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Une photo en
noir et blanc,
recouverte par
la poussière,
un temps
oublié,
une enfant
avec sa poupée dans les bras,
aux yeux et
aux lèvres souriants,
dans une
saison que je ne me rappelle pas,
je ne me
souviens plus de cette poupée,
seulement du
champ de blé doré
où je voletais
tel un papillon,
de la soie
frissonnante des pavots
qui échauffait mon
visage,
des buissons aux
mûres noires,
aux tiges
épineuses,
qui débordaient au
long des fossés.
La petite
ressemble à un ange candide
et timide, en
habit de fête,
elle porte un
jersey moelleux,
blanc comme la
neige, par-dessus sa robe
aux ourlets de
dentelle
et des
bottines noires aux pieds ;
elle serre sa
poupée dans ses bras.
Je me regarde étonnée
et ne me reconnais pas,
me voici aussi devant la maison en briques
qui prodigue ses contes,
ce visage rond, ces lèvres arquées,
ce regard timide me rappellent
l’enfant taciturne de jadis,
son sourire sous les stigmates du temps
et sa candeur se sont assombris
de rides et de tourments,
mais leurs racines n’ont pas encore péri,
je les vois dans le miroir dépoussiéré:
le visage angélique me
sourit doucement.
***
La petite dort dans mes os,
rêve de la première lumière,
je sursaute quand elle commence à chanter
en se frayant un chemin à travers la neige,
son jeu la fait ressembler à
un oiseau
qui dessine le ciel de ses
ailes
puis glisse sur la rétine du
soir,
elle n’a rien oublié de ce dont
je ne me souviens plus,
je l’aperçois au bord du sentier
courir à travers champs
un bouquet de bluets dans les
bras.
***
Le brouillard se dissipe
comme de la fumée entre les arbres,
des finlandes tremblent dans l’air,
la petite sort hors de l’herbe
en coup de vent.
***
Me voici au bord du chemin empierré
qui traverse la plaine et
serpente
vers le Pays de Zărand,
via les champs de blé
qui s’étendent entre
deux rivières,
bordés de vieux mûriers ombrageux,
au temps de la moisson, ma
bonne-maman
et mon bon-papa triment de l’aube
au crépuscule,
les yeux couleur de chicorée
en fleur de ma grand-mère
me voient venir de loin, mon
grand-père en sueur
tire sur sa pipe et scrute le
ciel de son regard perçant,
telle une fée parmi les épis
de blé,
les touffes de pavots, les
bluets,
les fleurs roses, les pois de
senteur,
les mûres sucrées qui
embaument,
mes chevilles s’écorchent aux
tiges
épineuses des ronciers,
le ciel se pose sur mon front
telle une écharppe nacrée,
les fleurs sauvages m’enveloppent de leur soie,
sylphide de l’été dans le champ de blé.
***
Matin bleu dans la plaine,
je galope parmi les épis de blé
comme un cheval dans l’herbe,
mes cheveux ondulent avec l’herbage,
ma course brise le silence tel un grelot,
ondine dans les eaux du lever de soleil.
©Sonia Elvireanu
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