldats israéliens, le premier mot que je l'entends
prononcer est : « Shalom. » Le mot hébreu qui signifie « paix ». Ce
simple mot m'a profondément marquée.
Depuis ce jour, le Dr
Abu Safiya demeure détenu par les autorités israéliennes.
Le 2 juillet 2026, son
avocat Nasser Odeh est autorisé à lui rendre visite après son transfert dans
une unité de détention souterraine. Il le décrit extrêmement amaigri,
épuisé et portant de nombreuses traces de violences. Avant de le quitter,
le Dr Abu Safiya lui confie: « C'est
probablement la dernière fois que vous me voyez. Ils m'ont transféré ici
pour me tuer. »
Le docteur en
enfer
Il donne sa vie
pour les Gazaouis,
Dans l’enfer de
cette ville, il est l’indocile.
Les bombes
s’abattent, la terreur gronde,
Mais lui, il reste,
il affronte le monde.
Sans hésiter, il
court, il opère
Sous la lueur
blafarde d’un ciel en enfer.
Ses mains précises,
fermes, d’acier,
Rebâtissent
l’espoir qu’on veut effacer.
Un chirurgien ne
doit pas trembler,
Même lorsque la
mort vient l'encercler,
Même lorsque les
murs s'écroulent autour,
Quand la nuit hurle
et étouffe le jour.
Il aurait pu fuir
mais il est resté, il a choisi
Chaque battement de
cœur arraché à l’oubli.
Tant qu’un enfant
respire encore,
Il tiendra debout,
envers et contre la mort.
Hussam, ton histoire
a franchi les frontières,
De toi, nous sommes
si reconnaissants et fiers,
Dans chaque
manifestation, dans chaque prière,
Nos voix demandent
la libération du Docteur en enfer.
(p. 425)
Le porteur de voix
Des éditeurs aux
associations,
Jusqu’à la simple
transmission,
Je n’ai essuyé que
des refus,
Mon projet semblait
déjà perdu.
Et pourtant, au fil
de mes prières,
J’ai demandé à
Allah cette faveur :
Pouvoir transmettre
à un frère
Mon livre, mes
mots, un peu de chaleur.
Je pensais que tout
était fichu,
Franchement, je n’y
croyais plus.
Puis j’ai reçu une
réponse de Gaza :
Un écrivain… je
n’en revenais pas.
J’avais prié Allah
pour obtenir un contact,
C’est un écrivain,
un porteur de voix,
Qui m’a répondu
quand ici, on ne m’écoute pas.
Il est des signes
pour les gens qui croient.
D’une prison à ciel
ouvert,
J’ai reçu les mots
d’un homme de lettres,
Qui lutte contre la
nuit et les interdits,
Qui a choisi de
rester, car cette terre est son pays.
Ya Rabbi, fais que
je sois à la hauteur,
Donne-moi la clarté
pour ouvrir les cœurs,
Donne-moi les mots
pour porter leurs malheurs,
Sans jamais trahir
leurs voix ni leurs douleurs.
Des chrétiens de Taybeh aux croyants d’Al-Aqsa,
De tous les
Palestiniens de Cisjordanie,
De Jérusalem
jusqu’à Gaza,
Avec dignité,
j’essaierai de porter leur voix.
(p. 429)

©Rime Wadi
***
Poèmes inédits
Il
Il est Gazaoui… Non, ne dites pas ça.
Dites qu’il est Palestinien de Gaza,
et vous serez sur la bonne voix.*
N’oubliez jamais :
Gaza fait partie de la Palestine.
La Palestine, sa mère,
sa patrie.
Il a parlé, raconté, décrit,
dans la langue de Molière,
le quotidien de sa vie,
le quotidien de sa terre.
Puis l’agression, pire que la Nakba, arriva.
Était-ce là le destin des Palestiniens
ou un test pour l’humanité ?
Comme nous, il n’en sait sans doute rien.
Alors, il s’est armé de tous ses mots
pour décrire tous ces maux.
Il a témoigné, décrit, documenté,
puis l’horreur, de plein fouet, l’a touché.
L’âme blessée, mais toujours vivant,
il continue malgré tout d’aller de l’avant,
autant que possible, pour ses enfants,
sa famille… et cette femme qu’il chérit tant.**
Hier sa mère,
aujourd’hui sa compagne,
demain son amie.
Aujourd’hui et pour toujours, il l’aime…
plus qu’hier et moins que demain.
Comme tous les hommes
et toutes les femmes,
de 7 à 77 ans :
amour commun…
amour palestinien.
Il…
Il parle toujours, mais moins.
C’est bien la pire peine
que de ne savoir pourquoi :
sans amour et toujours plus de haine,
la Palestine saigne…
Et le monde ne réagit pas.
* « Voix » est employé volontairement à la place de « voie », en
écho à celle de l’homme qui parle, raconte et témoigne pour la Palestine.
** Dans la poésie palestinienne, la Palestine est souvent
représentée sous les traits d’une femme : mère, compagne, amie et
bien-aimée.
La mariée sur les
décombres
Instant gravé, le contraste est frappant :
la blancheur immaculée
sur les ruines de Gaza désolée.
Instant suspendu. Une mariée.
Une apparition.
Une présence blanche
dans un décor de l’après-monde.
Belle, silencieuse,
elle ne regarde pas la caméra.
On ne voit pas son visage.
Elle avance.
Elle se marie.
Comme une marche funèbre
déguisée en mariage.
Le blanc éclatant
de sa robe de mariée — elle y a pensé —
sera peut-être le même que son linceul.
Et l’instant d’après, qui sait ?
Sera-t-elle maîtresse de sa vie
ou spectre en devenir ?
Malgré tout, elle s’est mariée.
Et autour d’elle,
le temps semble s’être arrêté.
Profite de la vie, du temps présent.
Carpe diem — tout un dilemme.
Carpe diem, quoi qu’il en coûte.
Alors elle fait ce geste fou,
presque insensé, presque sublime :
elle célèbre la vie
avec la mort à ses côtés.
Pas malgré elle.
Mais avec elle.

