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Je regarde le vent qui remue l'herbe haute
et la fait ondoyer avec grande
douceur
comme des herbes aquatiques
sous la mer
ou le chatoyant poil d'un gros
chat caressé
Quelle fascination
et quel apaisement !
La longue et large rangée verte, de bon cœur
se donne s'abandonne aux
mouvements variés
fluides et nonchalants qui la
bercent au soleil
et je n'ai aucun besoin de
clore mes yeux
pour convoquer, au cœur de
l'imagination
comme en une séance de
relaxation
quelque lieu à part où le temps
ne compte plus
et où l'on peut choir en un
bien-être
de plume.
12/08/2026

***
Un réveil... un frisson des astres de cristal,
un bruissement ténu de marée
retirée
et deux paumes de mains
ouvertes à l'Infini
mais réduites à la peau
vitreuse d'un désert.
Un regard
comme un dard
qui s'attarde au travers
des filtres membraneux
et terriblement nets.
Des pluies de papillons
ou de poudres cendrées,
des étoiles diaprées
épinglées par essaims
- c'est peut-être à dessein -
sur le torse auroral.
Tout ce méli-mélo,
ce galimatias
de poteries brisées de tessons
de miroir,
de flaque d'huile ou d'eau
irisées par le ciel
juste un clin d'œil,
juste un
joli tour
du Hasard.
09/08/2026

***
Le Temps ? Fluidité du monde.
Instabilité de l'instant.
Mort et résurrection des choses, sous une forme
modifiée.
Le Temps, c'est ce qui change et fuit. Aux racines de la
matière.
L'inamovible évolution. Le sillage de l'Univers.
Il est déploiement, dépliement.
Mouvement directeur et central.
Rachis en expansion. Qui brasse.
Et tout s'ordonne autour de lui.
La moindre parcelle de temps
n'est que variation
et ruée.
La nature ne connaît pas
ni n'imagine l'inertie ;
elle récuse l'éternel
ce joli conte pour enfant.
8/08/2026

***
Une incision de lumière
descend sur la chair du béton
simple scarification
mince ainsi que lèvres pincées
Que fait-elle, ou court-elle
ainsi
sans attirer l'attention
au milieu du matin désert,
abandonné
au mois d'août ?
Se peut-il qu'elle rie sous
cape
avec le silence en suspens
fourreau des feuillages figés
qui refusent
le moindre bruit ?
7/08/2026

***
Tous ces calices et ces corolles de fleurs
qui me regardent
de leurs yeux écarquillés
depuis les quatre points
cardinaux de la cour
m'étonneront toujours
de leur étonnement.
Beaucoup me semblent orientés dans ma direction,
vers mon balcon et leurs
buccins, leurs entonnoirs
entonnent un silence à vous
tétaniser.
Cherche-il à m'hypnotiser, me clouer là ?
Dois-je bénir la rencontre de mon regard
avec le leur, issu d'une autre
dimension
quoique, par ailleurs,
étrangement familier
alliant proximité, surprise
en même énigme ?
6/08/2026

***
La lune clandestine en sa barque de nue
Se penche dangereusement par-dessus bord
À la recherche d’égaré(e)s en insomnie
Qu’elle rêve de foudroyer
De son éclat.
3/08/26

***
Il faut laisser le soir
étaler sa douceur,
ses toisons de nuée,
ses ailes de coton
ses voilures nacrées
qui caressent les toits
et vous disent bonsoir
quand le monde fléchit
à l’unisson des corps
***
La solitude intime,
elle est logée en nous
forteresse, noyau
qui ne se rend jamais.
Résistance sacrée
qui unifie nos corps,
opacifie nos vies,
point nodal
et central.
Nul n’est censé forcer
son nid d’aigle impérial
même l’Autre, le Temps,
l’exploration
du Cœur.
Tout s’arrête à son seuil bloqué tel un menhir,
buté comme un granit, secret
comme un dolmen.
Toute introspection
bute sur son caillot
sans serrure et sans clés
atome immémorial.
Elle est l’Essentiel
inexpugnable nœud,
l’indélogeable endroit
qui isole et défend.
On la traîne partout
depuis le premier cri
jusqu’au râle dernier.
Mais on ne le sait pas
ou ne veut le savoir
ou seule vous l’apprend
dans le meilleur des cas
la sagesse des jours
assis au bord des routes.
1/08/1026

***
L'âme est légère, agile et libre.
Elle se meut dans les éthers.
À sa guise, elle enjambe tout. Son pouvoir est
immatériel.
Elle manie les abstractions. Elle invente outils et
concepts.
Elle se pose des problèmes. Les résout.
Elle imagine. Toujours plus loin. Sa citadelle est la
conscience.
Qui a voulu qu'elle s'encombre d'un boulet tel que la
carcasse ? Qu'elle s'encage dans une prison-tenaille de chair, d'organes
trop exiguë et mille fois trop fragile pour elle ? Qui, sans nul doute, ne
la mérite pas ?
Et son Ideal (ultime) n'a-t-il pas été, depuis que
l'Homo sapiens existe, la porte, de se desesclavagiser
de cette geôle, qui la retient, la leste, l'alourdit ? La freine, en lui
imposant ses viles limites ?
30/07/2026

***
Se laisser aller dans
le vide de l'été,
dans son silence comme en un
habit trop grand,
un espace creux qui s'étire à
l'infini
mélange d'absence et
d'indolence sans but.
Épouser les brises aux doux balancements
et les nuages blancs aux formes
arrondies
desamarrés
comme des fantômes blafards
en dérive sur la lumière
éparpillée.
Perdre tous ses repères dans ce flottement
un peu comme dans une ville
désertée
où les ruines abolissent passé, avenir
et vous effacent en leurs tourbilles de fumée,
leurs papillons de cendre
errants sans direction.
Accepter le délitement calme des jours,
l'étrange changement de nature
du temps
plus lisse qu'un
électrocardiogramme plat,
plus béant qu'un horizon dilué
de steppe.
Ne plus craindre ce vertige un peu filandreux
sans plus nul point cardinal où
se raccrocher
qui vous réduit à plume, à
infime duvet,
où à quelque flocon poudreux
presque dissous
mais tellement léger dans ses évolutions,
tellement aérien et si
franchement
libre.
Céder, se laisser griser en dernier ressort
et ricocher entre les chauds
angles des murs
en désinvolte, pétillant grain
de pollen
porté par la saveur liquoreuse
du vent
qui file et enfile ses
sinuosités,
ses capricieuses torsades au
long des rues.
Jouir de cette profusion d'apesanteur
où un simple chaos d'atomes et
de photons
suffit à éthérer
tout ce qui revêt sens,
à annihiler toute forme
d'épaisseur
en l'ample, informe diurne
miroitement
qui s'apparente de plus en plus
au Rien.
23/07/2026

***
Repousser le volet au matin, l'œil craintif
et redécouvrir, dépité, le ciel
trop bleu
quelques minutes après avoir
ouvert les yeux
sur les quelques faisceaux
coruscants de soleil
pénétrant la pénombre et
aveuglant, déjà.
Penser à cette infortunée femme esseulée
morte dans sa chambrette
enkystée sous les toits
piégée par le zinc et la
touffeur de four
à l'insu du monde quasi indifférent...
Surveiller le moindre atmosphérique frisson
en associant désormais le saint
soleil
à la menace et à une âpre
hostilité.
Avoir perdu toute foi et confiance en lui.
Revoir l'arbre passé au grand sèche-cheveux,
complètement roussi par le
souffle brûlant
sur la place désertifiée par le
cagnard...
Changer de regard, de pensée
du tout au tout
amoindri à la seule idée de
l'avenir
en souhaitant pouvoir marcher à
reculons
- ce qui, pour sûr, est comble de l'absurdité -
et maudire l'immobilité, la
stupeur
qui s'ajoutent au choc :
n'hallucine-t-on point ?
18/07/2026

***
J'ai sursauté :
à ma fenêtre, un bruit
inattendu, soudain,
une succession de sons nets
tranchant sur la molle inertie
et sur le silence entêtant
où était vautré le jardin
presque blanchi par la touffeur
;
une résonance marquée
mais dispersée de percussions.
Vite accourue à mon balcon
j'examinai, l'ouïe en éveil
mais l'air n'avait rien perdu
de sa sèche et dure clarté ;
des bourdons butinaient les
fleurs
aux calices un peu froissés
tandis que, bien plus haut, au
ciel,
de grandes nues veinées de
bleu,
nervurées d’une encre malsaine,
comme traversées de nausée
cheminaient de clocher en toit.
Cependant, persistait le bruit
avec insistance et ardeur
bruit de bombardement, de heurt
abattu... mais sur quoi
et où ?
Il m'a fallu beaucoup de temps
pour repérer, les yeux au sol
sur un des trottoirs de ciment
quelques (très rares) traces
d'eau
qui s'étaient écrasées en bas.
Puis
je vis des feuilles
tressaillir.
Pleine d'espoir, je restai la
priant pour que croisse le son,
pour qu'il se mue, enfin, en la
pluie qui semblait inscrite au
ciel.
Mais l'espérance tourna court
et revint
la résignation
le silence se referma
muselant le bruit prometteur.
Aussi vite et soudainement
qu'il s'était signalé à moi
il s'évapora, s'évanouit.
Fausse alerte, ou bien...
jeu pervers ?
16/07/2026