Le Keffieh
(À chanter
sur l’air du Petit Ane gris d’Hugues Aufray)*
Écoutez mon
histoire, difficile à narrer,
Plutôt invraisemblable,
je vais vous la conter.
Elle se passe au
Levant, au milieu des fermiers,
Dans le
Moyen-Orient, pays des oliviers. (bis)
D’origine
égyptienne, carré de coton blanc,
Ici palestinien, la
coiffe des paysans.
La classe paysanne
me convient aisément,
Je les protège du
sable, du soleil et du vent. (bis)
Ils vénèrent leur
terre qui les a vus enfants.
Hospitaliers,
honnêtes, ce sont de bons croyants,
Travaillant
ardemment, toujours avec respect,
Cette terre
bien-aimée à l’ombre des oliviers. (bis)
Et puis soudain
arrive l’impossible scénario :
On a volé la terre
des paysans loyaux.
N’écoutant que leur
cœur, ils menèrent le combat,
Mais l’ennemi fut
cruel, on parla de Nakba. (bis)
Depuis, rien n’a
changé, l’humanité perd pied,
Toujours plus de
victimes sur fond d’atrocités.
Signe de ralliement
pour un peuple opprimé,
Mes pointes sèchent
les larmes de tous les déportés. (bis)
* Évidemment, chacun
est libre de la chanter sur un autre air ou, mieux encore, de lui
composer sa propre musique. En France, la mélodie dont je parle est
connue et facile à retenir pour un enfant.
J’ai un vœu pour ce
texte : qu’il soit appris dans les écoles, comme une façon d’aborder le
sujet avec les plus jeunes…
Quand les mots
épuisés deviennent un cri

Comment l’idée de cette image (que j'ai réalisée avec IA) et de ce
texte m’est-elle venue ?
Je lisais un témoignage en anglais lorsque
je suis tombée sur les mots « kite » et « threat » - cerf-volant et menace.
Instantanément, j’ai pensé à « trick or treat »,
la célèbre formule d’Halloween : « Des bonbons ou un sort ? »
Puis, dans ma tête, ont résonné les
claquements de doigts du générique de La Famille Addams, mêlés à
l’atmosphère de L’Étrange Noël de Monsieur Jack.
C’est ainsi qu’est né :
Kite or Threat ? Cerf-volant ou
menace ?
Quand j’étais jeune, en étudiant Anne Frank,
mes professeurs nous montraient les dessins satiriques qui dénonçaient
les bourreaux de l’époque. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, à mon
tour, je ressentirais le besoin d’employer ce langage.
Ce dessin n’est pas né de l’envie de faire
rire. Il est né du dégoût, de l’impuissance et de l’épuisement des mots.
Quand on a expliqué, dénoncé, supplié et que rien ne semble arrêter
l’horreur, que reste-t-il à l’auteur ? Le grotesque pour montrer l’inhumain.
La satire comme un dernier appel à l’aide.

©Rime Wadi
31 août 2026
***
Ziad Medoukh :
Gaza la belle résiste sous les bombes
(poème extrait de Palestine, entre douleur
et espoir)
Ton regard serein est résilience,
La bonté de ton âme est fierté,
Tes beaux yeux sont une volonté de fer,
Ton sourire timide est résistance,
Ton optimisme est victoire,
Ta souffrance est mobilisation,
Tu illumines le monde avec ta belle âme,
Ta patience est une force exemplaire.
Ton saint visage est l’espoir,
Ton courage face à la barbarie est un miracle
Tes simples rêves sont réponses à leur haine
Ton deuil perpétuel fierté,
Ta détermination face à cette détresse est la vie,
Toi, la voix des honnêtes.
Tu es une sublime Joconde même au cœur des décombres,
Tu es confiante malgré cette horreur absolue.
Tes terribles épreuves - pensées chaleureuses,
Ta douleur - révolution,
Ton immense chagrin - colère légitime,
Ta beauté enfantine - dépasse notre malheur,
La bonté de ton âme - liberté.
Dans tes yeux grands, je vois la Palestine.
Tu vas bâtir encore ta maison,
Ton quartier dévasté et ta ville natale.
L’avenir t’appartient, Gaza,
À toi et à toutes les jeunes générations.
© Ziad Medoukh
(p.
328)
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