***
Des mouettes grasses, charnues au plus haut degré
squattent stupidement les
cheminées - perchoirs
sans doute abruties et
alourdies de chaleur,
lasses de criailler et de nous
assourdir.
La fatigue leur a coupé les ailes enfin,
leur faisant oublier, comme par
amnésie
leurs bouffées si résonnantes
d'énervement
qui, si souvent, les
aiguillonnent au cœur des nuits
ou dans le bleu - gris flasque
du petit matin.
Est-ce à ça que ça ressemble, une fin du monde ?
8/07/2026

***
Les nuages sont tendus comme des hamacs
entre les poteaux marquant le
cadre du ciel.
Qui les pousse, qui les balance ? Nul ne sait.
Mais l'homme les scrute en traînant son ennui
dans l'espace trop grand, grand
silence soudain
il écoute le vent lacérer les
tilleuls
sur la ligne d'ombre sécrétée
par les murs
qui le coince en escaladant la
rue cabrée.
À force de s'étirer, le Temps ne fuit plus
mais il se niche dans les
anfractuosités
l'homme poursuit sa délicate
ascension
sous les feuilles beau désordre
momentané,
le long de la pente qui l'a
gobé tout cru.
Il est vêtu d'un vieil habit couleur brouillard.
Il pose à tout ce qu'il rencontre
des questions
corrosifs reflets de ses doutes
intérieurs.
Est-ce le doute qui étire ainsi l'Azur,
qui remue les balancelles de sa
pensée ?
Qui entretient leur morne monotone cri ?
La rouille égrène sa litanie fatiguée
qui grince halète et nous
écorche les ouïes.
D'où sort-elle ? Des rouages
de son cerveau ?
Quand on ne sait où aller, le Temps se dilue.
Sa machinerie arthritique se plaint, se grippe.
7/07/2026

***
Dans sa grotte de feuilles, la nouvelle fleur
Hésite à s'exposer à l'été menaçant
Mais veut tout de même observer et ressentir
Les passages fluides, agréables de l'air.
Elle ressemble à une femme à son balcon,
À la charnière entre Dedans et Dehors,
Sans choix et se contentant d'être ainsi coincée
Sagement en un espace hybride, incertain
Qui respecte son besoin de sécurité
Tout en lui assurant l'affût et le contact
Même prudent, lointain avec les libertés
Et les séductions entêtées
Du vaste monde.
5/07/2026

***
Petit groupe déluré, les mésanges voltigent et appellent
pour exprimer leur cru bonheur
de retrouver leur coin de cour
sur lequel elles viennent de
s'abattre, vibrantes de joie.
Chacune a sa voix qui explose au cœur des feuillées
sombres et drues
comme s'il était primordial à
leurs yeux que j'identifie
leurs différents timbres et les
notes qu'elles cherchent à égrener.
Leurs minuscules corps, ombres chinoises,
vrillent l'inertie
des quelques arbustes aux
troncs tors qui dorment dans l'ombre des murs
dans une sorte de tranchée qui
se soustrait aux rayons d'or
quelque
soit le moment du jour et la force de la chaleur.
La mouette planante, immaculée rêverie, paraît au ciel
et traverse en flegmatique
diagonale le plein Azur.
Saisissant, le contraste qu'offre son envergure pointue,
son vol rectiligne et serein
qui, lui, sait prendre tout son temps
avec les joyeuses foucades
inventives des passereaux,
mais comment entretient-il
cette sensation d'harmonie ?
04/07/2026.
***
Entre ombre et soleil
Dans le vent
Nouvelles venues
Si fragiles...
01/07/2026

***
Une invisible main
tendue en contrebas
de mon balcon soulé
de lumière griffue
ou je viens respirer,
happer les souffles d’air
rares et précieux
penchée pour un instant
m’offre ce bouquet blanc
qui console mes yeux
puis mon âme groggie
comme un cadeau tombé
réinventant
l’Espoir.
26/06/2026

***
Le bon vent doux du soir vient caresser mon front.
Il a varié. S'il pousse encore le galop
des nuages effrénés qui se
pressent au ciel
entre les deux clochers ou les
lignes de toits,
aux alentours du sol et des
plantes pâmées
sa tiédeur, aussi caressante
que talc
frétille et s'insinue, sinue
d'un air taquin
parmi herbes, roses et
hortensias tout blancs
avec force gestes complices et
frôleurs.
Annoncerait-il la fin de ce ciel tigré
qui joue sans cesse avec
l'ombre un peu trop joufflue
des nues
et les clartés cet hésitant
trésor ?
12/06/2026

©Patricia Laranco
(textes et
photos extraits de sa page FB)
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